La Cour suprême remet en question la pénalisation de la diffamation
Entendant un recours contestant une citation à comparaître émise par un tribunal de première instance dans une affaire présumée de diffamation criminelle concernant un article en ligne relatif à l’Université Jawaharlal Nehru (JNU), la Cour suprême a souligné lundi qu’il était temps de reconsidérer de telles questions.
“Il est temps de dépénaliser tout cela”, a observé le juge MM Sundresh, siégeant avec un autre juge.
Le tribunal examinait l’appel déposé par la Foundation for Independent Journalism, qui gère un portail d’information, et son journaliste Ajoy Ashirwad Mahaprastha, cherchant à annuler la citation à comparaître qui leur avait été délivrée suite à un article de 2016 intitulé “Haine Campe”.
La plainte initiale avait été déposée par l’ancienne professeure de la JNU, Amita Singh.
Il est à noter qu’en juillet 2024, un tribunal présidé par le juge Sundresh avait annulé une décision de la Haute Cour de Delhi qui avait annulé la première citation à comparaître émise par le tribunal de magistrat dans cette affaire.
L’avocat principal Kapil Sibal, représentant les requérants, a souligné que des appels similaires avaient été déposés par le chef du Congrès Rahul Gandhi contestant des citations à comparaître dans d’autres affaires de diffamation criminelle. Le tribunal a ensuite émis un avis sur le recours de la fondation.
Singh avait allégué que l’article de Mahaprastha impliquait qu’elle avait préparé un dossier controversé, ce qui avait porté atteinte à sa réputation.
Suite à la plainte, un tribunal de magistrat métropolitain de Delhi avait convoqué le rédacteur en chef du portail et le journaliste le 7 janvier 2017. La Haute Cour de Delhi avait cependant annulé la citation à comparaître en 2023.
En appel de Singh, la Cour suprême, composée des juges Sundresh et Arvind Kumar, avait annulé le jugement de la Haute Cour le 24 juillet 2024 et renvoyé l’affaire au tribunal de première instance.
La Cour suprême avait alors déclaré : “Nous sommes d’avis que la Haute Cour a dépassé ses compétences. L’article 204 du CRPC permet simplement à un magistrat, examinant une plainte privée, de procéder en émettant une convocation, à condition qu’il existe des motifs suffisants. Le magistrat n’a pas examiné le contenu réel de la publication.”
Le tribunal de première instance avait de nouveau convoqué les deux hommes, ce qui avait été contesté devant la Haute Cour, qui avait refusé de leur donner satisfaction. Ils avaient alors de nouveau fait appel auprès de la Cour suprême.
Une décision antérieure, rendue le 13 mai 2016 par un tribunal de deux juges dans l’affaire Subramanian Swamy contre Union of India, Ministère du Droit et autres, avait confirmé la validité constitutionnelle des articles 499 et 500 du Code pénal indien et de l’article 199 du Code de procédure pénale.
L’article 499 du Code pénal indien traite de la diffamation, tandis que l’article 500 du même code prévoit une peine pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement, ou une amende, ou les deux.
La Cour suprême avait déclaré : “Une fois que nous avons jugé que la réputation d’un individu est un élément fondamental de l’article 21 de la Constitution et que l’équilibre des droits fondamentaux est une nécessité constitutionnelle, et que la législation a maintenu la disposition pénale en vigueur, il est extrêmement difficile d’accepter l’idée que la diffamation criminelle a un effet dissuasif sur la liberté d’expression.”
Elle avait ajouté : “Il est indéniable que le droit à la liberté d’expression est un droit très apprécié et chéri, mais la Constitution prévoit des restrictions raisonnables. Dans ce contexte, la diffamation criminelle peut restreindre la liberté d’expression de manière disproportionnée et constitue également une question de droits de l’homme.”
