Publié le 6 novembre 2024 17h26. Une enquête au Philippines révèle un vaste système de corruption impliquant des responsables des travaux publics et des législateurs, accusés d’avoir détourné des milliards de pesos (plusieurs millions d’euros) destinés à des projets de lutte contre les inondations.
- Deux anciens ingénieurs du Département des Travaux Publics et de la Voirie (DPWH) ont déposé un affidavit détaillant un réseau de pots-de-vin.
- Plusieurs législateurs de la province de Bulacan et des personnalités nationales sont nommés dans les allégations.
- Le ministère de la Justice (DOJ) se prépare à engager des poursuites pénales et à négocier des accords de coopération avec des lanceurs d’alerte.
Un scandale de corruption massif secoue les Philippines, révélant un système présumé de détournement de fonds publics au sein du Département des Travaux Publics et de la Voirie (DPWH). Deux anciens ingénieurs, Brice Hernandez et Jaypee Mendoza, ont déposé un affidavit détaillé auprès du ministère de la Justice (DOJ), accusant leur ancien chef, Henry Alcantara, et son chef de cabinet d’avoir orchestré un réseau complexe de pots-de-vin lié aux projets de contrôle des inondations.
Selon l’accusation, Alcantara aurait sélectionné les entreprises, imposé des commissions et transformé les budgets légitimes en pots-de-vin structurés, permettant à des législateurs de percevoir des sommes considérables. Les montants en jeu sont colossaux, allant de 100 millions à 1,2 milliard de pesos (environ 1,7 à 20 millions d’euros) par transaction, selon les déclarations des ingénieurs.
L’affidavit désigne également John Carlo Rivera, chef de cabinet d’Alcantara, comme le responsable de la logistique et de la gestion des fonds, incluant la préparation des documents, le conditionnement de l’argent liquide et la coordination des livraisons. Rivera aurait tenu des registres précis des sommes dues à chaque “promoteur” et vérifié chaque transaction.
Plusieurs législateurs de la province de Bulacan sont nommés comme bénéficiaires de ce système de corruption. Il s’agit des représentants Danny Domingo (1er district), Augustina Dominique Pancho (2e district) et Ambrosio Cruz Jr. (5e district), qui auraient reçu une part de 6 % de chaque projet acheminé via le bureau d’Alcantara. Contactés par le Manila Times, Domingo, Pancho et Cruz n’ont pas répondu aux sollicitations. Domingo avait précédemment nié toute implication dans un scandale similaire lors d’une audience sénatoriale.
L’enquête s’étend également à d’autres personnalités politiques nationales, notamment l’ancienne représentante Elizaldy « Zaldy » Co, les sénateurs Joel Villanueva et Jinggoy Estrada, l’ancien sous-secrétaire aux Travaux publics Roberto Bernardo, le commissaire de la Commission d’audit Mario Lipana et l’ancienne législateure Mitch Cajayon Uy, que la Commission indépendante pour les infrastructures (ICI) avait déjà recommandée d’inculper.
Les ingénieurs ont également identifié un réseau d’entrepreneurs, dont Wawao Builders, SYMS Construction, Triple 8 et St. Timothy Construction, qui auraient versé des avances pour garantir l’attribution des contrats.
Le DOJ a annoncé qu’il se préparait à déposer des plaintes contre des responsables du DPWH pour irrégularités dans les projets de contrôle des inondations à Bulacan, et étudie la possibilité de poursuivre des hauts fonctionnaires pour négligence grave. Le sous-secrétaire du DOJ, Jesse Andres, a précisé que l’ancien secrétaire aux Travaux publics, Manuel Bonoan, n’est pas encore visé par les premières plaintes, mais que son rôle est en cours d’examen. Conditions d’utilisation et politique de confidentialité.
« Contrairement à l’armée et à la police, où s’applique la responsabilité du commandement, une telle règle n’existe pas dans la fonction publique. Mais nous pouvons tenir les hauts fonctionnaires pénalement responsables de négligence grave dans l’exercice de leurs fonctions. »
Jesse Andres, sous-secrétaire du DOJ
Le DOJ finalise également des accords de coopération avec des lanceurs d’alerte, qui ont accepté de restituer une partie des fonds et de témoigner. Ces accords sont considérés comme essentiels pour comprendre le fonctionnement du système de corruption de l’intérieur.
L’ICI a publié un rapport préliminaire sur un projet de contrôle des inondations à Bocaue, Bulacan, recommandant des accusations criminelles contre Alcantara, Hernandez, Rivera et d’autres, ainsi que des sanctions administratives contre Bonoan, Bernardo, Cabral et plusieurs autres responsables.
L’enquête se poursuit et les autorités promettent de poursuivre tous les responsables, sans exception. Les cas de Bulacan serviront de modèle pour les enquêtes futures à l’échelle nationale, dans le but d’établir un schéma national de détournement de fonds.
