Publié le 2025-10-31 09:37:00. Le dextrométhorphane (DM), un antitussif largement utilisé en vente libre, peut provoquer des réactions allergiques sévères, voire un choc anaphylactique, chez certaines personnes, comme le montrent des observations cliniques récentes.
- Des cas d’anaphylaxie liés à l’ingestion de DM ont été signalés, malgré des résultats de tests cutanés parfois négatifs.
- L’activation du récepteur MRGPRX2, impliqué dans les réactions à certains médicaments, pourrait jouer un rôle dans ces allergies au DM.
- La réactivité croisée avec d’autres médicaments, notamment les opioïdes, reste une question ouverte nécessitant des recherches supplémentaires.
Le dextrométhorphane (DM) est un antitussif fréquemment présent dans les sirops contre la toux et les préparations en vente libre, souvent seul ou en combinaison avec d’autres ingrédients. Bien que généralement considéré comme sûr, des réactions allergiques à ce composé ont été documentées dans la littérature médicale. Plusieurs études de cas, dont certaines datant de 1998 [référence 6], [référence 7] et [référence 8], ont mis en évidence des cas d’anaphylaxie suite à l’ingestion de DM.
Une première observation concernait une femme de 40 ans qui a présenté une urticaire, un gonflement des lèvres et des difficultés respiratoires après avoir pris un médicament combiné contenant du DM. Des tests de provocation orale ont confirmé sa sensibilité au DM, bien qu’elle ait toléré d’autres antitussifs comme l’hydrocodone et la codéine. Un autre cas rapporté concernait une jeune femme de 24 ans ayant développé une anaphylaxie immédiate après avoir pris du Romilar® (bromhydrate de dextrométhorphane), avec des tests cutanés positifs. Elle a nécessité une injection d’épinéphrine suite à l’apparition d’un érythème généralisé, de démangeaisons et d’une chute de tension. Enfin, une jeune fille de 14 ans a présenté une anaphylaxie après une exposition au DM, malgré des tests cutanés et un test d’activation des basophiles (BAT) initialement négatifs. Des tests de provocation ont révélé une réaction cutanée.
Les tests cutanés, bien qu’utiles, ne sont pas toujours fiables pour diagnostiquer une allergie au DM. Dans un cas observé en clinique, les résultats des tests cutanés ont varié lors de répétitions, ce qui pourrait être lié à la distribution inégale des mastocytes dans la peau [référence 10]. Des tests cutanés négatifs chez des individus sains n’excluent pas une possible réaction allergique chez des personnes sensibles. De plus, la faible concentration d’allergène dans certaines formulations combinées, comme Benylin®, peut entraîner des résultats de tests cutanés peu concluants.
Il est important de noter que l’anaphylaxie peut être déclenchée par des mécanismes différents de la réaction allergique classique médiée par les IgE. L’activation directe des mastocytes via le récepteur MRGPRX2 pourrait être impliquée, en particulier pour les médicaments à petites molécules comme le DM [référence 11], [référence 12]. Les réactions médiées par MRGPRX2 peuvent se manifester différemment de l’anaphylaxie IgE-dépendante, avec une première exposition possible, des doses plus élevées nécessaires pour déclencher les symptômes et une durée plus courte des réactions [référence 13].
La distinction entre ces mécanismes peut être difficile, et un test cutané positif ne prouve pas nécessairement une réaction IgE-dépendante. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre l’implication du MRGPRX2 dans les allergies au DM. Bien que structurellement apparenté aux opioïdes, une réactivité croisée n’a pas été clairement établie [référence 7], [référence 14]. Cependant, en raison de la similitude structurelle avec la pholcodine, un autre antitussif impliqué dans des réactions allergiques, un potentiel de réactivité croisée ne peut être exclu [référence 15]. Les tests cutanés avec des opioïdes phénanthrène comme la morphine et la codéine sont déconseillés en raison de leur potentiel irritant et du risque de faux positifs [référence 16].
