Publié le 24 mai 2024 à 18h32. Un tribunal fédéral américain a reconnu le Pérou en « rébellion » dans le litige concernant la construction de l’aéroport international de Chinchero, après que l’État péruvien n’a pas respecté un arbitrage international lui ordonnant de verser plus de 91 millions de dollars à un consortium.
- Le Pérou n’a pas présenté de défense dans le cadre de la procédure judiciaire américaine, ce qui a conduit à une décision en faveur du consortium Kuntur Wasi.
- Le litige découle de l’annulation unilatérale en 2017 d’un contrat de concession pour la construction de l’aéroport de Chinchero.
- La décision du tribunal américain ne crée pas une nouvelle dette, mais valide une obligation de paiement déjà établie par un tribunal arbitral international.
La justice américaine a pris une décision significative dans l’affaire de l’aéroport international de Chinchero, en déclarant le Pérou en « rébellion » face à une sentence arbitrale. Cette situation découle du refus de l’État péruvien de verser plus de 91 205 056 $ (majorés des intérêts) au consortium Kuntur Wasi, suite à l’annulation d’un contrat de concession en 2017.
En substance, cette déclaration de « rébellion » signifie que le Pérou n’a ni répondu, ni présenté de défense dans les délais impartis devant le tribunal fédéral américain. Le juge a donc statué en l’absence de représentation de l’État péruvien, confirmant ainsi l’obligation de paiement initialement établie par un tribunal arbitral.
Genèse du conflit autour du contrat Kuntur Wasi
Les origines de ce différend remontent à 2017, lorsque le gouvernement péruvien a décidé de résilier unilatéralement le contrat de concession signé avec le consortium Maison Kuntur pour la construction et l’exploitation de l’aéroport de Chinchero, dans la région de Cusco. Ce contrat avait été initialement attribué en 2014, puis modifié en 2016. L’État estimait alors que ces modifications étaient défavorables à ses intérêts et a opté pour l’annulation de la concession.
Il est important de souligner que l’annulation ne portait pas sur le projet d’aéroport lui-même, mais sur le contrat avec la société concessionnaire. Le projet se poursuit actuellement, mais selon un nouveau modèle, financé directement par l’État péruvien via le Ministère des Transports et des Communications (MTC). Le MTC continue d’effectuer des paiements au consortium Natividad pour éviter l’arrêt des travaux.
Kuntur Wasi, estimant que l’annulation du contrat était arbitraire et injustifiée, a saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), un tribunal dépendant de la Banque mondiale spécialisé dans les litiges entre États et investisseurs. En mai 2024, le CIRDI a donné raison à l’entreprise et a condamné l’État péruvien à verser la somme mentionnée précédemment.
Quelles sont les implications de cette décision ?
Bien que la sentence du CIRDI constitue une décision internationale, elle n’est pas automatiquement exécutoire. Pour que le paiement soit effectif, l’entreprise gagnante doit obtenir sa reconnaissance et son exécution en tant que décision de justice dans un pays tiers. C’est dans cette optique que Kuntur Wasi s’est tournée vers un tribunal fédéral des États-Unis, une juridiction où ce type de récompenses internationales peut être validé à des fins de recouvrement.
La décision du tribunal américain ne crée pas une nouvelle dette, mais ratifie une obligation déjà établie par le tribunal arbitral international. Elle ouvre également la voie à Kuntur Wasi pour engager des procédures de recouvrement légal à l’étranger, tandis que le montant dû continue de croître en raison de l’accumulation des intérêts.

