Publié le 17 janvier 2026 à 01h27. Le marché du crédit mondial affiche une vigueur inattendue, atteignant ses niveaux les plus bas depuis 2007, mais cette euphorie suscite des inquiétudes parmi les gestionnaires de fonds quant à une complaisance face à des risques persistants.
- Les spreads d’entreprises se sont comprimés à 103 points de base, signalant une forte appétence pour le risque.
- Les anticipations de baisses de taux d’intérêt par les banques centrales soutiennent cette dynamique, malgré des tensions géopolitiques et des incertitudes économiques.
- Plusieurs experts mettent en garde contre une complaisance excessive, soulignant le risque de chocs soudains et la vulnérabilité des émissions obligataires récentes.
Le marché mondial du crédit connaît actuellement une période de dynamisme exceptionnel. Les spreads d’entreprises, qui mesurent la différence de rendement entre les obligations d’entreprises et les titres d’État, ont atteint 103 points de base, leur niveau le plus bas depuis près de deux décennies. Cette compression des spreads témoigne d’une confiance retrouvée des investisseurs et d’une volonté accrue de prendre des risques.
Cette reprise est largement alimentée par les anticipations de baisses de taux d’intérêt de la part de la Réserve fédérale américaine et d’autres banques centrales. Un assouplissement monétaire pourrait aider à amortir l’impact des droits de douane imposés par l’administration Trump et soutenir la croissance économique mondiale. La Banque mondiale a d’ailleurs revu à la hausse ses prévisions de croissance mondiale à 2,6 % cette semaine, renforçant l’optimisme ambiant.
Cependant, cette euphorie n’est pas sans susciter des inquiétudes. De nombreux gestionnaires de fonds mettent en garde contre une complaisance excessive, estimant que les investisseurs pourraient sous-estimer les risques persistants. « La complaisance devrait être le mot le plus effrayant sur les marchés à risque en ce moment », a déclaré Luke Hickmore, directeur des investissements obligataires chez Aberdeen Investments. Il recommande d’éviter de prendre des positions trop importantes sur les segments les plus vulnérables.
« La complaisance devrait être le mot le plus effrayant sur les marchés à risque en ce moment. »
Luke Hickmore, directeur des investissements obligataires chez Aberdeen Investments
La diminution des primes de rendement, bien que reflétant des perspectives économiques plus résilientes que prévu, offre également une compensation moindre aux investisseurs pour les risques croissants, qu’il s’agisse de l’imprévisibilité de la politique américaine, des tensions géopolitiques ou des vulnérabilités cachées qui pourraient entraîner des faillites d’entreprises.
L’ambiance positive a également profité aux obligations dites « junk bonds » (obligations à haut rendement), dont les spreads ont atteint leur plus bas niveau depuis près de vingt ans. Pour Pimco, cette situation est un signal d’alarme supplémentaire. Tiffany Wilding et Andrew Balls ont souligné dans une récente note que les rendements élevés récents ont alimenté la complaisance et que la société adopte désormais une approche plus sélective, anticipant une détérioration des fondamentaux du crédit.
Les entreprises profitent de cette fenêtre d’opportunité pour lever des fonds. Au cours de la première quinzaine de janvier, 435 milliards de dollars d’obligations ont été placées, un record pour la période et plus d’un tiers de plus que le volume de l’année dernière, selon les données de Bloomberg. Jeudi, Goldman Sachs a levé 16 milliards de dollars dans le cadre de la plus importante émission de dette de qualité investissement réalisée par une banque de Wall Street.
Jusqu’à présent, cette offre abondante n’a pas freiné la demande. Le marché du crédit aborde 2026 sur des bases solides, soutenu par des rendements supérieurs à ceux des bons du Trésor sur la dette de qualité investissement et les obligations à haut rendement au cours des trois dernières années. Néanmoins, les gestionnaires de fonds avertissent qu’un choc géopolitique, une erreur de politique monétaire ou une détérioration soudaine des bilans des entreprises pourraient rapidement inverser cette tendance. Dans ce scénario, l’avalanche d’émissions qui trouve actuellement preneur pourrait se transformer en un fardeau pour les investisseurs.
Avec les informations de Bloomberg

