L’armée israélienne utilise systématiquement des civils palestiniens comme boucliers humains lors de ses opérations militaires en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, une pratique dénoncée par des enquêtes récentes et des témoignages de soldats israéliens eux-mêmes. Cette tactique, qui constitue une violation flagrante du droit international humanitaire, suscite l’indignation face au silence persistant de la communauté internationale.
Une enquête approfondie menée par l’Associated Press (AP) révèle que des détenus palestiniens sont contraints par l’armée israélienne d’entrer dans des bâtiments et des tunnels susceptibles de contenir des explosifs ou des combattants armés. Sept détenus ont rapporté avoir été utilisés de la sorte. Plus troublant encore, deux soldats israéliens interrogés par AP ont admis avoir eux-mêmes participé à cette pratique. « Nous les avons envoyés en premier pour voir si le bâtiment était clair et vérifier les pièges… ils tremblaient et tremblaient », a déclaré l’un d’eux à l’agence de presse.
Des images et des témoignages corroborants font état d’une utilisation encore plus large de cette tactique, notamment l’utilisation de femmes et d’enfants placés devant des chars et des véhicules militaires. Des Palestiniens liés ont également été aperçus attachés à des véhicules militaires lors d’incursions.
Cette pratique n’est pas nouvelle. La Cour suprême d’Israël avait interdit l’utilisation de Palestiniens comme boucliers humains en 2005, mais l’armée israélienne a continué à recourir à cette méthode, particulièrement depuis le début du conflit à Gaza. L’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem a documenté cette pratique dès 1967, affirmant que l’utilisation de civils palestiniens comme boucliers humains est une politique officielle, résultant de décisions prises à haut niveau.
D’autres organisations, telles que Rompre le silence, une organisation israélienne de dénonciation militaire, ont révélé l’existence d’un protocole spécifique, surnommé « Protocole de moustiques », qui formalise l’utilisation de Palestiniens comme boucliers humains. En janvier dernier, Rompre le silence a rapporté le cas de deux Palestiniens forcés d’agir comme boucliers humains avant d’être abattus par un commandant de la brigade de Nahal.
Le 14 octobre dernier, le New York Times, souvent considéré comme un média favorable à Israël, publiait déjà un article intitulé « Comment l’armée israélienne utilise les Palestiniens comme boucliers humains à Gaza », révélant que des soldats forçaient régulièrement des Gazaouis capturés à effectuer des tâches dangereuses, notamment à l’intérieur des tunnels du Hamas. Le 26 mars 2025, CBS News publiait un reportage similaire, citant un soldat israélien affirmant avoir reçu l’ordre d’utiliser des Palestiniens comme boucliers humains.
Malgré ces preuves accablantes, l’armée israélienne nie catégoriquement ces accusations, affirmant qu’elle interdit strictement l’utilisation de civils comme boucliers humains et qu’elle enquête sur les cas signalés. Cependant, cette dénégation est largement perçue comme une tentative de dissimulation, soulignant un schéma systémique d’impunité.
Le silence de la communauté internationale, y compris des nations se présentant comme des défenseurs des droits de l’homme, est de plus en plus critiqué. Certains dirigeants, notamment aux États-Unis, sont accusés de complicité dans le conflit et de menacer la Cour pénale internationale (CPI) pour avoir émis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien pour crimes de guerre – une action contrastant avec le mandat d’arrêt émis contre le président russe Vladimir Poutine. L’inaction de pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et la Jordanie est également dénoncée.
En ne tenant pas Israël responsable de ses violations du droit international, la communauté internationale affaiblit la légitimité des lois humanitaires et envoie un message dangereux : le droit international n’est pas universel et les crimes de guerre peuvent être commis en toute impunité.
