Publié le 12 janvier 2026 à 04h01. L’administration américaine a pris des mesures décisives pour contrôler les revenus pétroliers du Venezuela, en protégeant ces fonds des créanciers internationaux et en encourageant les investissements des compagnies pétrolières américaines, dans un contexte de tensions politiques et économiques persistantes.
- Washington cherche à sécuriser les futurs revenus pétroliers vénézuéliens contre les poursuites judiciaires.
- Un décret présidentiel place ces fonds sous la garde du Trésor américain.
- L’administration Trump tente d’inciter les compagnies pétrolières à investir à nouveau au Venezuela.
L’administration de Donald Trump a franchi une étape significative dans sa stratégie concernant le Venezuela en signant un décret visant à protéger les futurs revenus générés par l’exploitation pétrolière du pays. Cette mesure, présentée comme une question de sécurité nationale, vise à empêcher que ces fonds ne soient saisis par des entreprises et des créanciers qui réclament des compensations pour des expropriations passées, des dettes impayées ou des indemnisations en attente.
Le décret, rendu public ce week-end, déclare une situation d’urgence pour protéger les revenus de la vente de pétrole brut vénézuélien, qui seront déposés sur des comptes spéciaux gérés par le département du Trésor américain, connus sous le nom de fonds de dépôt du gouvernement étranger. Ces ressources, issues de la vente de pétrole ou de diluants, resteront sous contrôle américain et ne pourront être soumises à des saisies, des privilèges ou des procédures judiciaires sans l’approbation explicite de l’exécutif.
Cette décision intervient une semaine après des informations faisant état d’une opération secrète menée par les forces américaines au Venezuela, visant à capturer le leader chaviste Nicolás Maduro. Elle s’inscrit dans la volonté affichée par Washington de jouer un rôle direct dans la gestion des revenus pétroliers, en anticipation d’une éventuelle transition politique dirigée par Delcy Rodríguez.
Le secrétaire américain à l’Énergie avait déjà annoncé, mercredi, que les États-Unis exerceraient un contrôle « indéfini » sur les ventes de pétrole brut vénézuélien, en déposant les fonds sur des comptes américains afin de « bénéficier au peuple vénézuélien ». Selon des sources au sein de l’administration Trump, le projet initial porte sur la commercialisation de 30 à 50 millions de barils de pétrole déjà en réserve, sous la supervision américaine.
Le décret stipule que toute tentative de saisie de ces fonds serait considérée comme une entrave aux efforts américains visant à assurer la stabilité économique et politique au Venezuela. La Maison Blanche estime que l’échec de cette stratégie compromettrait des objectifs majeurs de politique étrangère, tels que la lutte contre la migration irrégulière, le trafic de drogue et l’influence d’acteurs considérés comme hostiles, comme l’Iran et le Hezbollah, tout en contribuant à « apporter la paix, la prospérité et la stabilité au peuple vénézuélien et à l’hémisphère occidental ».
Cette mesure vise particulièrement les grandes compagnies pétrolières et autres créanciers qui réclament des milliards de dollars au Venezuela depuis des années. Des entreprises comme Exxon Mobil et ConocoPhillips ont quitté le pays il y a près de vingt ans, suite à la nationalisation de leurs actifs, et ont obtenu des décisions favorables devant les tribunaux internationaux. ConocoPhillips, par exemple, réclame environ 12 milliards de dollars de compensation pour les pertes subies.
Vendredi, Donald Trump a réuni une douzaine de dirigeants du secteur de l’énergie à la Maison Blanche pour les encourager à investir à nouveau au Venezuela. Lors de cette réunion, plusieurs dirigeants ont rappelé les pertes financières considérables subies lors des expropriations et ont exprimé leur souhait de récupérer ces fonds. Donald Trump a répondu que son administration ne réexaminerait pas les pertes passées, déclarant qu’il s’agissait désormais de faire « table rase ». Il a toutefois promis de faciliter les échanges directs entre les compagnies pétrolières et le gouvernement américain, plutôt qu’avec les autorités vénézuéliennes.
Le département américain de l’Énergie a affirmé dimanche que les compagnies pétrolières américaines Chevron et Shell, l’espagnole Repsol et l’italienne ENI allaient « immédiatement » augmenter leurs investissements au Venezuela, qui possède les plus importantes réserves pétrolières au monde, estimées à 364 milliards de barils (soit 17 % du total mondial), bien que sa production ne représente actuellement que 1 % de la production mondiale, selon les données de Standard & Poor’s (S&P).
Bien que le PDG de Repsol, Josu Jon Imaz, ait déclaré à Trump que son entreprise était prête à « investir massivement » au Venezuela, l’intervention du directeur d’Exxon, Darren Woods, qui a estimé que le pays des Caraïbes était actuellement « impossible à investir », a souligné les doutes persistants. Le secrétaire à l’Énergie a qualifié l’opinion d’Exxon d’« atypique », affirmant qu’il y avait « au moins une douzaine » d’entreprises prêtes à retourner au Venezuela.
Les dirigeants présents ont également exprimé des inquiétudes quant aux garanties à long terme dans un marché pétrolier déjà saturé.
D’un point de vue juridique, le décret s’appuie sur la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (IEEPA) et la loi sur les urgences nationales. Il définit les revenus pétroliers comme étant la « propriété souveraine » de l’État vénézuélien, précise que les États-Unis agissent uniquement en tant que dépositaire et non en tant que participant commercial, et souligne que le dépôt de ces fonds sur les comptes du Trésor n’implique aucune renonciation, explicite ou implicite, à l’immunité souveraine du Venezuela.
Une question importante reste en suspens : l’impact de ce bouclier sur d’autres créanciers de l’État, notamment la Chine, à laquelle le Venezuela doit des centaines de millions de dollars de prêts garantis par le pétrole.
En principe, l’ordonnance interdit toute action en justice contre les fonds tant qu’ils sont sous la garde des États-Unis, que les demandeurs soient des sociétés privées ou des gouvernements étrangers. Cependant, elle laisse la décision finale concernant la destination des ressources entre les mains du Département d’État, ce qui suggère que Washington se réserve une marge de manœuvre politique pour négocier des paiements, des restructurations ou des accords bilatéraux à l’avenir.
Avec cette ordonnance, le président Donald Trump cherche non seulement à éviter une vague de poursuites judiciaires qui pourraient rapidement épuiser les revenus pétroliers du Venezuela, mais aussi à consolider le contrôle américain sur un levier économique clé dans le processus de transition politique du pays.
SERGIO GÓMEZ MASERI – Correspondant EL TIEMPO – Washington
