Publié le 17 décembre 2025 à 08h30. L’homme d’affaires indien Nirav Modi, en fuite pour fraude, tente de faire rouvrir son dossier d’extradition au Royaume-Uni en invoquant un risque de torture s’il était renvoyé en Inde, après l’échec d’une requête confidentielle qui bloquait jusqu’à présent son expulsion.
- Nirav Modi a demandé à la Haute Cour de Londres de réexaminer son cas d’extradition.
- Il affirme que de nouvelles preuves suggèrent qu’il pourrait être soumis à la torture par les autorités indiennes.
- Une requête confidentielle, soupçonnée d’être une demande d’asile, a été rejetée par le tribunal.
Le marchand de diamants, accusé d’avoir fraudé la Banque nationale du Pendjab pour plus d’un milliard de dollars (environ 920 millions d’euros), a comparu par visioconférence devant la justice londonienne, vêtu d’un T-shirt kaki. Il est incarcéré au Royaume-Uni depuis son arrestation en mars 2019 sur la base d’un mandat d’extradition.
La demande de réouverture du dossier intervient après un jugement récent de la même cour concernant Sanjay Bhandari, un autre homme d’affaires indien accusé d’évasion fiscale. Le tribunal avait estimé que Bhandari ne devait pas être extradé vers l’Inde en raison du risque de torture ou de mauvais traitements de la part de la police et des autorités d’enquête, y compris au sein de la prison de Tihar. Le jugement avait souligné que le recours à la torture pour obtenir des aveux était « courant et endémique » en Inde.
Edward Fitzgerald KC, l’avocat de Nirav Modi, a plaidé que le jugement Bhandari et plusieurs nouveaux rapports, dont un du département d’État américain, constituaient un « événement survenu » justifiant la réouverture de l’affaire. Il a mis en avant le risque réel que son client soit interrogé par le Central Bureau of Investigation (CBI) et l’Enforcement Directorate (ED), ainsi que d’autres agences d’enquête, et qu’il subisse des « tortures » au mépris de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH).
« Vos assurances massives sont arrivées très tard. »
Lord Justice Stuart-Smith
Le témoignage d’experts de l’ancien juge de la Cour suprême Deepak Verma et de l’avocat indien Ayush Agarwal, qui avait précédemment représenté Nirav Modi, a également été présenté au tribunal.
Helen Malcolm KC, représentant l’Inde, a souligné que le jugement rendu le 28 février concernant l’affaire Bhandari avait eu un « effet convulsif » sur toutes les demandes d’extradition vers l’Inde, en particulier vers la prison de Tihar. Elle a exprimé son inquiétude face à la longueur de la procédure, qui dure désormais depuis six ans, et a remis en question la nature confidentielle de la requête précédente de Nirav Modi.
« Je ne sais pas quelle était la chose confidentielle. Mais je sais qu’il n’y a qu’une seule chose légale pour empêcher l’extradition. »
Helen Malcolm KC
L’Inde a présenté de nouvelles assurances affirmant que Nirav Modi ne serait interrogé par aucune agence à son retour, mais l’équipe de défense a demandé un examen plus approfondi de ces garanties par ses experts. Le tribunal a accepté de prendre en compte ces éléments.
Quatre représentants du CBI et de l’ED sont venus d’Inde pour assister à l’audience. La prochaine audience est prévue en mars.
