Les géants de la technologie américaine, dont Apple, Google et Microsoft, ont mis en garde leurs employés détenteurs de visas contre les voyages à l’étranger, face à une incertitude croissante concernant les politiques d’immigration et à des délais de traitement qui pourraient s’étendre jusqu’en 2026. Cette recommandation intervient après un durcissement des contrôles et une extension des interdictions de voyage initiées par l’administration Trump.
Plusieurs entreprises ont conseillé à leurs employés de ne pas quitter les États-Unis pour éviter de se retrouver bloqués à l’étranger, notamment ceux qui doivent renouveler leur visa. Selon un courriel envoyé par le cabinet d’immigration Berry Appleman & Leiden LLC, qui représente Google, « certaines ambassades et consulats américains connaissent d’importants retards dans les rendez-vous pour l’estampillage des visas, actuellement signalés jusqu’à 12 mois ». L’avis recommande également « d’éviter les voyages internationaux pour le moment ».
Les retards les plus importants concernent les villes indiennes de Chennai et Hyderabad, où les nouvelles dates d’obtention d’un visa sont parfois fixées à juin 2026, a précisé Microsoft dans une note interne. L’entreprise conseille à ses employés titulaires d’un permis de travail valide de revenir aux États-Unis avant l’expiration de leur visa actuel s’ils ont voyagé à l’étranger pour le faire tamponner. Ceux qui prévoient un voyage pour cette même raison sont invités à « sérieusement envisager » de reporter leurs plans.
Apple a également recommandé à ses employés ne disposant pas d’un visa H1-B valide d’éviter les voyages internationaux. ServiceNow, une société de logiciels d’entreprise, a quant à elle conseillé à ses employés détenteurs d’un visa valide de retourner aux États-Unis.
Ces avertissements font suite à une décision de l’administration Trump d’élargir les interdictions de voyage après des incidents survenus à Washington et de renforcer les contrôles, incluant désormais l’examen des historiques des médias sociaux des demandeurs de visa et de leurs familles. Les visas concernés par ces retards sont les visas H-1B, H-4, F, J et M.
Le visa H-1B, un programme d’immigration pour les travailleurs hautement qualifiés, permet aux entreprises américaines de parrainer des visas de travail pour des spécialistes. Ce programme, limité à 85 000 nouveaux visas par an, est particulièrement utilisé par les géants de la technologie pour recruter des talents, notamment des ingénieurs logiciels. Les ressortissants indiens représentent 71 % des pétitions H-1B approuvées.
Le système de loterie utilisé pour attribuer les visas H-1B est régulièrement critiqué, certains accusant les entreprises de l’utiliser pour remplacer des travailleurs américains par une main-d’œuvre étrangère moins coûteuse. En septembre, l’administration Trump avait annoncé des frais de 100 000 $ (environ 83 000 €) pour l’embauche de nouveaux employés H-1B, mais a finalement précisé que cette mesure ne s’appliquerait qu’aux employeurs souhaitant recruter des ressortissants étrangers qui ne sont pas déjà présents sur le territoire américain.
Le programme H-1B suscite des débats au sein de la droite américaine. Si certains, comme Elon Musk et David Sacks, plaident pour un renforcement de l’immigration qualifiée, d’autres, proches du mouvement MAGA, s’y opposent fermement. Les partisans du programme soulignent que l’immigration de travailleurs qualifiés a contribué à faire des États-Unis un leader technologique, et que près de la moitié des entreprises figurant au palmarès Fortune 500 ont été fondées par des immigrants ou leurs enfants, créant ainsi des emplois pour les Américains.
