Séville, le 26 octobre 2024. Les zoonoses, maladies transmissibles de l’animal à l’homme, et plus particulièrement le virus du Nil occidental, ont été au cœur d’une conférence organisée par la Fondation Cajasol, mettant en lumière la nécessité d’une vigilance accrue et d’une meilleure répartition des responsabilités face à ces risques sanitaires.
- Les infections zoonotiques sont souvent sous-diagnostiquées en raison de symptômes peu marqués.
- L’Andalousie a connu une crise du virus du Nil occidental en 2024, avec 118 cas d’infection et dix décès dans la province de Séville.
- Le débat sur la compétence et le financement des mesures de prévention reste ouvert entre les municipalités et le gouvernement régional.
Selon Miguel Ángel Muniáin Ezcurra, membre de l’Académie Royale de Médecine et Chirurgie de Séville, les zoonoses sont fréquemment sous-estimées. Il a souligné que les infections transmises par les animaux à l’homme présentent souvent des symptômes légers, ce qui conduit à un manque de diagnostic. Il a précisé qu’en Andalousie, l’incidence des infections zoonotiques n’est pas actuellement considérée comme « trop élevée », mais qu’une étude plus approfondie s’impose.
L’expert a détaillé les principales infections liées à la présence de tiques, notamment la fièvre endémique récurrente et la maladie de Lyme. Il a insisté sur la difficulté de diagnostiquer cette dernière, tout en précisant que sa présence est très limitée à Séville et dans l’ensemble de l’Andalousie, avec un seul cas confirmé dans la municipalité de Montellano. Il a également évoqué les risques liés aux séquelles à long terme du coronavirus Covid-19, à la maladie Crimée-Congo et au typhus épidémique.
Jordi Figuerola Borrás, de la Station Biologique de Doñana (CSIC), a quant à lui focalisé son intervention sur le virus du Nil occidental, qui a provoqué une crise sanitaire en Andalousie durant l’été 2024. 118 personnes ont été infectées et dix décès ont été recensés dans la province de Séville. Face à cette situation, le gouvernement andalou a renforcé les mesures de prévention, en mettant en place un programme de surveillance et de contrôle des vecteurs de la maladie.
La Députation provinciale de Séville a ainsi lancé une campagne de traitement contre les moustiques dans 15 municipalités identifiées comme prioritaires dans le cadre du plan régional, en complément des initiatives locales. Cependant, Jordi Figuerola a mis en garde contre une complaisance excessive :
« Le virus du Nil occidental n’est pas un problème temporaire, mais il est là pour rester. »
Jordi Figuerola Borrás, Station Biologique de Doñana (CSIC)
Il a souligné le lien entre les températures élevées, la prolifération des moustiques et la propagation du virus, ajoutant que des hivers doux favorisent une résurgence de l’épidémie l’été suivant :
« Tant qu’il fait chaud, il y a un risque. »
Jordi Figuerola Borrás, Station Biologique de Doñana (CSIC)
L’expert a également insisté sur la nécessité d’une action rapide et coordonnée pour contrôler les vecteurs de transmission. Il a souligné que les petites communes ont souvent du mal à faire face à ce défi seules et ont besoin d’un soutien financier. Cette question du financement est au cœur d’un débat, de nombreuses municipalités demandant au gouvernement andalou de prendre en charge les coûts des mesures de prévention, considérant qu’il s’agit d’un problème dépassant le cadre communal.
Cependant, une décision récente de la Chambre Contentieuse Administrative du Tribunal Supérieur de Justice d’Andalousie (TSJA) a donné raison au Conseil régional, en exigeant que la municipalité d’Isla Mayor élabore et mette en œuvre son propre plan de surveillance et de contrôle des moustiques. Le TSJA a rappelé que le décret 8/1995 attribue aux municipalités la responsabilité des traitements de désinfestation et de dératisation.
Jordi Figuerola a suggéré que le modèle de la Députation Forale de Huelva, qui propose aux municipalités un système de partage des coûts (80% pris en charge par la Députation), pourrait être une solution intéressante. Il a toutefois souligné que la situation est actuellement « très positive » pour 2024, avec seulement quatre cas d’infection recensés dans les municipalités de Morón de la Frontera, La Rinonada, Andújar (Jaén) et Almería, grâce au plan régional de prévention et aux actions de la Députation Forale de Séville.
La localisation de ces cas dans des zones géographiques variées indique que le virus se propage vers des régions où la présence de moustiques n’était pas traditionnellement significative.
