Publié le 7 novembre 2024 à 00:15:00. Les paiements intégraux de cartes de crédit sont en hausse au Pérou, signe d’une prudence accrue des consommateurs et d’une volonté d’éviter les taux d’intérêt élevés, alors que le financement par carte stagne.
- Le volume des transactions par carte de crédit a augmenté de 15 % sur un an, mais les soldes restent stables.
- 30 % des détenteurs de cartes de crédit remboursent intégralement leurs achats à la date d’échéance, contre 22 % au deuxième trimestre 2024.
- Les experts soulignent que cette tendance est liée à une meilleure gestion financière et à la recherche d’avantages offerts par les cartes (miles, cashback).
L’activité transactionnelle sur les cartes de crédit continue de croître au Pérou, avec une augmentation annuelle de 15 % du chiffre d’affaires, selon Michela Casassa, directrice financière d’Intercorp Financial Services (IFS). Cependant, cette augmentation ne se traduit pas par une hausse proportionnelle des soldes impayés.
Chez Interbank, l’un des principaux émetteurs de cartes, le solde du financement par carte est resté stable en juin et n’a augmenté que de 6 % sur un an jusqu’en septembre dernier. Ce constat s’inscrit dans une tendance plus large : les consommateurs péruviens semblent privilégier le remboursement intégral de leurs achats plutôt que de recourir au crédit revolving.
« La proportion de clients qui paient 100 % (en direct) est passée de 22 % au deuxième trimestre 2024 à 30 % au cours de la même période de cette année. »
Michela Casassa, directrice financière d’Intercorp Financial Services (IFS)
Le remboursement intégral, ou paiement direct, consiste à solder l’intégralité des achats effectués avec la carte avant la date limite de paiement, évitant ainsi les frais d’intérêt généralement associés au paiement échelonné. Cette pratique témoigne d’une plus grande discipline financière de la part des consommateurs.
Victor Blas, directeur de la planification et des finances de Financiera Confianza, confirme cette tendance à la hausse des paiements intégraux. Il explique que cette évolution est motivée par la volonté d’éviter des taux d’intérêt élevés, mais aussi par une amélioration de la situation financière de certains ménages, grâce notamment à la disponibilité des fonds de pension (AFP) et du CTS (Compte d’épargne-temps de travail).
Ainsi, dans la mesure du possible, les consommateurs cherchent à ne pas financer leur consommation avec des cartes de crédit et à les utiliser principalement comme moyen de paiement. Cette stratégie leur permet de profiter des avantages offerts par les cartes (remises, programmes de fidélité) sans encourir de coûts supplémentaires.

Cartes de crédit.
Yang Chang, professeur de finance à l’Université de Piura, estime que ce comportement est également lié à une plus grande prudence des consommateurs. Ils veillent davantage à leurs soldes et cherchent à utiliser la carte non pas comme une source de financement, mais comme un moyen d’accéder à des avantages supplémentaires.
« Ils veulent profiter des miles, des points ou du cashback que les cartes accordent aux utilisateurs ; ils peuvent accumuler entre 1 % et 3 % de la valeur de leurs achats. »
Yang Chang, professeur de finance à l’Université de Piura
La plupart des cartes offrent un délai de 30 à 45 jours pour effectuer des achats et les rembourser sans frais d’intérêt. Une bonne gestion financière permet donc de profiter des avantages offerts par les cartes sans encourir de coûts supplémentaires.
Victor Blas souligne que les consommateurs organisés et financièrement responsables cherchent à maximiser les avantages des cartes en optant pour le paiement intégral et en évitant les intérêts. “Il est important de profiter des avantages, des miles, des points et des remises en argent offerts par les cartes”, ajoute-t-il.

La majorité (70 %) s’effectue en fractionnant les achats en plusieurs fois.
Paiement échelonné
Si 30 % de la consommation par carte est réglée intégralement, la majorité (70 %) est financée par paiement échelonné, ce qui implique le paiement d’intérêts. Yang Chang de l’Université de Piura explique qu’il existe deux types de consommateurs : ceux qui bénéficient d’avantages exclusifs et qui peuvent diviser les montants importants en plusieurs versements, et ceux qui utilisent la carte pour leurs dépenses courantes et risquent de s’endetter.
Le financement par carte de crédit dans le système a à peine évolué au premier semestre, avec une baisse de 0,8 %, selon les données de la Banque Centrale de Réserve (BCR). Au troisième trimestre, une légère reprise a été observée, avec une augmentation de 5,6 %.
Yang Chang souligne également que la reprise modérée de l’économie péruvienne joue un rôle dans ces décisions d’endettement. “La croissance du PIB influence les choix des consommateurs ; lorsque l’économie s’améliore, l’emploi et les salaires augmentent, et le risque de défaut diminue”, explique-t-il. Cependant, il ajoute que “nous n’observons pas encore une économie dynamique, ni une réactivation généralisée ; sans ce scénario, les abus pourraient entraîner des problèmes pour les détenteurs de cartes de crédit”.

