L’Union européenne et le Mercosur ont conclu un accord de libre-échange historique, scellant un partenariat commercial majeur qui représente un défi direct aux tendances protectionnistes grandissantes à l’échelle mondiale. La signature de cet accord, fruit de 25 ans de négociations, intervient dans un contexte de tensions commerciales et d’incertitudes géopolitiques.
L’accord, officialisé ce samedi à Asuncion, au Paraguay, vise à supprimer les droits de douane sur plus de 90 % des échanges bilatéraux entre l’UE et le Mercosur – qui regroupe l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Il devrait entrer en vigueur d’ici la fin de 2026 et créer l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, représentant 30 % du PIB mondial et plus de 700 millions de consommateurs.
« Nous choisissons le commerce équitable plutôt que les droits de douane, nous choisissons un partenariat productif à long terme plutôt que l’isolement », a déclaré Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, lors de la cérémonie de signature. Le président paraguayen, Santiago Peña, a salué un « signal clair en faveur du commerce international » dans un environnement mondial marqué par des tensions.
Le ministre brésilien des Affaires étrangères, Mauro Vieira, a qualifié l’accord de « rempart face à un monde frappé par l’imprévisibilité, le protectionnisme et la coercition ». Il devrait stimuler les exportations européennes de voitures, de vin et de fromage, tout en ouvrant le marché européen aux produits agricoles sud-américains tels que le bœuf, la volaille, le sucre, le riz, le miel et le soja.
La conclusion de cet accord n’a pas été sans susciter de controverses. Des milliers d’agriculteurs irlandais ont manifesté la semaine dernière, craignant une concurrence accrue de la part des produits sud-américains. Des groupes environnementaux ont également exprimé leur inquiétude face à une potentielle augmentation de la déforestation.
Malgré ces oppositions, les dirigeants du Mercosur insistent sur les bénéfices attendus en termes d’emplois et de prospérité pour les populations des deux continents. Lucia Newman, correspondante d’Al Jazeera pour l’Amérique latine, a souligné que le Mercosur est une vaste zone de production agricole et minière, et que cet accord ouvre un marché européen considérable, bien que sous des conditions plus strictes.
L’accord intervient également dans un contexte de tensions internationales exacerbées, notamment avec l’annonce de nouveaux tarifs douaniers par l’administration américaine contre plusieurs pays européens, en raison de leur opposition aux ambitions américaines concernant le Groenland. Le président américain Donald Trump n’a d’ailleurs pas exclu une action militaire pour s’emparer de l’île arctique, suscitant des inquiétudes internationales.
Selon les observateurs, la signature de cet accord entre l’UE et le Mercosur envoie un message géopolitique fort en faveur du multilatéralisme, à un moment où l’isolationnisme et les barrières douanières gagnent du terrain.
