Un réseau tentaculaire de fraudes et de détournements de fonds impliquant des dirigeants de Singapour émerge au sein du groupe Prince, lié à un vaste parc frauduleux au Cambodge. L’enquête taïwanaise met en lumière des sommes considérables détournées et des accusations de blanchiment d’argent, révélant un chaos financier au cœur de cette organisation.
Les procureurs taïwanais ont émis un mandat d’arrêt international contre Zhang Gangyao, un cadre singapourien soupçonné d’avoir détourné près de 900 millions de NT$ (environ 22,6 millions d’euros) de plusieurs sociétés du groupe Prince à Taïwan entre 2020 et 2021. Selon les documents judiciaires, ces fonds auraient été transférés via des comptes de la Yuanta Bank vers des comptes privés ou à l’étranger.
L’affaire a pris de l’ampleur en août 2023 lorsque quatre entreprises taïwanaises – Chengshuo, Maiyu, Ruidu et Boju – ont intenté des actions civiles et pénales contre Zhang Gangyao et un autre Singapourien, Lim Tai Rong, réclamant conjointement environ 900 millions de NT$ d’indemnisation. Le parquet taïwanais a officiellement lancé une enquête le 22 et 23 octobre 2025, ciblant les détournements de fonds, le blanchiment d’argent et les abus de confiance.
Zhang Gangyao, qui avait initialement investi à Taïwan en 2019 en tant qu’« ambassadeur de l’investissement » pour Taiwan Prince Real Estate Investment Co., Ltd., a nié les accusations dans une interview accordée au Times britannique. Il a affirmé qu’il n’était qu’un exécutant des ordres de Chen Zhi, le chef du groupe Prince, et que ce dernier contrôlait tous les flux de trésorerie. « Chen Zhi agissait de manière arbitraire et imposait une gestion interne extrêmement stressante, empêchant de nombreux cadres supérieurs de l’interroger », aurait-il déclaré.
Par ailleurs, une autre affaire de détournement de fonds a été révélée au sein du family office de Chen Zhi à Singapour. Wong Wai Kay David, directeur de ce bureau, est accusé d’avoir détourné 5,84 millions de dollars singapouriens (environ 3,5 millions d’euros). Ces révélations successives soulèvent des questions sur la gestion financière du groupe Prince et suggèrent une organisation où les contrôles internes sont inexistants.
L’enquête taïwanaise a également mis en évidence des liens entre Zhang Gangyao et le gang taïwanais « Sihai Gang », l’accusant d’avoir aidé à exploiter des plateformes de jeux d’argent illégales pour blanchir de l’argent. Ces plateformes opèrent sur des serveurs étrangers, et des sociétés écrans locales sont utilisées pour transférer les fonds. Zhang Gangyao est soupçonné d’avoir facilité le déblocage de ces fonds, qui finissaient par alimenter les activités du gang.
Il est à noter que Zhang Gangyao avait déjà été impliqué dans l’exploitation de sites de jeux d’argent en ligne via Daniu Technology à Taïwan dès 2019. Bien que plusieurs dirigeants de Daniu Technology aient été condamnés, Zhang Gangyao n’avait pas été poursuivi par le parquet taïwanais à l’époque, ce qui suscite des interrogations sur la manière dont les affaires impliquant le groupe Prince ont été traitées par les autorités.
Les avocats représentant Chen Zhi et le groupe Prince ont quant à eux plaidé l’innocence de leur client aux États-Unis, minimisant l’impact des fraudes commises à Taïwan et ailleurs. Cette attitude contraste fortement avec la réalité vécue par les victimes de ces escroqueries.
