Publié le 26 novembre 2025. Des fossiles découverts en Éthiopie révèlent que deux espèces d’hominidés, dont un ancêtre plus primitif que Lucy, ont coexisté il y a des millions d’années, remettant en question notre compréhension de l’évolution de la marche bipède.
- L’équipe du paléoanthropologue Yohannes Haile-Selassie a identifié une nouvelle espèce, Ardipithecus ramidus, grâce à un fossile de pied datant de 2009, surnommé « le pied de Burtele ».
- Les analyses indiquent que cette espèce avait des habitudes alimentaires différentes de celles de Australopithecus afarensis (Lucy), ce qui pourrait expliquer leur coexistence.
- La forme distincte du pied de Burtele suggère une adaptation à la vie arboricole et une manière de marcher différente de celle de Lucy.
La découverte de fossiles appartenant à deux espèces d’hominidés vivant côte à côte dans la même région d’Éthiopie, sur le site paléontologique de Woranso-Mille, dans la vallée du Rift d’Afar, bouleverse les connaissances actuelles sur l’évolution humaine. L’équipe de recherche, dirigée par Yohannes Haile-Selassie de l’Arizona State University, a annoncé la découverte d’un fossile de pied exceptionnel, exhumé en 2009 et baptisé « le pied de Burtele ». Ce fossile appartient à une espèce jusqu’alors inconnue, Ardipithecus ramidus, plus ancienne et plus primitive que l’emblématique Australopithecus afarensis, popularisée par le squelette de Lucy.
Jusqu’à présent, Australopithecus afarensis était considéré comme l’unique hominidé présent sur ce site à cette époque. La présence simultanée d’ossements et de dents appartenant aux deux espèces démontre qu’il ne s’agissait pas d’une succession, mais bien d’une coexistence.
« Lorsque nous avons découvert le pied en 2009 et l’avons annoncé en 2012, nous savions qu’il était différent de l’espèce de Lucy, Australopithecus afarensis, qui est devenue largement connue depuis lors »,
Yohannes Haile-Selassie, directeur de l’Institut des origines humaines et professeur à l’École de l’évolution humaine et du changement social de l’Arizona State University.
Les chercheurs ont mis en évidence des différences significatives dans la morphologie des pieds des deux espèces. Le pied de Burtele présente un pouce qui s’étend latéralement, rappelant celui d’une main, et des orteils plus longs. Cette structure osseuse indique une aptitude à l’escalade. La forme particulière du gros orteil, orienté sur le côté, influence la manière de marcher, qui se fait en s’appuyant sur deux orteils. Cette configuration est identique à celle observée chez Ardipithecus ramidus (datant d’il y a 4,4 millions d’années).
À l’inverse, Lucy et son espèce marchaient déjà sur deux jambes, comme les humains modernes, avec un gros orteil pointant droit vers l’avant. Cette divergence suggère que l’évolution de la bipédie chez les premiers hominidés n’a pas été un processus linéaire et uniforme.
L’étude, publiée dans la revue Nature le 26 novembre 2025, s’appuie également sur la découverte de dents et d’une mâchoire infantile appartenant à Ardipithecus ramidus. Grâce à la technologie de micro-CT, Gary Schwartz, chercheur à l’Institut des origines humaines et professeur à l’École de l’évolution humaine et du changement social, a pu analyser la croissance dentaire de l’enfant et estimer son âge à 4,5 ans au moment de sa mort. Le modèle de croissance dentaire de l’enfant de Burtele est similaire à celui de Lucy et des primates actuels.
L’analyse des dents de Ardipithecus ramidus, menée par Naomi Levin de l’Université du Michigan, révèle que cette espèce se nourrissait principalement de fruits, de baies et de végétaux provenant des arbres. Ce régime alimentaire est surprenant, car il diffère de celui de Australopithecus afarensis, qui se nourrissait principalement d’herbe. Cette différence alimentaire pourrait expliquer la coexistence pacifique des deux espèces.
Selon Yohannes Haile-Selassie, ces recherches sur les écosystèmes du passé ne visent pas seulement à satisfaire la curiosité scientifique ou à retracer nos origines, mais aussi à mieux comprendre notre présent et à anticiper notre avenir.
L’auteur participe au programme Internship Hub du ministère de la Main-d’œuvre chez detikcom.
