La Coupe du Monde de football 2026, qui se déroulera aux États-Unis, au Canada et au Mexique, marque le coup d’envoi d’une décennie sportive ambitieuse pour les États-Unis, mais aussi l’occasion de repenser la diplomatie sportive américaine, historiquement fragmentée et manquant d’une stratégie claire.
Le projet de loi HR 5021, surnommé « Loi sur la décennie américaine du sport », vise à établir une stratégie nationale de diplomatie sportive pour capitaliser sur l’accueil de grands événements tels que les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2028 et 2034. Les États-Unis se sont engagés dans la diplomatie sportive depuis plus d’un siècle, mais n’ont jamais disposé d’un plan d’action cohérent et officiellement reconnu pour guider ces efforts.
Les premières initiatives remontent au début du XXe siècle, avec des consuls afro-américains comme George H. Jackson et William H. Hunt en France. Ils ont utilisé le rugby pour tisser des liens avec la population locale, finançant des terrains d’entraînement et fondant des clubs. Bien que ces actions aient favorisé le dialogue interculturel, elles restaient des initiatives personnelles, sans cadre stratégique.
Au fil du temps, des organisations comme la Young Men’s Christian Association (YMCA) ont adopté une approche plus tactique. En 1893, Melvin B. Rideout, envoyé à Paris par l’YMCA, a introduit le basketball en France, organisant le premier match de ce sport en dehors de l’Amérique du Nord, le 27 décembre 1893. Rideout voyait le basketball comme un moyen de promouvoir les valeurs de l’YMCA et de créer des liens avec la communauté locale.
La Guerre Froide a marqué un tournant. Le sport est devenu un enjeu politique majeur, les États-Unis cherchant à démontrer la supériorité de leur système face au communisme. Le gouvernement a utilisé les compétitions sportives, notamment les Jeux Olympiques, pour contrer la propagande soviétique, accueillant des athlètes dissidents hongrois et promouvant l’amateurisme américain.
Cependant, cette stratégie s’est parfois avérée contre-productive. L’envoi d’athlètes afro-américains à l’étranger pour contrer les accusations de ségrégation raciale aux États-Unis n’a pas toujours eu l’effet escompté, la réalité de la discrimination aux États-Unis étant difficile à ignorer. De même, les efforts pour promouvoir l’égalité des sexes à travers les compétitions féminines ont été freinés par la domination soviétique dans certains sports et par des conceptions culturelles américaines de la féminité.
Après les attentats du 11 septembre, une nouvelle ère de diplomatie sportive a émergé, s’appuyant sur l’héritage de la Guerre Froide. Le Département d’État a créé SportsUnited (renommé Division de la diplomatie sportive en 2017) pour mettre en œuvre des programmes d’échange et d’interaction avec les publics étrangers. Des ambassadeurs, comme Robert Sherman au Portugal, ont également utilisé des approches innovantes, comme des campagnes numériques virales, pour engager le dialogue avec les populations locales.
Néanmoins, ces efforts restent souvent ponctuels et dépendent de l’initiative personnelle des ambassadeurs. Contrairement à la France, l’Australie, le Qatar et le Pays de Galles, qui ont intégré la diplomatie sportive dans leur politique étrangère, les États-Unis manquent toujours d’une stratégie unifiée. Ces pays utilisent la diplomatie sportive pour soutenir des objectifs clés tels que le développement économique, le tourisme et les affaires internationales.
Le projet de loi HR 5021 vise à combler cette lacune, en tirant parti du flux de touristes et d’événements sportifs majeurs qui se dérouleront aux États-Unis au cours de la prochaine décennie. Sans une stratégie claire, les États-Unis risquent de ne pas exploiter pleinement le potentiel de la diplomatie sportive pour créer des opportunités de dialogue, d’échange et de coopération internationale.
