Publié le 2024-02-29 10:32:00. Le stress, réaction naturelle face aux difficultés, peut perturber notre appétit et entraîner des comportements alimentaires déséquilibrés, voire des risques pour la santé métabolique. Des experts de la clinique Mayo et de l’université Yale décryptent les mécanismes en jeu et proposent des pistes pour mieux gérer cette interaction complexe.
Le stress est une réponse automatique de l’organisme face à une situation perçue comme menaçante ou difficile. Cette réaction, qui se manifeste par des changements physiques, émotionnels et comportementaux, peut avoir un impact significatif sur notre rapport à la nourriture, entraînant une augmentation ou une diminution de l’appétit et favorisant des schémas alimentaires problématiques, comme la « faim émotionnelle ».
Lorsque le stress devient chronique, il peut contribuer à des déséquilibres métaboliques, à une prise de poids et augmenter le risque de développer des maladies telles que le diabète. Comprendre comment le stress influence notre alimentation est donc essentiel pour adopter des habitudes saines, particulièrement dans un contexte de vie souvent exigeant.
Selon le professeur Rajita Sinha, psychologue clinicien et directeur fondateur du Centre interdisciplinaire sur le stress de l’université Yale, le stress correspond à la réaction du corps et de l’esprit face à des situations bouleversantes, où l’individu ressent un manque de contrôle. « Le stress est une réaction à des situations perçues comme bouleversantes, où la personne a l’impression de ne pas avoir le contrôle » a-t-elle expliqué à la BBC.
L’environnement, les préoccupations personnelles et même des changements physiologiques comme la faim ou la soif activent l’hypothalamus, une région du cerveau qui déclenche la réponse d’alarme. Ce système stimule la libération d’hormones telles que l’adrénaline et l’hydrocortisone, qui augmentent la fréquence cardiaque et la tension artérielle.

Le stress aigu peut être utile pour faire face à des dangers immédiats, mais lorsqu’il devient chronique, il peut entraîner des problèmes de santé physique et mentale, tels que la dépression, l’insomnie et la prise de poids.
Le docteur Mithu Storoni, neuro-ophtalmologiste et auteur, a souligné à la BBC que le stress peut supprimer ou intensifier la faim. « Lors de mes examens universitaires, j’ai ressenti un inconfort physique » a-t-elle précisé. Elle explique qu’il existe un lien direct entre le système gastro-intestinal et le cerveau.
Le nerf vague, qui communique entre ces deux organes, transmet des informations sur la satiété et les besoins énergétiques. Si le stress inhibe l’activité de ce nerf, certaines personnes peuvent perdre l’appétit, tandis que d’autres ressentent une envie soudaine d’aliments riches en sucre et en énergie en réponse à une situation stressante.

La clinique Mayo souligne qu’un stress prolongé modifie la manière dont le cerveau interprète les signaux de faim et de satiété, favorisant ce qu’ils décrivent comme un « excès alimentaire émotionnel ». Dans son article intitulé « Nourrir ses sentiments », l’institution explique que le stress augmente la préférence pour les aliments riches en sucre et en graisses, car ils procurent un soulagement immédiat en activant les circuits de récompense du cerveau. Cette forme de faim émotionnelle survient soudainement, ne procure pas de réelle satisfaction et peut renforcer des habitudes alimentaires difficiles à contrôler si elles ne sont pas identifiées à temps.
L’impact du stress chronique sur l’alimentation va au-delà des envies soudaines. Sinha a précisé à la BBC que lors de situations stressantes, la circulation sanguine se remplit de glucose, mais que l’insuline, chargée de réguler la glycémie, perd de son efficacité.
Ce processus peut augmenter les niveaux de glucose et contribuer à la résistance à l’insuline, ce qui accroît le risque de surpoids et de diabète. L’excès de graisse corporelle aggrave cette résistance, obligeant le cerveau à réclamer encore plus de sucre en cas de stress. Sinha décrit ce phénomène comme un « cercle vicieux », un engrenage difficile à briser dans lequel le stress et les changements métaboliques s’alimentent mutuellement.

Pour prévenir le stress alimentaire, une planification est nécessaire. Storoni a suggéré à la BBC d’anticiper des stratégies de gestion avant les périodes de forte demande. Elle a souligné l’importance de maintenir des routines de base, notamment le sommeil, car cela aide à recalibrer l’hypothalamus, l’hypophyse et les glandes surrénales, et à diminuer la production d’hormones de stress.
Storoni a également indiqué que le manque de sommeil augmente les fringales et le besoin de consommer des aliments sucrés, car le cerveau cherche à compenser le manque d’énergie. De plus, l’exercice physique facilite la transition vers un état plus détendu et améliore les fonctions cérébrales. Maintenir un bon sommeil et pratiquer une activité physique régulière sont donc des outils essentiels pour contrôler l’appétit et l’anxiété en période de pression.
En matière de choix alimentaires, le professeur Sinha a recommandé à la BBC d’éviter d’acheter des produits ultra-transformés et sucrés, car leur présence à la maison augmente la tentation. Elle a suggéré de privilégier de petites portions d’aliments sains tout au long de la journée pour apaiser la faim et réduire les envies compulsives. Il est préférable de consommer des aliments riches en protéines (viande, haricots, poisson) ou en glucides complexes, comme les lentilles et l’avoine complète, pour stabiliser la glycémie.
Storoni a, pour sa part, recommandé de limiter la consommation d’alcool, car de nombreuses personnes y ont recours pour soulager le stress, ce qui peut aggraver le déséquilibre nutritionnel.
Le soutien social joue également un rôle important. Sinha a souligné à la BBC que les groupes sociaux favorisent le contrôle de la relation entre le stress et la nutrition. Partager les repas ou cuisiner ensemble permet de maintenir un équilibre et d’éviter les excès. Les réseaux de soutien sont essentiels pour maintenir de bonnes habitudes dans des moments difficiles.
