Publié le 28 octobre 2025 à 08h58. Des bactéries présentes dans la viande que nous consommons quotidiennement pourraient être à l’origine de milliers d’infections urinaires, en particulier chez les populations les plus vulnérables. Une étude récente met en lumière un lien insoupçonné entre la consommation de viande et la prolifération de ces infections.
- Près d’une infection urinaire sur cinq (18 %) en Californie du Sud serait liée à des bactéries présentes dans la viande.
- Les communautés à faible revenu présentent un risque accru, avec un taux d’infections liées à la viande 1,6 fois plus élevé.
- La volaille, et notamment la dinde, semble être la source la plus préoccupante de ces infections.
Les infections urinaires (IU) sont un problème de santé publique mondial, causées le plus souvent par la bactérie Escherichia coli (E. coli). Si l’on savait déjà que cette bactérie pouvait être transmise à l’homme par l’eau ou les aliments contaminés, une nouvelle étude révèle que la consommation de viande provenant d’animaux infectés pourrait être une source d’infection plus importante qu’on ne le pensait, notamment par un processus appelé transmission zoonotique.
Publiée dans mBio, cette recherche menée en Californie du Sud entre 2017 et 2021 a analysé plus de 36 000 échantillons : 12 616 isolats d’E. coli provenant de viande vendue au détail et 23 483 isolats provenant de patients atteints d’infections urinaires. L’objectif était de déterminer la proportion d’infections urinaires causées par des souches d’E. coli d’origine animale.
L’étude a révélé que la contamination par E. coli était particulièrement élevée dans la dinde (82 %), mais également significative dans le bœuf, le poulet et le porc (entre 47 % et 58 %). Un lien clair a été établi entre les zones à faible revenu et des taux de contamination plus élevés : pour chaque augmentation de 10 % du taux de pauvreté d’une zone, la contamination de la viande augmentait de 12 %. Les produits de viande moins chers étaient également plus susceptibles d’être contaminés, suggérant que des pratiques de manipulation ou de stockage inadéquates pourraient jouer un rôle.
Les chercheurs ont également observé des différences selon l’âge et le sexe. Les hommes plus âgés (âge médian de 73 ans) étaient plus susceptibles de souffrir d’infections d’origine zoonotique que les femmes, tandis que les femmes étaient plus souvent touchées par les souches ExPEC (souches d’E. coli extra-intestinales pathogènes) d’origine animale (20 % contre 8,5 % chez les hommes).
L’analyse génomique a permis d’identifier des marqueurs spécifiques permettant de distinguer les souches d’E. coli provenant de la viande de celles présentes chez l’homme. Les éléments génétiques mobiles (MGE) ont joué un rôle clé dans cette distinction. Par exemple, les isolats de poulet et de dinde contenaient fréquemment les éléments M1, M2, M4 et M5, tandis que les isolats d’infections urinaires étaient plus susceptibles de contenir les éléments H2, H3 et H6.
En conclusion, l’étude estime que près d’une infection urinaire sur cinq (18 %) en Californie du Sud est liée à des souches ExPEC provenant d’animaux destinés à l’alimentation. Ce chiffre grimpe à 21,5 % dans les quartiers défavorisés, ce qui représente un risque 1,6 fois plus élevé. Les souches particulièrement virulentes des phylogroupes B2 et D, isolées de la viande, semblent jouer un rôle prépondérant dans ces infections.
Concernant la résistance aux antimicrobiens, les souches zoonotiques présentaient des niveaux intermédiaires entre les isolats cliniques et ceux provenant de la viande. Elles étaient moins susceptibles d’être multirésistantes que les souches non zoonotiques, mais ne différaient pas significativement des isolats de viande. Cependant, les chercheurs ont noté une diminution de la résistance à la gentamicine, potentiellement liée à la réduction de l’utilisation d’antibiotiques chez le bétail, notamment grâce à des politiques telles que la loi 27 du Sénat californien.
« Ces résultats soulignent la contribution de l’ExPEC zoonotique au fardeau des infections urinaires en Californie du Sud et la nécessité d’interventions ciblées pour réduire le risque dans les communautés vulnérables. »
Les auteurs de l’étude soulignent la nécessité de renforcer les mesures de sécurité alimentaire, en particulier concernant la volaille, afin de réduire la prévalence de ces souches dans l’approvisionnement alimentaire. Ils reconnaissent également certaines limites, notamment la difficulté de distinguer précisément les sources de viande (en particulier le bœuf) et le fait que l’étude s’est concentrée sur les infections urinaires non hospitalières, ce qui pourrait sous-estimer l’impact réel de la transmission zoonotique.
Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer l’impact clinique de la réduction de l’utilisation d’antimicrobiens chez les animaux destinés à l’alimentation. En attendant, il est recommandé aux personnes à risque (personnes immunodéprimées, personnes âgées) de faire preuve de prudence lors de la manipulation de la viande crue, en respectant scrupuleusement les règles d’hygiène et en assurant une cuisson complète avant consommation.

*Avis important : mBio publie des rapports scientifiques préliminaires qui ne sont pas évalués par des pairs et ne doivent donc pas être considérés comme définitifs, orienter la pratique clinique/le comportement lié à la santé, ni être traités comme des informations établies.
