Publié le 24 septembre 2025. L’ancien président colombien César Gaviria publie ses mémoires, un récit personnel et politique des années 1980 et 1990, qui ravive les débats sur les réformes économiques et la lutte contre le narcotrafic, et interroge sur la mémoire collective du pays.
- Le livre d’une centaine de pages se concentre sur le mandat de Virgilio Barco et la période de l’Assemblée constituante.
- Gaviria souligne l’importance de distinguer entre colère légitime et régressivité dans les périodes de crise.
- L’ouvrage relance la discussion sur l’héritage du néolibéralisme en Colombie, notamment à la lumière des critiques formulées par le président Petro.
César Gaviria, figure marquante de la vie politique colombienne, revient sur une période charnière de l’histoire du pays avec la publication de son livre, « Entrelazados ». Loin de simples mémoires personnelles, l’ouvrage offre un profil détaillé de Luis Carlos Galán, assassiné en 1989, et retrace les événements politiques cruciaux qui se sont déroulés entre 1986 et l’Assemblée constituante de 1991. Gaviria, acteur principal de ces événements, livre son analyse et ses réflexions sur cette époque tumultueuse.
L’ascension politique de Gaviria a été fulgurante sous la présidence de Virgilio Barco, où il a occupé les postes de ministre des Finances et de ministre de la Politique. Il rend hommage à Barco dans son livre, reconnaissant que son propre parcours institutionnel a été façonné par les quatre années passées sous sa direction, une reconnaissance rare chez les dirigeants colombiens. Il affirme ainsi :
« Le gouvernement de Barco et le mien ne peuvent être compris que s’ils sont considérés comme une continuité. »
César Gaviria
Cette continuité est essentielle, selon Gaviria, car les fondations de l’Assemblée Constituante, de la modernisation de l’État, de l’ouverture économique et de la lutte contre les cartels ont été posées dès 1986.
Au cœur de son récit, Gaviria aborde la menace que représentait le narcotrafic pour la démocratie colombienne. Il souligne que le terrorisme mafieux visait à déstabiliser le pays afin d’imposer un régime autoritaire favorable à ses intérêts. Cette analyse résonne avec les défis auxquels la Colombie a été confrontée, tant avec les cartels de la drogue qu’avec des phénomènes plus récents, comme le prétendu « pacte de La Picota ».
L’ouvrage propose également des réflexions pertinentes sur les crises contemporaines. Gaviria insiste sur la nécessité de distinguer la colère légitime de la régressivité et de canaliser l’indignation vers des mouvements capables de transformer la réalité. Il critique l’opposition qui, selon lui, se contente d’alimenter une rhétorique anti-pétriste sans proposer d’alternatives concrètes. Il met en garde contre la tentation de s’appuyer sur des institutions dépassées, incapables de répondre aux défis actuels :
« Il n’est pas possible, une fois de plus, de chercher du soutien pour des institutions dépassées, ancrées dans le passé, incapables d’interpréter les nouvelles réalités. »
César Gaviria
Gaviria exhorte les candidats à la présidence à construire l’espoir, même face aux difficultés. Il les encourage à proposer des alternatives pour l’avenir, à l’image de sa propre campagne présidentielle. Il estime également qu’il est crucial de ne pas laisser s’effacer la mémoire de ses réformes économiques majeures – l’ouverture économique, la réforme de l’Émetteur (banque centrale), la réforme du système de santé, la réforme des retraites et la réforme du secteur bancaire et des assurances – et de reconnaître le rôle de ses collaborateurs, tels que Hommes, Monténégro, Alarcón, Marulanda et Ramírez.
Un livre pour comprendre la réalité contemporaine. Néanmoins, je crois que Gaviria nous doit ses histoires sur la modernisation de notre économie. Si vous ne le faites pas, une partie de votre historique essentiel sera volée
L’ancien président craint que son héritage ne soit remis en question, notamment par le président Petro, qui accuse le néolibéralisme d’être à l’origine des problèmes de la Colombie. Il souligne également que le Parti libéral ne défend pas toujours de manière unanime son héritage. Il cite l’exemple du roi émérite d’Espagne, Juan Carlos Ier, qui a expliqué avoir écrit ses mémoires pour éviter que son histoire ne lui soit volée :
« J’ai le sentiment qu’on me vole mon histoire. »
Juan Carlos Ier, roi émérite d’Espagne
Dans un autre registre, Néstor Humberto Martínez Neira aborde les déboires judiciaires de Benedetti, soulevant des questions sur l’indépendance du pouvoir judiciaire.
