Publié le 12 octobre 2025 à 14h12. Une décision de justice récente a mis en lumière des irrégularités dans la gestion des exemptions de voyage à Trinité-et-Tobago pendant la pandémie de Covid-19, ravivant les débats sur l’arbitraire des mesures prises et suscitant des critiques envers d’anciens responsables.
- La Cour d’appel a jugé que le refus de rentrer au pays de deux citoyens trinidadien pendant la fermeture des frontières constituait une violation de leurs droits constitutionnels.
- Le gouvernement, sous l’égide du Mouvement national populaire (PNM), accordait des exemptions sans publier de critères clairs, ouvrant la voie à des décisions arbitraires.
- L’affaire a relancé les critiques envers d’anciens ministres, notamment Stuart Young, alors ministre de la Sécurité nationale, et le Dr Roshan Parasram, médecin-chef pendant la pandémie.
La Cour d’appel a rendu un jugement significatif concernant la gestion des exemptions de voyage pendant la pandémie de Covid-19 à Trinité-et-Tobago. Deux citoyens du pays avaient été empêchés de rentrer chez eux lorsque les frontières avaient été fermées. La Cour a estimé que cette interdiction constituait une violation de leurs droits constitutionnels.
À l’époque, le gouvernement du PNM, par le biais du ministère de la Sécurité nationale, avait mis en place un système d’exemptions pour permettre à certains voyageurs de rentrer sur le territoire. Cependant, aucun critère n’avait été rendu public pour l’attribution de ces exemptions, ce qui a conduit à des accusations d’arbitraire et de manque de transparence. Les demandeurs, concernés par cette situation, n’avaient pas réussi à obtenir les autorisations nécessaires.
La période durant laquelle aucun critère n’a été publié s’étend de mars 2020 à juillet 2020. Ce n’est qu’en réponse à une demande d’accès à l’information que les critères ont finalement été divulgués le 24 juillet 2020.
Cette affaire a été relancée par des réactions passionnées de partisans des différents camps politiques, qui ont utilisé des extraits du jugement pour attaquer personnellement d’anciens responsables. Stuart Young, aujourd’hui député de l’opposition, était alors ministre de la Sécurité nationale, et a brièvement occupé le poste de Premier ministre avant la lourde défaite du PNM aux élections générales d’avril 2025.
Le juge d’appel Boodoosingh a souligné dans son jugement que, bien qu’il soit facile de critiquer rétrospectivement les décisions prises pendant la pandémie, les autorités étaient confrontées à des défis considérables, notamment la capacité du système de santé à faire face à une éventuelle vague de cas. Il a également noté que d’autres États démocratiques du Commonwealth, comme la Nouvelle-Zélande et l’Australie, avaient pris des mesures similaires de fermeture des frontières.
« Après avoir dit que la pandémie de Covid-19 a conduit Trinité-et-Tobago à prendre des mesures drastiques à cet égard en fermant ses frontières à tous, y compris à ses citoyens, avec le recul, il est facile de critiquer de telles décisions et de dire que cela n’aurait pas dû être fait. »
Juge d’appel Boodoosingh
Cependant, le juge a également insisté sur le fait qu’une fois qu’une politique d’exemption avait été décidée, il était impératif d’établir des critères équitables et transparents pour l’octroi de ces autorisations. L’absence de tels critères ouvrait la porte à l’arbitraire et à la discrimination.
« Une fois qu’il a été décidé que certains seraient autorisés à entrer immédiatement et que d’autres devraient attendre plus longtemps, il a dû y avoir des critères publiés pour guider la manière dont ces autorisations seraient accordées. S’il n’y en avait pas, alors l’arbitraire s’ensuivrait. »
Juge d’appel Boodoosingh
Le juge d’appel Bereaux a également souligné que le manque de transparence dans l’attribution des exemptions laissait les demandeurs dans l’incertitude, les obligeant à « tirer dans le noir » et à espérer que leur demande répondait aux attentes du ministre. Il a qualifié cette situation de « quintessence de l’arbitraire ».
Stuart Young a qualifié la décision de justice de « très étroite » et a affirmé qu’elle ne concernait qu’une courte période durant laquelle aucun critère n’avait été publié. Il a également déclaré, selon le Trinidad Newsday, avoir noté que Bereaux avait précisé que le problème ne résidait pas dans l’interdiction de voyager en elle-même, mais dans la manière dont les exemptions à cette interdiction avaient été gérées.
Néanmoins, l’absence de critères clairs pendant une période prolongée reste un point de préoccupation. La question se pose de savoir si les critères, une fois publiés en juillet 2020, ont été respectés et appliqués de manière cohérente. Des allégations font état de personnes autorisées à rentrer pour les fêtes de fin d’année ou d’autres occasions spéciales, tandis que d’autres se voyaient refuser l’entrée.
Des questions subsistent également quant à la possibilité que des exemptions aient été accordées sur la simple base d’un appel téléphonique à un ministre. L’auteur de cet article invite le gouvernement actuel à mener une enquête approfondie sur la gestion des exemptions et à apporter des éclaircissements à ce sujet.
Enfin, il souligne que Stuart Young aurait dû exprimer des regrets pour la situation difficile vécue par les demandeurs, dont la souffrance n’était en aucun cas « étroite ».

Martin G Daly SC est un éminent avocat. Il est un ancien sénateur indépendant et ancien président de la Law Association of Trinidad and Tobago.
Il est président de la Fondation Pat Bishop et passionné de musique steelpan.
