Publié le 18 novembre 2025 à 20h29. L’arrestation de deux hommes dans le Limbourg néerlandais a révélé un réseau de production et de vente de drogues de synthèse à grande échelle, dont les produits étaient commercialisés en ligne sous le nom de Funcaps, suscitant l’inquiétude quant à l’ampleur des conséquences sanitaires potentielles.
- Des dizaines de personnes pourraient être mortes ou avoir gravement souffert à cause de drogues vendues par Funcaps.
- L’entreprise opérait depuis plusieurs années, contournant la législation en modifiant légèrement la composition de ses produits.
- Une nouvelle loi sur les drogues de synthèse, entrée en vigueur en juillet 2025, a permis d’ouvrir une enquête criminelle.
Les habitants de Schinnen sont sous le choc après la révélation que l’entreprise Funcaps, qui avait son entrepôt dans leur village, pourrait être responsable de la mort ou de graves problèmes de santé de nombreux consommateurs. Pendant des années, l’activité de cette société, spécialisée dans la vente en ligne de drogues de synthèse, s’est déroulée sous le nez de la population, suscitant des interrogations sur la manière dont elle a pu prospérer aussi longtemps.
« Je n’en revenais pas quand j’ai appris ça. C’est choquant », témoigne un voisin de l’ancien entrepôt de Funcaps. En 2022, une perquisition menée par la police à la demande des autorités belges avait déjà révélé d’importantes quantités de drogues de synthèse et de médicaments contrefaits sur le site de Schinnen. L’entrepôt était alors rempli d’étagères, d’ordinateurs, d’imprimantes et même d’une machine à comprimer, selon le témoignage de ce riverain. « Ils vendaient de tout. Des pilules, du poppers, des articles sexuels… tout ce qu’on peut trouver sur internet. » Il décrit les propriétaires de Funcaps comme des hommes « très sympathiques » et des « sportifs », conduisant des voitures de luxe, dont une Ferrari aperçue à plusieurs reprises dans le village.
Le voisin explique avoir interrogé les deux hommes sur la légalité de leur activité. « Ils disaient qu’ils opéraient dans une zone grise, mais du bon côté. Ils fabriquaient des pilules, de l’amphétamine. Leur vente n’était pas autorisée de cette façon, mais en y ajoutant une certaine substance, ils pouvaient le faire. » Un autre habitant confirme cette version : « Ils étaient très ouverts à ce sujet. Ils étaient persuadés que tout était légal. »
L’activité a continué après la perquisition de 2022, l’entreprise ayant simplement déménagé ses opérations. « Ils ont fermé l’entrepôt, puis il est resté scellé pendant un an. Et ensuite, ils ont recommencé la même chose ailleurs », raconte le voisin. « C’est étrange que ce soit possible aux Pays-Bas. »
Un écho à “Breaking Bad”
L’histoire de Stefan P. (30 ans) et de Jord van W. (31 ans) présente des similitudes avec la série télévisée Breaking Bad. Cette fois, il ne s’agit pas d’un professeur de chimie dévoyé et de son élève, mais de deux jeunes hommes du sud du Limbourg, dont l’un a reçu une formation en chimie.
P. et Van W. se sont rencontrés à la salle de sport et ont décidé de créer ensemble une entreprise en 2016 pour vendre des drogues de synthèse. Funcaps était né. L’entreprise est rapidement devenue un acteur majeur du marché, vendant des variantes d’ecstasy, de speed ou de LSD, ainsi que des tranquillisants puissants. En cinq ans, le chiffre d’affaires a atteint 42 millions d’euros, selon le ministère public. Des photos sur les réseaux sociaux montrent les propriétaires affichant un train de vie luxueux, avec des voitures coûteuses, dont une Lamborghini Huracan.
Un détail troublant : une Mercedes appartenant à l’un des propriétaires de Funcaps porte une plaque d’immatriculation commençant par ACAB, un acronyme argotique signifiant « All Cops Are Bastards » (tous les flics sont des salauds). En Allemagne, les propriétaires de voitures sont autorisés à choisir une combinaison de lettres pour leur plaque d’immatriculation selon certaines règles.
Le duo a créé de nouvelles entreprises, dont des filiales, et a également investi dans l’immobilier au Limbourg et en Allemagne. Pendant des années, l’entreprise a réussi à contourner la loi sur les stupéfiants en fabriquant des pilules aux compositions légèrement différentes. Cette stratégie n’a pas fonctionné en Belgique, comme l’a révélé une enquête en 2021 sur le site NOS.
Des signaux d’alerte ignorés
Aux Pays-Bas, des signaux d’alerte ont également été émis, notamment par la banque ING, qui a commencé à s’interroger sur la légalité des activités de Funcaps en 2022. La banque a conclu que les produits de Funcaps étaient étroitement liés à des substances figurant sur la liste des interdictions et a mis fin à sa relation commerciale avec l’entreprise.
Ce n’est qu’avec la modification de la loi sur les stupéfiants, entrée en vigueur le 1er juillet 2025, que les autorités ont disposé des outils nécessaires pour engager une enquête pénale contre Funcaps, selon un porte-parole du ministère public. La nouvelle loi a introduit une troisième catégorie de substances interdites, la liste 1A, qui inclut des groupes entiers de drogues de synthèse, mettant ainsi fin au jeu du chat et de la souris entre les autorités et les fournisseurs de drogues.
Stefan P. et Jord van W. ont été arrêtés le 8 août 2025 et sont actuellement en détention préventive. Les suspects affirment avoir toujours respecté la loi. Leur avocat a déclaré lors de la première audience préliminaire que les deux hommes avaient opéré pendant des années « en toute transparence » et qu’ils avaient toujours mis en garde contre les effets nocifs de leurs produits.
