Publié le 27 octobre 2023. Les résultats trimestriels des grandes banques américaines, publiés dans un contexte de paralysie politique et de pénurie de données économiques aux États-Unis, ont révélé des performances records mais aussi des signaux d’alerte concernant la santé du système financier, notamment dans le secteur de la dette privée.
- Les banques de Wall Street ont affiché des bénéfices records, portés par l’activité de fusions-acquisitions.
- Des problèmes de crédit, qualifiés de « cafards » par le PDG de JP Morgan Chase, Jamie Dimon, suscitent des inquiétudes, en particulier concernant l’exposition des fonds de dette privée.
- Des difficultés financières de banques régionales, comme Zions Bancorp. et Western Alliance, ont ravivé les craintes d’une crise bancaire similaire à celle du printemps 2023 avec la faillite de Silicon Valley Bank.
La publication des résultats bancaires américains était scrutée de près par les investisseurs, en l’absence de statistiques publiques fiables en raison de la crise politique actuelle aux États-Unis, communément appelée « shutdown ». Si les chiffres affichés par les grandes banques de Wall Street ont de prime abord rassuré, avec des bénéfices tirés notamment d’une forte activité de fusions et acquisitions, des inquiétudes ont rapidement émergé, contaminant même le secteur bancaire européen.
Jamie Dimon, le puissant patron de JP Morgan Chase, a mis en garde contre des « cafards » – des dossiers de crédit potentiellement frauduleux – qui pourraient affecter la stabilité financière. Ces problèmes semblent particulièrement concentrés dans le secteur de la finance non bancaire, et plus précisément au sein des fonds de dette privée.
La fin de semaine a apporté son lot de mauvaises surprises, ravivant le spectre des faillites bancaires de mars 2023, qui avaient conduit à une ruée bancaire (retrait massif de dépôts) et fragilisé l’ensemble du secteur. La banque régionale Zions Bancorp. a ainsi annoncé jeudi des pertes inattendues de 50 millions de dollars (environ 46 millions d’euros) liées à ses activités en Californie. De son côté, Western Alliance a engagé des poursuites judiciaires contre un emprunteur pour un montant de 100 millions de dollars (environ 93 millions d’euros).
Bien que ces deux dossiers ne soient pas de nature à déstabiliser à eux seuls le secteur bancaire, ils concernent tous deux des acteurs de la dette privée. Plus préoccupantes sont les faillites de First Brand et Tricolor, deux entreprises dont les difficultés financières, s’élevant à plusieurs milliards de dollars, mettent en lumière les faiblesses des contrôles de risque au sein des banques et leur relation avec l’univers de la dette privée.
Ces inquiétudes ont provoqué un recul des actions des banques régionales, entraînant une vente massive de titres bancaires qui s’est étendue vendredi aux valeurs européennes. La baisse s’est toutefois atténuée grâce à la publication de résultats globalement positifs dans d’autres secteurs.
Au-delà des chiffres, c’est la santé du système bancaire américain, l’opacité des institutions financières non bancaires et un manque général de vigilance sur l’octroi de crédit qui sont pointés du doigt. Ces préoccupations surviennent alors que l’administration Trump envisage un nouveau cycle de déréglementation bancaire.
Les résultats publiés révèlent des fragilités, notamment une augmentation des impayés, un ralentissement du marché immobilier et du financement automobile. Cette situation contraste fortement avec l’image de prospérité affichée par Wall Street et témoigne d’une détérioration des conditions de vie d’une partie de la population américaine.
Les investisseurs guettent désormais l’évolution des taux de défaut des entreprises, qui restent pour l’instant à un niveau historiquement bas. Jamie Dimon appelle à la prudence concernant le crédit, tandis que Tim Pence, le PDG de Fifth Third Bank, engagée dans une opération de croissance externe de 11 milliards de dollars (environ 10,2 milliards d’euros), évoque un optimisme prudent dans un contexte incertain.
Pour l’heure, la consommation américaine reste soutenue et les impayés sur les cartes de crédit et les prêts automobiles sont stables. Une baisse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale dans les prochains mois pourrait relancer l’activité de crédit. Cependant, les inquiétudes concernant l’exposition des banques ont entraîné une forte hausse des rendements des bons du Trésor américain à 10 ans, qui ont atteint vendredi un pic à 4 %, un niveau jamais vu depuis six mois, témoignant d’une certaine fébrilité sur le marché du crédit.
