L’aspirine pourrait réduire le risque de rechute du cancer du côlon et du rectum
Une étude menée par un groupe de recherche de l’Institut Karolinska révèle qu’une faible dose d’aspirine pourrait améliorer le pronostic des patients atteints d’un cancer du côlon et du rectum.
L’aspirine agit sur le cancer de l’intestin chez les patients présentant un type spécifique de modifications génétiques dans la tumeur.
« Ce sont des résultats fantastiques ! Ils s’appuient sur des connaissances antérieures, mais nous avons apporté la dernière pièce du puzzle en identifiant précisément les patients qui pourraient en bénéficier », explique Anna Martling, professeure au Département de médecine moléculaire et de chirurgie de l’Institut Karolinska.
Chaque année, près de deux millions de personnes dans le monde sont diagnostiquées avec un cancer du côlon et du rectum. Entre 20 et 40 % d’entre elles développent des métastases, ce qui rend la maladie plus difficile à traiter et plus mortelle. Selon Martling, il existe donc un besoin important d’améliorer les traitements et les diagnostics.
L’aspirine : un médicament éprouvé et accessible
L’aspirine, ou acide acétylsalicylique, est l’un des médicaments les plus anciens et les plus utilisés au monde, présent sur le marché depuis 125 ans. Elle est traditionnellement utilisée pour réduire la fièvre, soulager la douleur et traiter les maladies cardiovasculaires.
Des études observationnelles antérieures ont suggéré que les patients atteints d’un cancer du côlon avaient un meilleur pronostic s’ils prenaient des doses élevées d’aspirine pendant une période prolongée. Cependant, ces recherches manquaient d’études cliniques randomisées. Une telle étude a maintenant été menée dans le cadre d’une collaboration nordique, incluant des patients finlandais.
« Depuis 2016, nous avons sélectionné 3 500 patients dans les pays nordiques pour vérifier s’ils présentaient des modifications dans les gènes qui contrôlent cette voie de signalisation », explique Martling.
Essai clinique randomisé
Parmi les patients présentant des mutations dans les gènes de la voie de signalisation PIK3, un essai clinique randomisé a été mené. Les participants ont reçu soit une dose de 160 milligrammes d’aspirine (soit un tiers d’une pastille contre la douleur), soit un placebo pendant trois ans.
Une voie de signalisation cellulaire est une chaîne de réactions qui permet à la cellule de réagir aux signaux de son environnement ou d’autres cellules. Si cette voie est constamment activée, les cellules peuvent se diviser de manière incontrôlée, ce qui peut conduire au cancer.
« Nous avons constaté que les patients présentant une modification génétique et prenant de l’aspirine avaient plus de 50 % de réduction du risque de rechute et une meilleure survie spécifique à la maladie. C’est un résultat vraiment encourageant », déclare Martling.
Un environnement défavorable au cancer
L’aspirine présente l’avantage d’être un médicament peu coûteux et largement accessible. Elle réduit l’inflammation, inhibe le fonctionnement des plaquettes et freine la croissance tumorale. La combinaison de ces effets crée un environnement moins favorable au développement du cancer.
« Les plaquettes s’attachent à la surface des cellules tumorales. En inhibant les plaquettes, comme le fait l’aspirine, elles sont libérées et la cellule tumorale devient visible pour le système immunitaire. Cela signifie que l’aspirine agit également comme une forme d’immunothérapie », explique Anna Martling.
Martling est convaincue que ces nouvelles découvertes entraîneront des changements dans la prise en charge du cancer de l’intestin à l’avenir.
