Les prisons cubaines sont confrontées à une crise sanitaire majeure, aggravée par la propagation d’arbovirus et les conséquences d’événements climatiques récents, selon un rapport alarmant publié par l’organisation de défense des droits des prisonniers, Prisoners Defenders (PD).
Le rapport, rendu public ce jeudi, révèle une situation critique pour les détenus, déjà confrontés à la surpopulation carcérale et à des allégations de torture. Des cas de dengue, d’oropouche et de chikungunya ont été signalés dans les centres de travail forcé de Guantánamo, touchant « des dizaines de détenus ». À la prison de Quivicán, dans la province de Mayabeque, des épidémies d’hépatite et de grippe se propagent, tandis que des témoignages provenant du Combinado del Sur, à Matanzas, font état de cas de chikungunya, de dengue et d’autres maladies.
PD dénonce un manque criant de soins médicaux, des installations vétustes, un manque général d’hygiène et l’absence de mesures de désinfection efficaces, favorisant ainsi la prolifération des vecteurs de maladies. « La situation des prisonniers politiques à Cuba traverse l’un des moments les plus critiques de ces dernières années », affirme l’organisation basée à Madrid.
En octobre, l’ONG a recensé 463 personnes souffrant de « pathologies médicales graves » et 40 présentant des problèmes de santé mentale, toutes « sans traitement médical ou psychiatrique adéquat ». Par ailleurs, entre 2024 et 2025, des dizaines de prisonniers de droit commun sont décédés de la tuberculose dans les prisons à travers le pays.
Au total, 1 179 prisonniers d’opinion sont actuellement incarcérés à Cuba, dont 11 nouveaux cas. Dix-sept autres ont été libérés, la plupart après avoir purgé leur peine complète, selon PD.
Le rapport souligne également la détention de 35 mineurs – l’âge minimum de responsabilité pénale à Cuba étant de 16 ans – dont 29 purgent des peines et six sont poursuivis pénalement avec des « mesures de précaution sans aucune protection judiciaire ». Quinze d’entre eux ont déjà été reconnus coupables de sédition et condamnés à une peine moyenne de cinq ans de prison.
PD précise que 221 personnes ont été condamnées pour ce même chef d’accusation, souvent pour leur participation à des manifestations pacifiques, à une moyenne de dix ans de prison chacune.
Parmi les nouveaux prisonniers politiques répertoriés figurent quatre manifestants de Manicaragua (Villa Clara) – Raymond Martínez Colina, Carlos Hurtado Rodríguez, Osvaldo Agüero Gutiérrez et Yoan Pérez Gómez – condamnés à six ans de prison pour « troubles à l’ordre public ».
Le rapport mensuel de PD mentionne également les cas de José Daniel Ferrer et Luis Robles Elizastigui, ce dernier surnommé « l’homme au drapeau ». Ferrer, exilé aux États-Unis, a été libéré et contraint à l’exil le 13 octobre, « après avoir purgé intégralement, depuis le 24 août de cette année, une peine de quatre ans et six mois de prison imposée pour des raisons politiques, bien qu’il soit resté en prison plusieurs mois après ». L’organisation souligne que son départ de l’île n’était pas volontaire, mais une « expatriation forcée » imposée par le régime cubain comme condition à sa libération.
Robles, arrivé à Madrid le même jour avec sa mère, Yindra Elizastigui, et son fils de sept ans, a décrit les prisons cubaines comme des « centres d’extermination » où les prisonniers sont maltraités, privés de nourriture et de soins médicaux, et où la torture est « quelque chose de normal et le silence, quelque chose d’imposé », selon son témoignage rapporté par PD.
