Publié le 8 décembre 2025 07:52. L’avocate ukrainienne Oleksandra Matvijchuk estime que l’Europe et les États-Unis ont manqué l’occasion d’aider réellement l’Ukraine à gagner la guerre, avertissant que l’inaction pourrait entraîner une escalade du conflit et une menace accrue pour la sécurité européenne.
- Oleksandra Matvijchuk, figure du mouvement Euromaïdan, critique l’approche de l’Union européenne et des États-Unis, jugée trop prudente et axée sur la survie de l’Ukraine plutôt que sur sa victoire.
- Elle met en garde contre une possible escalade du conflit si Vladimir Poutine n’est pas stoppé en Ukraine, soulignant que la Russie dispose de ressources économiques significatives.
- Matvijchuk estime que l’Europe sous-estime la menace et n’est pas prête à payer le prix de sa propre sécurité.
Oleksandra Matvijchuk, avocate basée à Kiev, a récemment reçu le prix Nobel de la paix, une reconnaissance de son engagement en faveur de la démocratie et des droits humains en Ukraine. Lors d’un sommet en Italie, elle a toutefois exprimé son regret face à la lenteur de l’aide occidentale, allant jusqu’à déclarer qu’elle céderait volontiers sa place à Donald Trump si celui-ci s’engageait à soutenir véritablement l’Ukraine. Elle souligne que le sommet d’Anchorage entre Trump et Poutine a marqué un tournant, faisant de la guerre en Ukraine une affaire personnelle pour l’ancien président américain.
Selon Matvijchuk, l’Union européenne a privilégié dès le début une stratégie de désescalade avec la Russie plutôt que de fournir à l’Ukraine les moyens de gagner. Elle reconnaît la gratitude de l’Ukraine pour l’aide reçue, qui lui a permis de survivre, mais déplore le manque de détermination et la lenteur des livraisons d’armes modernes. « Nous avons attendu plus d’un an pour le premier char moderne, plus de trois ans pour le premier avion moderne », a-t-elle précisé, ajoutant que l’Ukraine attend toujours des armes cruciales comme les missiles Taurus et Tomahawk, ainsi qu’un accès aux avoirs russes gelés et la création d’un tribunal spécial pour juger l’agression russe.
« Il y a une énorme différence entre aider l’Ukraine à ne pas s’effondrer et l’aider à gagner », explique-t-elle. « On peut concrètement mesurer cette différence dans le type d’armes fournies, dans la rapidité des décisions, dans la gravité des sanctions. Aider l’Ukraine à ne pas échouer est une politique réactive. Ce n’est pas une stratégie. Aider l’Ukraine à gagner nécessite une stratégie et une action décisive. »
Matvijchuk estime que les Européens n’ont pas toujours cru à la possibilité d’une victoire ukrainienne et ont peut-être cherché à éviter d’aliéner la Russie. Elle avance une explication plus profonde, liée à une perception différente de la notion de « plus jamais ça ». « Pour les Ukrainiens, cela signifie « plus jamais » les camps de concentration, l’érosion de l’identité du peuple, l’extermination physique d’une nation, plus jamais la torture et le viol. Nous combattrons le mal, même si le mal est bien plus fort que nous. » Elle contraste cette détermination avec une approche plus confortable en Europe, où la sécurité est perçue comme acquise et la liberté comme un simple choix de consommation.
« Cela signifie « plus jamais » être prêt à payer le prix fort pour notre liberté. Même si la vie d’autrui est en jeu, nous ne serons pas prêts à la risquer. Et nous pouvons nous permettre une telle approche en temps de paix, mais je suis désolé de dire que nous ne vivons plus en temps de paix. Si vous ne parvenez pas à arrêter Vladimir Poutine en Ukraine, il ira plus loin et attaquera d’autres pays européens. »
Oleksandra Matvijchuk, avocate
Matvijchuk critique la stratégie européenne d’évitement de l’escalade, la jugeant contre-productive et affirmant que Poutine a clairement indiqué sa volonté d’entrer en guerre avec l’Union européenne. Elle s’interroge sur la préparation de l’Europe, soulignant que ses gouvernements reconnaissent la nécessité d’accroître leurs capacités de défense, mais que Poutine ne leur laissera peut-être pas le temps de le faire. Elle met en garde contre la menace croissante des drones, capables de paralyser des infrastructures critiques avec des moyens relativement limités.
« Les drones sont déjà en Pologne, au Danemark, en Allemagne, en Belgique, en France. Je sais que les gens ne commencent à comprendre qu’il y a une guerre que lorsque les bombes leur tombent sur la tête. Mais la guerre moderne est différente. Il suffit que des drones non identifiés survolent l’aéroport de Munich pour paralyser le trafic dans une grande partie de l’Allemagne et causer des milliards d’euros de pertes. Quelques drones incontrôlés, qui coûtent des milliers d’euros, suffisent à causer des milliards de dégâts. La nouvelle guerre sera ainsi. »
Oleksandra Matvijchuk, avocate
Enfin, Matvijchuk rejette l’idée que l’Ukraine pourrait être apaisée en cédant une partie de son territoire à la Russie, estimant que cela ne ferait qu’encourager Poutine à poursuivre ses ambitions expansionnistes. Elle rappelle les crimes commis par les forces russes dans d’autres régions et souligne que l’appétit de Poutine ne sera pas satisfait tant qu’il ne sera pas confronté à une opposition ferme.
