Publié le 16 novembre 2025 à 11h29. Le Chili se dirige vers un second tour serré de l’élection présidentielle, où la droite, en pleine ascension, tentera de déloger le camp progressiste après six ans de gouvernement de gauche.
- Jeannette Jara, candidate du parti au pouvoir, est donnée favorite pour le premier tour, mais devrait être contrainte à un second duel.
- La bataille fait rage au sein de l’opposition de droite pour déterminer qui affrontera Jara au second tour, avec trois candidats en lice : José Antonio Kast, Johannes Kaiser et Evelyn Matthei.
- L’insécurité croissante et les difficultés économiques sont au cœur des préoccupations des électeurs chiliens, favorisant une montée en puissance des discours de droite.
Les élections présidentielles chiliennes de ce dimanche se présentent comme une primaire de la droite, une dynamique qui se confirme selon les analystes. Les sondages prévoient une victoire de Jeannette Jara, candidate de la coalition Unidad por Chile, au premier tour, mais avec un score insuffisant pour remporter l’élection dès le premier scrutin. L’incertitude réside donc dans l’identité de son adversaire au second tour, prévu le 14 décembre.
Trois figures de l’opposition se disputent actuellement les voix de plus de 50% de l’électorat penché à droite : José Antonio Kast, du Parti républicain, Johannes Kaiser, leader du Parti national libertaire, et Evelyn Matthei, figure conservatrice. Cette montée en puissance de la droite s’explique par un contexte social et économique particulier, après six ans de gouvernement de Gabriel Boric.
Il y a encore quinze jours, les sondages, selon la moyenne de Radar, plaçaient Jara en tête avec 28% des intentions de vote, suivie de Kast (19%), Kaiser (15%) et Matthei (14%). Franco Parisi, un libéral centriste, obtenait 9%. Une tendance récente, observée début novembre, signalait un recul de Kast et une progression inattendue de Kaiser. Cependant, le silence électoral imposé par la loi rend difficile l’évaluation de la pérennité de cette dynamique, d’autant plus que les écarts entre les trois candidats restent faibles.

De gauche à droite : Jeannette Jara, José Antonio Kast, Johannes Kaiser et Evelyn Matthey se disputent une place au deuxième tour des élections au Chili. (AFP/EFE).
Ce repositionnement de la droite s’explique par un contexte de remise en question du modèle économique et social chilien, exacerbé par les tentatives infructueuses de réforme constitutionnelle. Le pays, qui avait connu une explosion sociale il y a six ans, semble désormais privilégier un appel à l’ordre.
Selon Sergio Urzúa, professeur à l’Université du Maryland et chercheur au Clapes-UC, la situation économique et la criminalité sont deux facteurs clés de cette dynamique.
« D’un point de vue économique, le gouvernement du président Boric ne s’est pas distingué par de grandes réalisations. La croissance a été faible, nous stagnons depuis plus d’une décennie, mais cette stagnation s’est aggravée ces dernières années. Les pressions fiscales ne s’arrêtent pas et les investissements ont eu du mal à atteindre le pays. Dans ce scénario, pour un électeur de taille moyenne qui s’inquiète de ce qu’il va faire dans le futur, l’option de continuité que représente Jeannette Jara n’est pas attrayante. »
Sergio Urzúa, professeur à l’Université du Maryland et chercheur au Clapes-UC
L’augmentation de la criminalité et de l’immigration irrégulière, en particulier vénézuélienne, sont également des sujets exploités par les candidats de droite, notamment Kast et Kaiser. Bien que le Chili reste l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine, son taux d’homicides a triplé au cours de la dernière décennie (passant de 2,5 à 6,7 pour 100 000 habitants), et le sentiment d’insécurité est en forte hausse (87,5% des Chiliens se sentent moins en sécurité, selon l’Enquête nationale sur la sécurité des citoyens urbains).
Jeanne Simon, professeure de sciences politiques à l’Université de Concepción, nuance cette analyse :
« Je crois que le gouvernement a abordé la question de manière plus efficace que les gouvernements précédents, puisqu’il y a eu un travail consensuel et transversal. Il me semble que c’est aussi une stratégie électorale beaucoup plus facile à construire. »
Jeanne Simon, professeure de sciences politiques à l’Université de Concepción

Au total, 8 candidats sont en lice pour la présidence du Chili. Outre Jara (deuxième à gauche), Kast, Matthei et Kaiser, il y a Franco Parisi, Harold Mayne-Nicholls, Marco Enríquez-Ominami et Eduardo Artés.
Johannes Kaiser s’est distingué par un discours plus radical, abordant des thèmes tels que la famille, la patrie et les valeurs traditionnelles, tandis que Kast s’est concentré sur l’économie, l’insécurité et l’immigration.
« Kaiser sait bien communiquer, de manière plus spontanée, semble plus authentique et s’est davantage positionné dans la tranche d’âge des 35 à 50 ans. »
Jeanne Simon, professeure de sciences politiques à l’Université de Concepción
De nombreux électeurs de Kaiser ont souligné son authenticité, critiquant l’image adoucie de Kast, qui tente de séduire un électorat plus large.
« L’électorat accorde une grande valeur à la conviction. Il y a un certain épuisement de la part des électeurs face à cette facilité qu’a la politique de transformer les candidats en quelque chose qu’ils n’étaient pas auparavant. Du côté droit, les discours ont été relativement clairs, notamment chez le candidat Kaiser. Il utilise beaucoup le mot conviction et cela a payé, et il faut reconnaître qu’il a mené une campagne très attractive sur des choses très précises. »
Sergio Urzúa, professeur à l’Université du Maryland et chercheur au Clapes-UC

Le candidat chilien à la présidentielle Johannes Kaiser, du Parti national libertaire, s’adresse à ses partisans lors du rassemblement de clôture de sa campagne à Santiago, le 12 novembre 2025. (Photo de Raul BRAVO / AFP).
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Evelyn Matthei, quant à elle, a eu du mal à trouver sa place, oscillant entre une position modérée et une volonté de ne pas apparaître trop centriste. Sa campagne a manqué de clarté, selon Jeanne Simon. Elle aurait pu capitaliser sur le vote des anciens partisans de la Concertación, mais n’a pas réussi à le faire.
Quel que soit le résultat du premier tour, le candidat de droite qualifié pour le second tour pourra compter sur le soutien de l’ensemble du bloc, qui se présentera uni pour empêcher Jeannette Jara d’accéder au Palacio de la Moneda.

