Publié le 29 décembre 2025. La situation de la compagnie d’électricité Air-e s’aggrave, oscillant entre liquidation et nationalisation, malgré une baisse du prix du kilowatt heure. Une dette colossale envers les producteurs d’énergie et une succession d’intervenants administratifs alimentent l’incertitude quant à l’avenir de l’entreprise.
- La dette accumulée envers les producteurs d’électricité atteint 2,7 milliards de dollars (environ 2,5 milliards d’euros).
- Le gouvernement n’a pas respecté les obligations constitutionnelles et légales en matière de soutien financier à Air-e, selon des experts.
- Une enquête préliminaire a été ouverte concernant des irrégularités dans un contrat signé par l’actuel ministre des Mines et de l’Énergie, Edwin Palma, lorsqu’il était administrateur provisoire d’Air-e.
La situation financière d’Air-e demeure préoccupante. Si le prix du kilowatt heure a diminué en 2025 suite à l’intervention gouvernementale, la dette de l’entreprise n’a cessé de croître. Alexandre Castaneda, président de l’Association Nationale des Entreprises de Production (Andeg), a révélé que la dette envers les producteurs s’élève à 2,7 milliards de dollars (environ 2,5 milliards d’euros). Cette somme se répartit entre 1,6 milliard de dollars (environ 1,5 milliard d’euros) pour les générateurs électriques et 1,1 milliard de dollars (environ 1 milliard d’euros) pour les générateurs thermiques.
Normand Alarcón, président de la Ligue Nationale des Usagers du Service Public, dénonce un bilan “lamentable”. Il accuse le gouvernement de ne pas avoir respecté les dispositions constitutionnelles et légales depuis son intervention. Il pointe notamment l’inaction du Fonds d’Affaires de la Surintendance des Services Publics, qui n’a pas injecté de fonds dans l’entreprise.
« Depuis l’intervention, il n’a pas respecté les aspects fondamentaux ordonnés par la Constitution et la loi. »
Normand Alarcón, président de la Ligue Nationale des Usagers du Service Public
Même après le dépôt d’un projet de financement devant la Commission VII du Congrès, le surintendant Felipe Durán a averti de l’absence de ressources pour renflouer l’entreprise. Selon Alarcón, le gouvernement n’a pas apporté à Air-e le soutien financier nécessaire, la laissant dans une situation d’insolvabilité et menaçant son effondrement.
Face à ce constat, la Surintendance des Services Publics a envisagé deux solutions, toutes deux impliquant une nationalisation de l’entreprise. La première prévoyait un investissement de 1,48 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros) et un prêt de 1,52 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros) via le Conpes, tout en maintenant les actifs de l’entreprise sous contrôle gouvernemental. La seconde option consistait à confier l’exploitation à Gecelca, une entreprise mixte de services publics où l’État détient la majorité des parts.
Gecelca, qui gère actuellement les 8 milliards de dollars (environ 7,5 milliards d’euros) alloués au programme « Colombie Solaire », n’a pour l’instant été qu’une rumeur concernant Air-e.
Malgré les difficultés, deux aspects positifs sont à souligner. Tout d’abord, la baisse du coût du kilowatt heure, qui est passé de 1 200 dollars (environ 1 130 euros) l’année dernière à 795 dollars (environ 750 euros) actuellement. Norman Alarcón attribue cette baisse à la pression exercée par les syndicats, les organisations sociales, les usagers, les autorités et le monde universitaire, ainsi qu’à l’action populaire menée par des représentants de Barranquilla, Santa Marta et Riohacha pour abroger le régime tarifaire spécial.
« Je crois que cela s’est produit grâce à la pression de toutes les forces vives des syndicats, des secteurs sociaux, des usagers, des autorités et du monde universitaire. Également de l’action populaire présentée par les représentants de Barranquilla, Santa Marta et Riohacha pour renverser le régime tarifaire spécial. »
Norman Alarcón, président de la Ligue Nationale des Usagers du Service Public
Cependant, Alarcón critique le gouvernement pour ne pas avoir pleinement respecté la décision du Tribunal administratif de l’Atlantique, qui continue de facturer une surtaxe de commercialisation faisant partie du régime spécial. Il dénonce également la prolongation de ce régime tarifaire spécial pour deux années supplémentaires, créant ainsi une incertitude persistante.
Air-e a par ailleurs sécurisé 81 % de son approvisionnement énergétique pour 2026, afin de garantir la continuité du service à ses 1,3 million d’utilisateurs.
La succession d’intervenants administratifs chez Air-e témoigne de l’instabilité de l’entreprise. Carlos Diago a été nommé en septembre dernier, mais a été relevé de ses fonctions après seulement 43 jours. Edwin Palma lui a succédé, avant de quitter ses fonctions le 27 février. Diane Bustamante a occupé brièvement le poste, avant l’arrivée de Nestor Javier Vásquez le 12 juin, qui est toujours en fonction à ce jour.
L’attention se porte également sur Edwin Palma, actuel ministre des Mines et de l’Énergie. Le parquet général a ouvert une enquête préliminaire concernant un contrat présumé comportant des dépassements de coûts lorsqu’il était administrateur provisoire d’Air-e. L’enquête fait suite à une plainte déposée par le magazine Cambio concernant un contrat signé avec le Consortium SEC pour la fourniture de transformateurs KVA, avec un surcoût estimé à 60 %. Le parquet examine également l’embauche du cousin germain de Palma pendant son mandat chez Air-e.
À la fin de l’année, un an et trois mois se seront écoulés depuis l’intervention de la Surintendance des Services Publics dans Air-e, une période marquée par le chaos administratif, mais durant laquelle les usagers ont bénéficié d’une réduction de leurs factures.
