Publié le 12 octobre 2025 23:28:00. Une chercheuse originaire d’Alicante a consacré ses travaux de doctorat à l’étude du vieillissement en bonne santé et de son impact sur le langage, une recherche née d’un lien familial fort avec ses grands-parents atteints de la maladie d’Alzheimer. Ses conclusions mettent en lumière le rôle protecteur de la lecture et de l’expérience linguistique face au déclin cognitif.
- Les adultes compensent les difficultés de traitement du langage en s’appuyant sur leur expérience et leur connaissance de la langue.
- Une bonne habitude de lecture et une expérience linguistique riche contribuent à ralentir la détérioration cognitive liée à l’âge.
- Cette recherche, première du genre dans l’Union européenne, ouvre des perspectives pour un diagnostic précoce des troubles cognitifs.
Victoria Cano Sánchez, née à Alicante en 1994, entretient un attachement particulier à Bullas, le village natal de ses grands-parents maternels. C’est là qu’elle a passé de nombreux étés d’enfance, partageant des moments précieux avec ses cousins sous l’œil bienveillant de son grand-père Cristóbal, membre de la famille « Los Caíllos ». Le souvenir de ses grands-parents, Cristóbal et Adela (originaire d’Alcalá la Real, dans la province de Jaén), tous deux atteints de la maladie d’Alzheimer, a été le moteur de ses recherches.
Après avoir soutenu sa thèse à l’Université du Pays Basque l’été dernier, Victoria Cano a rejoint cette année l’Université de Palma de Majorque en tant que professeure de linguistique. Elle y poursuit ses travaux sur les modifications du traitement du langage liées au vieillissement en bonne santé. Ses recherches portent notamment sur la capacité à anticiper le sens des mots et sur la manière dont l’expérience de vie et la maîtrise de la langue peuvent compenser les pertes cognitives naturelles liées à l’âge.
« L’objectif de cette recherche est de mieux comprendre comment ces mécanismes s’adaptent dans la communication quotidienne, afin de distinguer les changements cognitifs typiques d’un vieillissement sain et de faciliter un diagnostic précoce des éventuels symptômes pathologiques »
Victoria Cano Sánchez, professeure de linguistique
Victoria Cano souligne le caractère novateur de ses travaux dans le domaine de la linguistique. « Il existe peu de recherches sur le vieillissement en bonne santé spécifiquement dans le domaine linguistique. En fait, ma thèse est la première soutenue sur ce sujet au sein de l’Union européenne », explique-t-elle.
Son étude, menée auprès de 246 participants (la moitié jeunes, l’autre moitié âgés), révèle que les adultes mettent en œuvre des stratégies de traitement du langage pour compenser les difficultés d’accès aux mots ou les erreurs grammaticales. Les résultats indiquent qu’une pratique régulière de la lecture et une expérience linguistique étendue contribuent à freiner la détérioration cognitive, en particulier en ce qui concerne l’anticipation du sens des mots.
Pour Victoria Cano, partager les conclusions de son travail avec les habitants de Bullas est une manière de rendre hommage à ceux qui l’ont soutenue.
« Je suis qui je suis et j’en suis arrivée là grâce aux efforts de personnes comme mon grand-père Cristóbal, qui ont tant donné pour leurs enfants et petits-enfants »
Victoria Cano Sánchez, professeure de linguistique
Dirigée par Mikel Santiesteban et supervisée par le professeur Itziar Laka, la thèse de Victoria Cano s’inscrit dans une démarche visant à mieux comprendre les mécanismes du vieillissement en bonne santé, afin de pouvoir distinguer les changements cognitifs normaux des signes précurseurs de pathologies comme la maladie d’Alzheimer. À Palma de Majorque, elle compte approfondir ses recherches en intégrant l’étude des bases neuronales du langage et en explorant le rôle du bilinguisme.
Selon Victoria Cano, « en vieillissant, nous acquérons une meilleure expérience linguistique grâce à une lecture plus fréquente et à une communication plus intense, ce qui devrait contribuer à compenser le déclin cognitif ».
