Publié le 2025-11-20 21:39:00. Une équipe de chercheurs de l’Université d’Oxford a identifié les cellules responsables de la formation des fistules chez les patients atteints de la maladie de Crohn, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives thérapeutiques pour cette affection chronique et invalidante.
- Des fibroblastes anormaux, reprogrammés pour imiter des cellules embryonnaires, sont à l’origine de la persistance des fistules intestinales.
- L’étude, basée sur l’analyse de milliers de cellules, révèle que ces fibroblastes érodent les tissus et favorisent la formation de tunnels.
- Les résultats de cette recherche pourraient conduire à de nouveaux traitements préventifs et curatifs pour la maladie de Crohn.
La maladie de Crohn, une affection inflammatoire chronique de l’intestin, touche environ une personne sur 650 dans le monde. Elle se caractérise par des inflammations, des ulcères et, dans certains cas, l’apparition de fistules, des passages anormaux et douloureux qui relient différentes parties du tractus intestinal, voire d’autres organes.
Jusqu’à présent, les mécanismes précis qui conduisent à la formation et à la persistance de ces fistules restaient mal compris. Les traitements existants, axés principalement sur la réduction de l’inflammation, se sont souvent avérés insuffisants pour guérir ou prévenir leur apparition. Une équipe de l’Institut de médecine moléculaire MRC Weatherall à l’Université d’Oxford a donc entrepris d’étudier en détail la composition cellulaire des fistules.
Les chercheurs ont comparé des milliers de cellules prélevées sur des fistules à des cellules provenant de tissus intestinaux sains. Grâce à des techniques d’analyse unicellulaire et spatiale, ils ont pu cartographier avec précision la diversité et le comportement des cellules au sein des voies fistuleuses. Ils ont découvert qu’environ 30 % des personnes atteintes de la maladie de Crohn développent ces formations.
L’étude, publiée dans la revue Nature, révèle que les fistules sont caractérisées par une muqueuse formée d’anneaux concentriques de fibroblastes anormaux. Ces cellules, normalement responsables du maintien de la structure des tissus, sont reprogrammées pour adopter un comportement similaire à celui des cellules impliquées dans le développement intestinal fœtal.
Selon le docteur Agne Antanaviciute, l’un des principaux auteurs de l’étude :
« Ces fibroblastes activent des programmes de développement qui ne devraient fonctionner qu’avant la naissance. Cette réactivation les rend dangereusement destructeurs. Ils endommagent les tissus superficiels et accumulent du tissu cicatriciel dans les couches profondes du tractus, un phénomène clé pour la formation et la persistance des tunnels. »
L’équipe a également identifié la présence de ces fibroblastes à la base des ulcères chez certains patients qui n’avaient pas encore développé de fistules, suggérant qu’une intervention précoce pourrait prévenir leur formation.
Le professeur Alison Simmons, co-auteur principal de l’étude, souligne que les traitements actuels contre la maladie de Crohn se concentrent sur la réduction de l’inflammation, mais ne parviennent pas à favoriser la réparation des tissus.
« En identifiant les types de cellules et les voies impliquées dans la formation de la fistule, nous obtenons des outils pour concevoir des mesures préventives et de nouveaux traitements curatifs. »
Cette recherche, menée sur des échantillons prélevés sur des patients traités au Royaume-Uni, a généré le plus grand ensemble de données à ce jour sur ce phénomène, intégrant des images unicellulaires, moléculaires et spatiales. L’ensemble des données a été rendu public afin d’accélérer la recherche sur les complications de la maladie de Crohn.
Les chercheurs espèrent que cette nouvelle compréhension des mécanismes cellulaires impliqués dans la formation des fistules permettra de développer des thérapies ciblées, améliorant ainsi la qualité de vie des patients atteints de cette maladie.
L’étude a été soutenue par le Conseil de recherches médicales du Royaume-Uni, la Leona M. and Harry B. Helmsley Charitable Trust, le NIHR Oxford Biomedical Research Center et le Wellcome Trust.
