Publié le 4 décembre 2025 à 15h31. Le commerce de détail allemand est confronté à une vague de faillites sans précédent, avec près de 2 500 entreprises défaillantes en un an, signe d’une crise profonde accentuée par la transformation numérique et la concurrence internationale.
- Près de 2 500 entreprises du secteur du commerce de détail ont déposé le bilan en Allemagne entre août 2024 et août 2025.
- Ce chiffre représente le niveau le plus élevé depuis octobre 2016, frôlant le record de 2015-2016.
- Les experts prévoient une poursuite de cette tendance, bien qu’à un rythme potentiellement plus lent.
La situation est alarmante pour le commerce de détail allemand. Des enseignes connues comme Görtz, Gerry Weber, Wormland et Esprit ont été touchées, certaines fermant complètement leurs portes. Le groupe Esprit a notamment mis la clé sous la porte cette année, tandis que d’autres, comme Depot et Kodi, ont considérablement réduit leur réseau de magasins.
Selon une étude menée par Allianz Trade, 2 490 faillites de commerces de détail ont été recensées sur cette période. Ce chiffre se rapproche dangereusement du pic de 2 520 faillites enregistré entre octobre 2015 et octobre 2016.
Guillaume Dejean, expert du secteur chez Allianz Trade, anticipe une consolidation accrue du marché et une nouvelle augmentation des faillites. Il explique que le commerce de détail est confronté à des changements structurels profonds, initiés par la pandémie de Covid-19.
« Pour résister à la concurrence accrue des grands marchés en ligne, les détaillants doivent investir massivement dans les canaux numériques, le merchandising basé sur les données et les technologies innovantes de création de magasins. »
Guillaume Dejean, expert du secteur chez Allianz Trade
De nombreuses entreprises ont commencé à adopter des solutions innovantes, telles que des systèmes automatisés dans les entrepôts, des moteurs de recommandation basés sur l’intelligence artificielle et des robots d’inventaire. Cependant, ces investissements sont souvent hors de portée des petites entreprises.
Allianz Trade souligne que les petites entreprises sont particulièrement vulnérables, comparant leur situation à un combat inégal face à des géants du commerce en ligne. La pression sur les marges est forte, et la concurrence, notamment de la part des acteurs chinois, reste intense.
Néanmoins, certains signaux positifs émergent. L’augmentation des salaires réels, l’amélioration des perspectives de crédit et un euro plus fort pourraient contribuer à stabiliser la situation. De plus, le durcissement prévu des réglementations fiscales pour les expéditions de faible valeur en provenance de l’étranger, comme le prévoit l’introduction d’une taxe sur les colis bon marché, pourrait réduire la concurrence déloyale des plateformes chinoises comme Temu et Shein.
« Cette réglementation fiscale aidera les commerçants locaux, mais elle n’est pas non plus une panacée », nuance Guillaume Dejean. Il souligne que les entreprises chinoises pourraient continuer à investir sur le marché européen par le biais de fusions-acquisitions ou de partenariats.
En France, en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, on observe même une légère diminution du nombre de faillites, respectivement de 2 %, 10 % et 23 %. La Norvège et le Danemark ont également enregistré des baisses significatives. Ces exemples offrent une lueur d’espoir pour le commerce de détail allemand.
