Publié le 24 octobre 2025 16:51:00. Une exposition excessive à la lumière artificielle la nuit pourrait augmenter significativement le risque de maladies cardiovasculaires, selon une vaste étude internationale. Les chercheurs mettent en garde contre les effets potentiellement perturbateurs de nos modes de vie modernes sur le rythme biologique humain.
- Une étude portant sur près de 90 000 adultes révèle un lien entre l’exposition à la lumière nocturne et un risque accru de maladies cardiaques, d’accident vasculaire cérébral et de fibrillation auriculaire.
- Les participants exposés à une forte lumière la nuit présentent un risque 45 à 56 % plus élevé de crise cardiaque et d’insuffisance cardiaque.
- Les chercheurs soulignent l’importance de préserver le cycle naturel lumière-obscurité pour maintenir un bon état de santé cardiovasculaire.
L’omniprésence de la lumière artificielle nocturne – réverbères, enseignes lumineuses, écrans – est une caractéristique de nos sociétés modernes. Les images satellites confirment une augmentation de près de 50 % de l’éclairage nocturne mondial entre 1992 et 2017, rendant les nuits de plus en plus rares, en particulier dans les zones urbaines. Une nouvelle étude, publiée dans la revue JAMA Network Open, apporte des preuves supplémentaires des conséquences potentiellement néfastes de cette surexposition lumineuse sur la santé.
L’équipe de recherche, dirigée par Daniel Windred et Angus Burns, a suivi 88 905 adultes de plus de 40 ans pendant près de dix ans. Les participants ont porté pendant une semaine des capteurs au poignet mesurant leur exposition à la lumière toutes les demi-heures, permettant d’établir des profils individuels précis. L’analyse de ces données, représentant plus de 13 millions d’heures de suivi, a révélé une corrélation significative entre une forte exposition à la lumière nocturne et un risque accru de maladies cardiovasculaires.
« Sur des centaines de millions d’années, l’évolution a façonné notre système temporel interne, qui est basé sur les cycles quotidiens lumière-obscurité et change en fonction de la saison. »
Jonathan Cedernaès, Université d’Uppsala, Suède
Les résultats indiquent que les personnes les plus exposées à la lumière la nuit présentent un risque accru de 45 à 56 % de crise cardiaque et d’insuffisance cardiaque, par rapport à celles qui sont peu ou pas exposées. Le risque d’accident vasculaire cérébral et de maladie coronarienne augmente également de 28 à 30 % chez les personnes exposées à une forte lumière dans leur chambre à coucher. Ce lien persiste même après avoir pris en compte des facteurs de risque connus tels que le tabagisme, la consommation d’alcool, l’alimentation et la durée du sommeil.
Les chercheurs expliquent que l’exposition à la lumière artificielle perturbe le cycle circadien, ou rythme biologique de 24 heures, qui régule des fonctions essentielles telles que le sommeil, le métabolisme, la production d’hormones et la température corporelle. Cette désynchronisation peut avoir des conséquences graves sur la santé. Selon Jonathan Cedernaes de l’Université d’Uppsala, « Aujourd’hui, cependant, les horaires veille-sommeil irréguliers et changeants sont très courants. » Jusqu’à deux tiers des adultes décalent leur cycle veille-sommeil de deux heures ou plus entre les jours de semaine et les week-ends, un phénomène connu sous le nom de « décalage horaire social » qui pourrait amplifier les effets néfastes de la lumière nocturne.
L’éclairage artificiel pourrait influencer la libération de mélatonine, mais aussi entraîner une augmentation de la fréquence cardiaque, une hypertension artérielle, un sommeil profond perturbé et une sensibilité réduite à l’insuline. Les chercheurs suggèrent que les effets de l’éclairage artificiel pourraient être similaires à ceux du travail posté.
Les chercheurs précisent que l’étude a été menée principalement auprès de personnes blanches, ayant un niveau d’éducation et des revenus plus élevés, et majoritairement des femmes. Ils soulignent également qu’il reste à déterminer si différentes couleurs de lumière – bleue, verte, etc. – ont des effets différents. Des recherches supplémentaires sont donc nécessaires pour confirmer ces résultats et mieux comprendre les mécanismes en jeu.
En attendant, il est conseillé de limiter son exposition à la lumière artificielle la nuit en utilisant des rideaux occultants, en portant un masque de sommeil et en éteignant les écrans (smartphone, télévision) avant de se coucher. (dpa)
