Publié le 9 novembre 2025 à 16h02. Un éboueur brésilien a découvert sur un ordinateur portable jeté l’accès à un portefeuille de cryptomonnaies potentiellement valant plusieurs millions de dollars, soulevant des questions juridiques complexes sur la propriété et la récupération d’actifs numériques.
- La découverte d’un portefeuille de cryptomonnaies sur un ordinateur abandonné pose un défi juridique inédit au Brésil.
- Le collectionneur de déchets se trouve dans une position délicate, entre la possibilité d’une récompense financière importante et le risque de poursuites judiciaires.
- La loi brésilienne, notamment le Code civil, encadre la découverte d’objets perdus, mais son application aux actifs numériques est floue.
Un simple acte de collecte de déchets a pris une tournure inattendue au Brésil. Un éboueur a mis la main sur un ordinateur portable jeté qui contenait, sur son disque dur, les clés d’accès à un portefeuille de cryptomonnaies. La valeur potentielle de ces actifs numériques s’élève à plusieurs millions de dollars, suscitant un débat juridique passionnant sur la propriété et les droits du découvreur.
L’affaire rappelle l’histoire tristement célèbre de James Howells, un Britannique qui avait jeté un disque dur contenant des milliers de Bitcoins, d’une valeur estimée à environ 4,8 milliards de dollars (au moment des faits). Cette nouvelle découverte met en lumière les risques liés à la perte ou à l’abandon d’actifs numériques et la nécessité d’un cadre juridique clair pour gérer de telles situations.
La possession de la clé privée, qui permet d’accéder aux fonds, place le récupérateur dans une position à la fois lucrative et risquée. Tenter d’accéder aux fonds de manière improvisée pourrait entraîner une perte irréversible des actifs, tandis que le défaut de signaler la découverte aux autorités pourrait être interprété comme une appropriation illégale.
Le dilemme juridique : trouvé, perdu ou abandonné ?
La première étape cruciale pour le collectionneur est de déterminer le statut juridique de l’objet trouvé. L’ordinateur portable, en tant que bien matériel, est régi par le Code civil brésilien, en particulier son article 1.233. Cet article stipule que celui qui trouve un objet perdu est tenu de le restituer à son propriétaire légitime ou de le remettre à l’autorité compétente.
En respectant cette obligation, le découvreur a droit à une récompense légale, appelée « achado » (trouvaille). La classification la plus probable pour l’ordinateur portable est celle de « chose perdue » (coisa perdida), c’est-à-dire un objet égaré accidentellement, et non de « chose abandonnée » (coisa abandonada). L’utilisation de systèmes de chiffrement du disque robustes, tels que FileVault ou BitLocker, suggère que le propriétaire d’origine protégeait ses données et les a perdues ou supprimées par erreur, plutôt que de s’en débarrasser intentionnellement.
« L’article 1.233 du Code civil garantit le droit à une commission (récompense) qui ne peut être inférieure à 5 % de la valeur de l’objet trouvé. »
Une déclaration formelle et immédiate de la découverte à l’autorité compétente est donc impérative. C’est le seul moyen pour le collectionneur de préserver ses droits et d’éviter d’être accusé de détournement, même s’il a trouvé le portefeuille de cryptomonnaies dans une poubelle.
Le statut patrimonial de l’actif virtuel
L’actif le plus précieux, la cryptomonnaie elle-même (Bitcoin, Ethereum, etc.), n’est pas un bien physique, mais un actif numérique immatériel. Au Brésil, la loi n° 14.478/2022 (Cadre juridique pour les actifs virtuels) et la jurisprudence de la Cour supérieure de justice (STJ) confirment le caractère patrimonial des cryptomonnaies.
Les décisions de la STJ permettent de soumettre ces actifs à une saisie judiciaire, ce qui renforce l’argument selon lequel la récompense légale (les frais de trouvaille) doit être calculée sur la base de la valeur élevée de la cryptomonnaie, et non de la simple valeur résiduelle de l’ordinateur portable. La possession de la clé privée confère le pouvoir de déplacer l’actif, mais la propriété légale reste attachée au propriétaire initial. Le collectionneur acquiert ainsi un droit de créance sur cette richesse immatérielle.
Le risque technique : pourquoi ne pas tenter d’y accéder ?
La complexité technique de l’accès au portefeuille de cryptomonnaies est telle que toute tentative amateur pourrait être désastreuse, transformant la découverte en une perte permanente. Il est donc recommandé de faire appel à des services médico-légaux spécialisés.
Le premier obstacle est le chiffrement du disque. Si l’ordinateur portable utilise les systèmes d’exploitation actuels, le disque dur (HDD ou SSD) est protégé par un cryptage robuste. Tenter de contourner cette protection ou saisir incorrectement des mots de passe peut entraîner un blocage irréversible. Ce risque est illustré par des dispositifs de sécurité qui limitent le nombre de tentatives d’accès, bloquant définitivement le contenu après quelques échecs.
Au-delà du défi logique, il existe un risque physique. Les dommages matériels causés par l’élimination (surchauffe, impact) nécessitent un environnement de travail stérile, comme les laboratoires dotés de salles blanches ISO 5, pour éviter une corruption totale des données.
La stratégie des « honoraires au succès »
Pour atténuer ces risques et aligner les intérêts du récupérateur, la stratégie la plus prudente consiste à engager des sociétés spécialisées dans la récupération de cryptomonnaies, ayant une expérience en matière d’enquête médico-légale.
Ces sociétés fonctionnent généralement selon un modèle d’honoraires basés sur le succès (fee based on success), qui se situe généralement autour de 20 % de la valeur totale récupérée. Ce modèle est avantageux pour le découvreur, car il n’a pas à supporter les coûts initiaux élevés des laboratoires et des expertises médico-légales. Le paiement n’est dû qu’en cas de succès : « Pas de récupération, pas de frais ».
Le parcours des récompenses : de la découverte à la monétisation
Le plan d’action du collectionneur doit privilégier la légalité et la sécurité technique pour transformer une trouvaille fortuite en une récompense légitime, déclarable et juridiquement inattaquable.
- Préservation médico-légale : l’ordinateur portable ne doit pas être allumé ou manipulé. Il doit être conservé immédiatement pour une évaluation technique.
- Assistance juridique immédiate : Engager un avocat spécialisé en droit numérique. Ce professionnel doit déclarer formellement la découverte à l’autorité compétente, conformément à l’article 1.233 du Code civil brésilien, ce qui légitime le processus et garantit le droit à la récompense (minimum de 5 % de la valeur du portefeuille de cryptomonnaies).
- Faire appel à des professionnels : Engager un service médico-légal spécialisé avec des honoraires basés sur le succès pour récupérer la clé privée ou la phrase de départ.
Si la récupération de la clé privée réussit, les fonds doivent être immédiatement transférés vers un nouveau portefeuille sécurisé, détenu par le collectionneur (ou sous garde légale), afin d’empêcher le propriétaire d’origine (s’il dispose d’une sauvegarde) de déplacer les actifs en premier.
Négociation et conformité fiscale
Une notification proactive aux autorités, structurée par un avocat, peut conduire à des négociations avantageuses avec le propriétaire. En échange de la restitution coopérative de la clé et du matériel, le collectionneur peut négocier un pourcentage du taux de trouvaille supérieur aux 5 % légaux, par exemple 10 % ou 20 % de la valeur récupérée, évitant ainsi une procédure judiciaire longue et coûteuse.
Tout gain (la trouvaille négociée) est considéré comme un revenu et doit être déclaré aux impôts brésiliens, soumis à l’impôt sur les plus-values des cryptomonnaies. Un conseil juridique est essentiel pour garantir que la monétisation est effectuée dans le respect des règles de conformité fiscale.
La découverte de l’ère numérique
L’affaire de l’éboueur qui trouve un portefeuille de cryptomonnaies est une affaire historique qui teste la législation brésilienne à la frontière entre les biens physiques et les actifs numériques. La clé d’une monétisation légitime et sécurisée est la professionnalisation. Le collectionneur doit transformer la découverte technique de la clé privée en l’acquisition légale d’un bien de grande valeur.
Selon vous, qui a le plus grand droit à la valeur totale : le collectionneur (en raison des honoraires de l’intermédiaire) ou le propriétaire d’origine (en raison de la propriété) ? Pensez-vous que la loi sur les honoraires d’intermédiaire de 5 % est équitable pour des actifs valant des millions ? Laissez votre avis et lancez le débat dans les commentaires ; nous voulons savoir comment la société évalue ce dilemme juridique et financier.
