Publié le 7 janvier 2026 12h31. Malgré des efforts de réforme de longue date, la lutte contre la corruption en Indonésie piétine. Une enquête récente révèle que les pratiques de corruption persistent dans la majorité des ministères, soulevant des questions sur l’efficacité des mécanismes de contrôle interne.
- L’enquête nationale sur l’intégrité (SPI) 2024 a révélé un score stagnant de 71,53, indiquant que les pots-de-vin restent fréquents dans près de 90 % des ministères.
- L’appareil de contrôle interne du gouvernement, connu sous le nom d’APIP, ne fonctionne pas comme un véritable système immunitaire contre la corruption.
- Trois principaux facteurs expliquent cette situation : un manque d’alignement stratégique, une pénurie de personnel qualifié et une difficulté à communiquer efficacement les risques aux décideurs.
La lutte contre la corruption en Indonésie se heurte à un mur, malgré des décennies de réformes bureaucratiques. L’enquête nationale sur l’intégrité (SPI) 2024, menée par la Commission d’éradication de la corruption (KPK), a révélé un score de 71,53, un résultat qui témoigne d’une stagnation inquiétante. Les gratifications et autres formes de corruption restent monnaie courante dans près de 90 % des ministères, selon cette étude. Si l’opinion publique cible souvent la KPK ou le Bureau du procureur général (AGO) en cas de scandale, une question fondamentale se pose : quel rôle jouent les auditeurs internes dans la prévention de ces abus ?
En théorie, l’appareil de contrôle interne du gouvernement, appelé APIP, est censé agir comme le système immunitaire de la bureaucratie. Ces auditeurs sont les derniers remparts internes, chargés de fournir une assurance indépendante quant à la bonne gestion des fonds publics. Cependant, la réalité est bien différente. Des affaires retentissantes, comme le détournement de fonds destinés à l’aide sociale (Bansos) ou les scandales de passation des marchés publics liés à la pandémie de Covid-19, ont été révélés par des lanceurs d’alerte ou par l’indignation publique, et non par les auditeurs internes.
Cette dépendance à des sources externes révèle un système essentiellement passif. Au lieu de rechercher proactivement les risques, l’APIP attend souvent que l’alerte soit donnée par d’autres. Ce n’est pas simplement une question de malchance, mais plutôt une crise de pertinence, résultant de trois échecs interconnectés : une orientation stratégique inadéquate, un manque de personnel qualifié et une incapacité à communiquer efficacement les risques aux décideurs.
Un désalignement stratégique et un écart de compétences
L’inefficacité commence dès la phase de planification des audits. À ce stade, l’APIP définit ses orientations stratégiques, qui déterminent l’ensemble du processus d’audit. Pour garantir leur impact, les thèmes d’audit doivent être étroitement alignés sur les domaines à haut risque qui menacent la responsabilité et la performance des institutions. Or, ce n’est souvent pas le cas.
Prenons l’exemple des Projets Stratégiques Nationaux (PSN). Des milliers de milliards de roupies (l’équivalent de plusieurs milliards d’euros) sont investis dans ces initiatives d’envergure, mais les auditeurs internes évaluent rarement leur efficacité réelle. Ils se concentrent souvent sur la vérification de la conformité administrative, se demandant si les documents sont en règle, plutôt que de s’interroger sur la valeur ajoutée réelle du projet : « Ce projet apporte-t-il réellement les bénéfices escomptés ? ». Cette approche axée sur la conformité administrative permet aux inefficacités, voire à la corruption, de prospérer dans des projets de grande envergure, sans être détectées avant l’intervention d’enquêteurs externes.
Ce problème est aggravé par un manque d’expertise technique au sein de l’APIP. Un rapport de l’Agence de supervision des finances et du développement (BPKP) publié en 2023 révèle que de nombreuses unités de l’APIP ne disposent pas de plans de développement des compétences adaptés aux besoins spécifiques de leurs équipes. Bien que des formations soient proposées, elles se concentrent principalement sur des connaissances obligatoires, telles que les codes d’éthique.
L’intégrité seule ne suffit pas. Les auditeurs ont besoin d’une double compétence, à la fois en matière de politiques publiques et de mécanismes de fraude. La corruption moderne se dissimule souvent dans la mise en œuvre de politiques complexes, en faussant les résultats plutôt qu’en volant directement de l’argent. Si un auditeur ne comprend pas les objectifs d’une politique, il ne pourra jamais détecter quand ces objectifs sont manipulés à des fins personnelles.
Une bataille inégale
Même lorsque la stratégie est pertinente, son exécution est compromise par une grave pénurie de personnel. Les données du BPKP montrent qu’en 2023, l’Indonésie comptait environ 18 000 auditeurs internes, soit seulement 44 % des 40 000 nécessaires pour surveiller l’ensemble de la bureaucratie nationale.
Avec des effectifs limités, les unités de l’APIP perdent la capacité de mener des enquêtes approfondies. Elles sont contraintes de recourir à des « audits par liste de contrôle », c’est-à-dire à la simple vérification de documents, sans avoir une vision d’ensemble des problèmes sous-jacents. Sans les ressources humaines nécessaires pour approfondir les investigations, comprendre les enjeux politiques complexes et détecter les fraudes sophistiquées devient une tâche impossible.
La barrière de la communication
Même lorsque les auditeurs identifient des problèmes importants, leurs conclusions ne se traduisent souvent pas par des actions concrètes. Cela met en évidence un obstacle subtil mais crucial : un déficit de communication. Il est souvent supposé que les dirigeants ignorent les rapports d’inspection en raison de considérations politiques. Cependant, dans de nombreux cas, les rapports ne répondent tout simplement pas aux besoins des décideurs de haut niveau.
Les ministères et les agences ont besoin d’informations stratégiques et synthétiques. Or, les auditeurs ont tendance à se perdre dans les détails opérationnels, sans parvenir à articuler les risques politiques plus larges. Si un auditeur ne parvient pas à traduire une anomalie technique en termes d’implications stratégiques, le rapport perd de sa pertinence. Un rapport inaccessible est, en pratique, aussi inefficace qu’un rapport inexistant.
Renforcer l’efficacité du contrôle interne
La solution ne réside pas dans une approche uniforme. La voie à suivre doit commencer par une analyse honnête des causes profondes de ces dysfonctionnements au sein de chaque ministère et agence. Les dirigeants doivent déterminer si leurs problèmes internes sont liés à des objectifs d’audit mal définis, à un manque de personnel qualifié, à un effectif insuffisant ou à une combinaison de ces facteurs. Un plan d’action clair doit être élaboré pour remédier à ces problèmes, avec un objectif concret de combler le déficit de personnel et de compétences au cours des trois prochaines années.
Parallèlement, il est impératif de mettre fin à une approche passive de la détection de la corruption. L’APIP doit cesser d’attendre les lanceurs d’alerte et adopter une approche proactive, en ciblant les zones à haut risque.
La solution la plus immédiate consiste peut-être à changer la manière dont les informations sont présentées. Avant de se plaindre d’être ignorés par la hiérarchie, les auditeurs internes doivent s’assurer que leurs rapports sont irréprochables. Les rapports doivent être directs, percutants et exempts de jargon bureaucratique. En reprenant le contrôle de leur orientation stratégique et en apprenant à communiquer l’impact de leurs conclusions, ces gardiens de l’intégrité peuvent évoluer d’administrateurs passifs à de véritables agents de transformation, capables de détecter les signes avant-coureurs avant que les dommages ne soient irréversibles.
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