Publié le 10 décembre 2025 à 06h02. L’absence remarquée de plusieurs néobanques à une récente audition parlementaire en Irlande a soulevé des questions sur leur coopération avec les régulateurs, tandis que les inquiétudes grandissent quant à leur incursion dans le domaine des cryptomonnaies et aux risques pour les jeunes investisseurs.
- Quatre néobanques – Revolut, Monzo, Bunq et N26 – n’ont pas participé à une audition du comité des finances de l’Oireachtas (parlement irlandais) la semaine dernière.
- La raison initiale invoquée, un mépris affiché pour les questions des élus, s’est avérée être une erreur logistique : des invitations envoyées à de mauvaises adresses ou à des adresses électroniques inexistantes.
- Le débat a mis en lumière les difficultés des néobanques à générer des revenus au-delà des services bancaires de base et leur intérêt croissant pour les cryptomonnaies, suscitant des inquiétudes quant à la protection des consommateurs, notamment des jeunes.
L’absence des représentants de Revolut, Monzo, Bunq et N26 devant le comité des finances a d’abord été interprétée comme un signe de défiance. L’idée que ces acteurs de la fintech considèrent les questions des parlementaires sur la régulation des néobanques comme futiles a amusé certains observateurs. Cependant, il s’est avéré que cette non-présentation était due à des erreurs administratives. Les invitations n’ont pas été acheminées aux bonnes personnes, et dans un cas, l’adresse e-mail fournie était inactive.
Revolut et Monzo ont indiqué leur disponibilité pour une audition ultérieure, probablement en janvier. Bunq et N26 devraient également participer à une date ultérieure. L’audience s’est déroulée en présence uniquement de représentants de la Banque centrale d’Irlande. Les membres du comité ont exprimé leur frustration face à la difficulté de joindre un conseiller humain par téléphone auprès de ces banques en ligne. Une autre question soulevée concernait la validité de l’assurance-dépôts (100 000 € par personne) pour les comptes Revolut en Lituanie, ce que la Banque centrale a confirmé.
Au milieu de ces préoccupations plus traditionnelles, Pearse Doherty, porte-parole financier du Sinn Féin, a soulevé une question cruciale : comment les néobanques parviennent-elles à dégager des bénéfices avec leur modèle économique basé sur un grand nombre de clients en ligne ? Il a souligné que, malgré l’engouement pour les fintech, les banques classiques conservent une position dominante dans les secteurs les plus rentables, tels que les prêts hypothécaires, les prêts à la consommation, les investissements et les assurances. Pour ces dernières, les comptes courants et les virements ne sont qu’un moyen d’attirer et de fidéliser la clientèle.
Les néobanques ont certes conquis une part de marché importante dans les services bancaires de base, mais elles peinent à s’implanter dans les secteurs à plus forte marge. De plus, leurs concurrents traditionnels réagissent en lançant leurs propres offres en ligne, bénéficiant souvent d’un accès plus facile et moins coûteux au capital que les néobanques, qui dépendent souvent du capital-risque et du capital-investissement.
Pour résoudre ce dilemme de la monétisation, certaines néobanques explorent la voie des cryptomonnaies, un sujet au cœur des préoccupations de Pearse Doherty. Il a notamment mis en évidence la promotion de ces actifs numériques sur l’application Revolut, en particulier auprès des jeunes utilisateurs. Revolut compte en effet environ 400 000 clients de moins de 18 ans. Bien que les transactions en cryptomonnaies soient soumises à la réglementation européenne sur les marchés des crypto-actifs (MiCA) et réservées aux adultes, Doherty craint que ces jeunes ne soient tentés d’investir dans ces actifs spéculatifs dès qu’ils atteindront l’âge légal.
Ses inquiétudes sont d’autant plus légitimes qu’un rapport de l’Institut de santé publique révèle qu’un quart des adolescents irlandais de 16 ans ont déjà joué d’argent, un taux parmi les plus élevés d’Europe. Un quart de ces jeunes ont joué en ligne. Selon la Fédération des banques et des paiements d’Irlande, les 18-34 ans sont le groupe d’âge le plus susceptible de détenir des cryptomonnaies en Irlande (16 % des détenteurs). Ils sont également plus enclins à investir en ligne et à se fier à leurs proches pour obtenir des conseils financiers plutôt qu’à des conseillers professionnels agréés.
Les liens entre les néobanques et le secteur des cryptomonnaies sont étroits. La technologie blockchain, qui sous-tend les cryptomonnaies, est utilisée par la plupart de ces institutions. De nombreux investisseurs des néobanques sont également fortement impliqués dans l’industrie de la cryptographie. Si les partisans de la cryptographie y voient une évolution naturelle du secteur bancaire, la Banque centrale d’Irlande a clairement exprimé ses préoccupations quant à ces actifs, les considérant comme des investissements risqués et soulignant la nécessité d’une réglementation plus stricte.
Cette situation est particulièrement préoccupante pour les jeunes qui, après avoir reçu des fonds sur Revolut, pourraient être tentés d’investir dans le bitcoin, dont la valeur a chuté de 26 % depuis octobre.
