Publié le 8 octobre 2025. Une crise institutionnelle majeure secoue la Bulgarie après la nomination contestée de Borislav Sarafov au poste de procureur général par intérim, malgré une décision contraire de la Cour suprême de cassation. L’affaire a déclenché une vive polémique au sein du système judiciaire et politique, avec des accusations de manipulation et de tentative de déstabilisation de l’État de droit.
- La Cour suprême de cassation conteste la légitimité de Borislav Sarafov à occuper le poste de procureur général par intérim.
- Un forum des procureurs des pays des Balkans se tient à Sofia sous la présidence de M. Sarafov, malgré les controverses.
- Des juges à la retraite et des organisations professionnelles défendent la Cour suprême et dénoncent une ingérence politique.
La nomination de Borislav Sarafov au poste de procureur général par intérim, officialisée par le Premier ministre Rosen Jeliazkov et le ministre de la Justice Georgi Georgiev, est au cœur d’une profonde crise institutionnelle en Bulgarie. La Cour suprême de cassation a pourtant estimé que M. Sarafov n’était pas habilité à exercer cette fonction, une décision prise après le 21 juillet 2025, date à laquelle ses pouvoirs avaient expiré selon la loi.
Malgré cette contestation juridique, M. Sarafov préside actuellement un forum des procureurs des pays des Balkans à Sofia, un événement auquel assistent également M. Jeliazkov et M. Georgiev, ainsi que le président d’Eurojust, Michael Schmidt. Le leader du parti GERB, Boïko Borissov, avait déjà exprimé son soutien à la légitimité de M. Sarafov dès vendredi dernier.
Le forum réunit également des personnalités influentes du système judiciaire bulgare, dont la présidente de la commission juridique du Parlement, Anna Alexandrova, des membres du Conseil supérieur de la magistrature (SJC), ainsi que des procureurs et des enquêteurs.
Lors de l’ouverture du forum, M. Sarafov a insisté sur le rôle central du parquet dans l’État de droit, le qualifiant de « cœur de l’État de droit » et d’« épine dorsale de l’État de droit ». Cependant, une position anonyme publiée par le parquet indique que M. Sarafov n’a pas l’intention de se conformer aux décisions de la Cour suprême, qualifiant ces dernières de « tentatives stagnantes de déstabilisation du système judiciaire » et de manipulation de l’opinion publique.
Cette attitude a suscité une vive réaction de la part de la Cour suprême, dont la présidente, Galina Zakharova, a accusé M. Sarafov de retourner l’opinion publique contre l’instance supérieure. L’Union des juges et un groupe d’écoles d’avocats ont également pris position en faveur de la Cour suprême, dénonçant une motivation politique derrière les ordonnances concernant le statut de M. Sarafov.
Douze juges à la retraite ont publié une déclaration dans laquelle ils expriment leur « profonde inquiétude face aux manifestations d’ingérence grossière dans le travail du tribunal, aux tentatives d’influencer et de manipuler l’opinion publique et à la violation des pouvoirs institutionnels de la part des représentants du Bureau du Procureur de la République de Bulgarie ». Ils promettent de se mobiliser pour défendre l’État de droit et la légalité.
Les juges à la retraite rappellent que la Cour suprême a reconnu que M. Sarafov n’était plus habilité à reprendre les affaires pénales après le 21 juillet 2025, suite à une décision du Conseil des procureurs du SJC du 16 juin 2023, consécutive au limogeage d’Ivan Geshev. Des amendements à la loi sur le pouvoir judiciaire, entrés en vigueur le 21 janvier 2025, prévoyaient la désignation du président de la Cour suprême ou de la Cour administrative suprême en cas de vacance du poste de procureur général, pour une durée maximale de six mois. Le Conseil des procureurs avait toutefois décidé que cette loi ne s’appliquait pas à M. Sarafov.
La Cour suprême, ainsi que la plupart des juristes indépendants, estiment donc que M. Sarafov ne peut plus exercer ses fonctions après le 21 juillet. Selon les juges à la retraite, cette situation a provoqué une « violente attaque » contre la décision de la Cour suprême, orchestrée par le parquet et relayée par certains médias.
L’ancien ministre de l’Intérieur et de la Justice, Ivan Demerdjiev, a déclaré à la chaîne de télévision bTV que la Bulgarie n’avait plus de procureur général légitime depuis la prise de fonction de M. Sarafov. L’ancien ministre de la Justice, Anton Stankov, estime quant à lui que les ordonnances de la Cour suprême ne s’appliquent qu’aux cas spécifiques qui lui ont été soumis, soulignant une crise profonde du système judiciaire.
Théodore Slavev, de l’Institut bulgare des initiatives juridiques, dénonce une « tentative de s’emparer illégalement du pouvoir » par le parquet et ses alliés, qualifiant cette situation de « tentative de coup d’État limité ». Il souligne que le collège des procureurs pourrait désigner un remplaçant parmi les adjoints de M. Sarafov, mais que le parquet cherche délibérément à perturber l’ordre constitutionnel.
Enfin, le Conseil supérieur du barreau a publié une déclaration appelant le SJC à résoudre rapidement le problème de la succession du procureur général et du président de la Cour administrative suprême, soulignant que ce retard met en péril les droits des citoyens.
