Publié le 27 novembre 2024. Une étude de l’Université d’État de l’Iowa révèle que plusieurs animaux d’élevage, au-delà des volailles et des vaches laitières, pourraient héberger le virus de la grippe aviaire, augmentant ainsi le risque de transmission à l’homme.
- Plus de 184 millions de volailles domestiques et plus de 1 000 troupeaux de vaches laitières ont été touchés par l’épidémie de grippe aviaire hautement pathogène depuis 2022.
- Des recherches indiquent que les glandes mammaires de porcs, de moutons, de chèvres, de bovins de boucherie et d’alpagas présentent des niveaux élevés d’acide sialique, un récepteur clé pour le virus.
- La présence de ce virus dans le lait, notamment cru, pourrait faciliter sa propagation et accroître le risque de transmission à l’homme.
L’épidémie actuelle de grippe aviaire hautement pathogène (HPAI) continue de susciter l’inquiétude des autorités sanitaires et vétérinaires. Depuis 2022, elle a décimé plus de 184 millions de volailles à travers le monde. Au printemps 2024, le virus a franchi une nouvelle étape en infectant plus de 1 000 troupeaux de vaches laitières, principalement aux États-Unis. Une nouvelle étude, publiée le 27 novembre dans le Journal of Dairy Science, apporte des éléments préoccupants sur le potentiel de propagation du virus à d’autres espèces animales et, par conséquent, à l’homme.
L’équipe de recherche de l’Université d’État de l’Iowa (ISU), en collaboration avec le Centre national des maladies animales du Département américain de l’Agriculture, a découvert que les glandes mammaires de plusieurs animaux d’élevage – porcs, moutons, chèvres, bovins de boucherie et alpagas – sont particulièrement vulnérables au virus de la grippe aviaire. Cette vulnérabilité est liée à la présence élevée d’acide sialique, une molécule de sucre qui sert de point d’ancrage au virus pour infecter les cellules.
Selon Rahul Nelli, auteur principal de l’étude et professeur adjoint de recherche en diagnostic vétérinaire et en médecine des animaux de production, cette découverte soulève des questions importantes sur le risque de transmission inter-espèces :
« La principale chose que nous voulions comprendre dans cette étude est de savoir s’il existe un potentiel de transmission entre ces autres mammifères domestiques et les humains, et il semble que ce soit le cas. »
Des recherches antérieures, menées l’année dernière par la même équipe, avaient déjà mis en évidence des niveaux élevés d’acide sialique dans les mamelles des vaches laitières, expliquant ainsi la rapidité de la propagation du virus H5N1 au sein des troupeaux. L’étude actuelle confirme que ce récepteur est également présent dans les glandes mammaires humaines.
Bien que seuls quelques cas sporadiques d’infection par le H5N1 aient été signalés chez les animaux étudiés, le Dr Todd Bell, professeur de pathologie vétérinaire et co-auteur de l’étude, souligne l’importance de la surveillance :
« Si nous ne regardons pas, nous ne le savons pas. »
La présence du virus dans le lait des vaches infectées est particulièrement préoccupante. Les vaches atteintes produisent du lait contaminé, ce qui a conduit l’USDA à lancer des tests de surveillance à l’échelle nationale sur des échantillons de lait cru. La pasteurisation, heureusement, élimine le virus, rendant le lait vendu en magasin sûr. Cependant, les experts mettent en garde contre la consommation de lait cru provenant d’autres mammifères d’élevage.
« Certaines personnes consomment le lait cru de ces autres animaux »,
souligne Rahul Nelli.
La propagation du virus par le biais du lait pourrait jouer un rôle significatif dans l’expansion de l’épidémie et augmenter le risque de transmission à l’homme, car le lait est distribué et consommé au sein des communautés. De plus, les chercheurs notent que les tissus des glandes mammaires étudiés possèdent des récepteurs à l’acide sialique qui attirent à la fois le virus de la grippe aviaire et le virus de la grippe saisonnière, ouvrant la voie à des échanges génétiques potentiellement dangereux.
Le H5N1 a historiquement un taux de mortalité humaine élevé, d’environ 50 %, bien que les 71 infections humaines confirmées lors de l’épidémie actuelle n’aient entraîné que deux décès. Les chercheurs insistent sur la nécessité d’une surveillance continue et d’une recherche proactive pour anticiper l’évolution du virus :
« Nous devons essayer de garder une longueur d’avance afin que cela n’ait aucune chance de continuer à se reproduire et potentiellement d’évoluer vers quelque chose d’encore plus problématique »,
conclut le Dr Bell.
