Faisal Baltyuor, figure incontournable de l’industrie cinématographique saoudienne, a été nommé à la tête de la Red Sea Film Foundation, un organisme culturel majeur qui soutient le développement du cinéma dans le royaume. Producteur, distributeur et exploitant de salles, il incarne la transformation rapide du paysage audiovisuel saoudien.
L’annonce, faite en juin dernier, confirme le rôle central de Baltyuor dans l’essor du cinéma saoudien depuis la levée de l’interdiction des salles obscures en 2018. Il est à l’origine de succès locaux tels que la comédie de lutte Sattar et le drame From the Ashes, ainsi que de Hijra, le film candidat de l’Arabie saoudite aux Oscars 2026. À travers sa société CineWaves Films, il est également un distributeur clé dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord).
Mais l’engagement de Baltyuor ne s’arrête pas là. Il a fondé Cinehouse, la première salle de cinéma d’art et d’essai d’Arabie saoudite, et s’investit pleinement dans le développement de l’offre cinématographique du pays. Sa nomination à la direction de la Red Sea Film Foundation, qui organise chaque année le Red Sea International Film Festival (RSIFF) à Djeddah, ainsi que le marché du film Red Sea Souk et les programmes de soutien aux cinéastes (Red Sea Fund et Red Sea Labs), témoigne de la confiance placée en lui pour mener à bien cette ambition.
« Je suis un homme aux multiples casquettes », a déclaré Baltyuor, soulignant l’importance de ce nouveau rôle à un moment crucial pour l’industrie cinématographique et télévisuelle saoudienne, en pleine expansion et fortement financée.
À l’approche de la cinquième édition du RSIFF, The Hollywood Reporter a interrogé Baltyuor sur son parcours, l’évolution rapide du secteur du divertissement en Arabie saoudite et la signification du festival pour les cinéastes locaux.
Baltyuor explique que son expérience diversifiée est un atout majeur pour diriger la fondation : « La Red Sea Film Foundation touche à presque tous les aspects de l’écosystème cinématographique saoudien. J’ai été impliqué dans Red Sea depuis le début, en tant que producteur, membre du jury, participant au Souk et sponsor du festival. J’ai vu le festival sous différents angles, interagissant avec l’équipe, les invités et en tant que cinéaste dont le film a été présenté en ouverture ou en clôture. Cette expérience me donne une bonne compréhension des efforts déployés par Red Sea pour soutenir les cinéastes. » Il ajoute : « Au fond, je suis un cinéaste, un producteur, un distributeur, et cela apporte beaucoup. »
Malgré ses multiples responsabilités, Baltyuor insiste sur son engagement à plein temps et son implication directe dans les opérations de la Red Sea Film Foundation. Il a d’ailleurs déménagé à Djeddah pour se consacrer pleinement à cette mission, qu’il juge essentielle pour la région et pour l’industrie dans son ensemble.
Interrogé sur le rôle de Djeddah dans le paysage culturel saoudien, Baltyuor souligne que la ville a toujours été un centre artistique et cinématographique, grâce à son multiculturalisme et à sa position stratégique. Il rappelle l’existence, avant l’interdiction des cinémas dans les années 1980, de nombreux cinémas de quartier, les fameux « Ahwash Cinemas », qui proposaient une programmation variée, allant des films égyptiens classiques aux productions de Bollywood et hollywoodiennes. « La ville était, et reste, riche en culture et en art. C’est pourquoi le public ici est toujours très enthousiaste », affirme-t-il.
Baltyuor reconnaît qu’il subsiste des lacunes dans la chaîne de valeur du secteur, notamment en matière de formation des équipes techniques et de développement des talents. Cependant, il se félicite des nombreuses initiatives mises en place pour combler ces lacunes, telles que le Red Sea Souk, qui rassemble les différents acteurs de l’industrie, le secteur privé et des experts internationaux. « Le développement de l’industrie prendra du temps, mais en un an et demi, deux ans, on constate déjà des progrès considérables », assure-t-il.
Concernant le Red Sea Film Festival, Baltyuor insiste sur sa vocation à développer l’écosystème cinématographique saoudien, au-delà de l’aspect glamour des tapis rouges et des stars. Il met en avant les programmes de formation (Red Sea Labs) qui accompagnent les cinéastes de l’idée initiale au scénario final, ainsi que les fonds de développement, de production et de post-production. Il cite l’exemple de Mandoob (Night Courier), une comédie noire qui a débuté comme un projet au Souk et a ensuite connu un succès critique et commercial, notamment en étant sélectionné au Festival international du film de Toronto.
La Red Sea Film Foundation soutient également des films à travers le monde arabe et africain. Baltyuor explique qu’il cherche à équilibrer les productions d’art et d’essai avec des films commerciaux, considérant que ces derniers sont essentiels pour attirer un large public et assurer la pérennité de l’industrie. Il souligne que les investisseurs saoudiens sont de plus en plus intéressés par le cinéma, à condition de pouvoir espérer un retour sur investissement.
Enfin, Baltyuor confirme que le développement du secteur cinématographique s’inscrit pleinement dans le cadre du plan Vision 2030 de l’Arabie saoudite, qui vise à diversifier l’économie du pays et à promouvoir la culture et le divertissement. Il se réjouit du soutien constant du gouvernement et des investissements massifs dans les infrastructures, avec la construction de nouveaux studios à AlUla, Neom et Riyad.
Pour Baltyuor, qui a débuté sa carrière dans l’industrie cinématographique en Australie, le développement spectaculaire du cinéma saoudien est un rêve devenu réalité. « Lorsque j’étais en Australie, je souhaitais ardemment que l’Arabie saoudite puisse disposer d’une industrie cinématographique aussi dynamique et innovante. Aujourd’hui, ce rêve est devenu réalité. Nous célébrons cinq ans d’un festival majeur, le box-office est florissant et les films saoudiens sont reconnus sur la scène internationale. »
