L’année 2025 confirme la vitalité de la création audio, malgré les défis économiques et l’évolution des habitudes d’écoute. Entre la montée en puissance des podcasts vidéo, la prolifération des émissions animées par des célébrités et les difficultés rencontrées par la radio publique, des productions de qualité continuent de se démarquer, témoignant de la puissance unique de ce média pour informer, questionner et divertir.
Plusieurs projets indépendants ont particulièrement brillé cette année, explorant de nouvelles voies et favorisant l’émergence de communautés créatives. Audio Flux, fondé il y a deux ans par Julie Shapiro et John DeLore, propose des défis réguliers pour des créations audio courtes et expérimentales, dont les meilleures réalisations sont diffusées en ligne et lors de festivals. L’organisation a lancé à l’automne « The Audio Flux Podcast », une sorte de « zine pour les oreilles » animée par Amy Pearl, qui met en lumière des œuvres comme « To Cry or Not to Cry » de Yowei Shaw, inspirée par son licenciement à NPR.
Parallèlement, le magazine audio « Signal Hill », créé par Liza Yeager et Jackson Roach, a publié deux numéros cette année, accompagnés d’événements réputés. La revue combine des reportages approfondis et des formats plus courts, souvent d’une grande qualité. Parmi les pièces marquantes, on peut citer un reportage depuis une ferme ovine située à proximité d’une base militaire en France et un portrait d’une amitié entre un entomologiste américain et un jeune passionné de dix ans au Japon.
Du côté des enquêtes, la série « Sea of Lies », issue du podcast d’investigation « Uncover » de la CBC, a captivé les auditeurs. L’histoire débute en 1996, au large de Brixham, dans le Devon, avec la découverte macabre d’un corps portant une Rolex par un père et son fils, pêcheurs à bord de leur chalutier. L’enquête menée par Sam Mullins dévoile une affaire complexe, faite de fausses identités, d’escroqueries, de naïveté et de meurtre. L’habileté narrative de la série souligne la créativité perverse dont peuvent faire preuve certains criminels et l’importance de rester vigilant.
Le podcast « Heavyweight » de Jonathan Goldstein, après un passage difficile chez Spotify fin 2023, a fait un retour remarqué chez Pushkin. Goldstein et son équipe continuent d’explorer des problèmes personnels liés au passé de leurs interlocuteurs – un acteur déconcerté par la maladresse du réalisateur de son premier film, une femme traumatisée par un couronnement de reine de bal lycée – et tentent de les aider à trouver une résolution. Le podcast se distingue par son approche intimiste, son humour subtil et la narration unique de Goldstein, à la fois tactique et ironique.
Avery Trufelman, connue pour son analyse culturelle de la mode, est revenue avec une nouvelle saison de son podcast, intitulée « Gear », consacrée aux vêtements militaires (vêtements de chasse, équipements de performance, kaki, etc.) et à leurs liens étroits avec la vie civile. Trufelman a participé à des séances de tir au pigeon d’argile, exploré l’appropriation des vêtements militaires par la contre-culture des années 1960 et 1970, et analysé le phénomène du « gorpcore », ainsi que les contraintes de sécurité nationale qui imposent la fabrication des uniformes militaires aux États-Unis, soutenant ainsi l’industrie textile américaine.
Le podcast « The History Podcast » de la BBC, qui propose des mini-séries thématiques, a également produit plusieurs œuvres remarquables cette année. « Invisible Hands », animé par le journaliste David Dimbleby, 87 ans, retrace l’histoire du capitalisme de libre marché, à travers des portraits insolites, comme celui d’un éleveur de poulets du Sussex ou d’un député conservateur pris de vomissements. « The House at No. 48 » est un récit captivant de secrets familiaux, tandis que « Half-Life » débute avec une phrase troublante : « Ma grand-mère se brossait les dents avec du dentifrice radioactif ».
La journaliste Valerie Bauerlein, du Wall Street Journal, a présenté « Snitch City », une enquête poignante sur un meurtre survenu sur une route de campagne près de Myrtle Beach, en Caroline du Sud, en 2023. L’auteur du tir a avoué les faits et était en communication avec un opérateur du 911 au moment du drame, et des témoins ont assisté à la scène. La question centrale est de savoir si le tir était justifié au regard de la loi sur la légitime défense de l’État. L’analyse de Bauerlein, basée sur des enregistrements audio compromettants révélant des pratiques de corruption policière, met en lumière la complexité de cette législation et les interprétations parfois abusives qu’en font les citoyens.
Enfin, le podcast « Snap Judgment », de KQED, a proposé une série de cinq épisodes consacrée à Union Point Park, à Oakland, en Californie, où une communauté de sans-abri organisée se bat pour obtenir le droit de vivre ensemble, selon leurs propres règles, dans un campement extérieur sanctionné par la ville. Le podcast donne la parole à plusieurs leaders de la communauté, comme Matt, un ancien DJ qui vit dans une « maison en polystyrène », et Mama D, qui plante de la menthe pour éloigner les rats, ainsi qu’à des représentants de la ville, comme Daryel Dunston, qui négocie un modèle de « co-gouvernance » en grimpant sur un tas d’ordures.
L’équipe d’investigation Spotlight du Boston Globe a mené une enquête sur la corruption policière à New Bedford, dans le Massachusetts, et a publié « Snitch City », un reportage saisissant. L’histoire débute en 2018, avec un appel au 911 d’un pêcheur à bord du chalutier Little Tootie, signalant la présence d’un homme armé et sous l’emprise de drogues. L’enquête révèle des mensonges, du harcèlement, du vol, des manipulations de statistiques et des informateurs piégés par la police. L’équipe Spotlight, connue pour ses révélations sur les abus sexuels commis par des membres du clergé catholique, met en évidence les dangers du secret et du manque de contrôle.
Le producteur Leon Neyfakh a signé une nouvelle série, « Think Twice », consacrée à Jerry Springer, l’animateur de l’émission controversée « Jerry Springer Show ». Au-delà de l’image sulfureuse de l’animateur, le podcast retrace le parcours de Springer, qui a débuté comme un brillant analyste politique et a été maire de Cincinnati, avant de devenir un animateur de radio progressiste. L’œuvre explore l’histoire de ce genre télévisuel sensationnaliste et son impact sur les médias actuels.
Jad Abumrad, créateur de « Radiolab » et « More Perfect », a publié un ambitieux podcast biographique sur Fela Kuti, le musicien et pionnier de l’afrobeat nigérian. Réalisée sur trois ans, l’émission a nécessité des déplacements à Londres, Paris, Los Angeles et Lagos, ainsi que des interviews avec des proches de Kuti, des musiciens et des admirateurs, dont Barack Obama et Flea. Le résultat est une œuvre vibrante, pleine d’humour, de douleur, d’idées intéressantes et, bien sûr, de musique entraînante. Le podcast rend hommage à la créativité et à l’engagement politique de Kuti, un dissident courageux qui a souvent été la cible de la répression gouvernementale.
