Face à la prolifération des drones FPV sur les champs de bataille, une arme longtemps considérée comme dépassée refait surface : le fusil de chasse. L’expérience acquise en Ukraine pousse les armées européennes à réévaluer cette solution simple, mais potentiellement efficace, pour la défense de proximité.
L’armée ukrainienne a été parmi les premières à intégrer systématiquement le fusil de chasse dans sa stratégie de défense anti-drone. Confrontée à des attaques massives de drones FPV – rapides et précis – les unités ukrainiennes ont dû improviser, adaptant des équipements existants pour contrer cette nouvelle menace. Le 413e bataillon séparé des forces de systèmes aériens sans pilote a même mis en place un programme de formation spécifique, ayant déjà formé près de 400 soldats en seulement sept mois.
Le principe est simple : la dispersion du tir d’un fusil de chasse augmente les chances d’atteindre un drone en mouvement rapide, en particulier lors des dernières secondes avant l’impact. Pour les soldats en première ligne, il représente souvent le dernier rempart face aux drones lorsque les brouilleurs électroniques et autres contre-mesures s’avèrent inefficaces.
« Je suis convaincu que les leçons apprises par l’armée ukrainienne sont cruciales pour les militaires européens et de l’OTAN », affirme Marco Angelli, instructeur de tir et président de la Commission Fitav pour les relations avec les forces armées. « Après trois ans et demi de guerre, nous n’avons plus rien à leur enseigner. Les instructeurs ukrainiens seraient les bienvenus ; apprendre de leurs expériences de guerre est unique aujourd’hui. »
L’Italie est à l’avant-garde de cette tendance en Europe. Les forces armées italiennes ont commencé à recevoir le Benelli M4 Ai, baptisé « Gardien de drones ». La Commission Fitav, présidée par Angelli, propose des protocoles de formation pour le personnel militaire et les forces de l’ordre. Une école de formation C-UAS/FPV utilisant des fusils de chasse a également été établie à Pise, en Toscane. D’autres armées européennes se sont également équipées de fusils de chasse Benelli, la société italienne proposant également des forfaits de formation.
Cette évolution reflète une prise de conscience que la défense anti-drone ne peut reposer sur un seul système. Les experts préconisent une approche multicouche, combinant des capteurs d’alerte précoce, des brouilleurs, des systèmes d’énergie dirigée et des armes cinétiques. Dans ce contexte, le fusil de chasse apparaît comme une option abordable et accessible pour les engagements de dernier recours.
« Les fusils de chasse ne sont certainement pas la solution miracle contre les drones FPV », nuance Angelli. « Mais lorsqu’ils sont intégrés dans un système de défense multicouche, comprenant des détecteurs RF, des détecteurs de drones, des brouilleurs et des systèmes de neutralisation, ils constituent une réponse efficace, en particulier en dernier recours. »
Si certains restent sceptiques quant à l’efficacité des fusils de chasse face aux drones modernes, la réalité du terrain ukrainien est éloquente. Les drones FPV sont devenus l’arme la plus dangereuse pour les soldats, responsables de 80 % des pertes militaires dans le conflit actuel. « Actuellement, la principale menace pour les soldats est les attaques de drones FPV », souligne Angelli. « Par conséquent, les soldats doivent disposer de deux armes : une arme anti-drone primaire (fusil de chasse) et une arme anti-personnel secondaire. » Il est également essentiel de les équiper de systèmes de détection de drones et de vision nocturne thermique.
L’exemple italien et l’innovation sur le champ de bataille ukrainien suggèrent que d’autres armées européennes pourraient suivre cette voie. Si tel est le cas, le fusil de chasse, autrefois considéré comme obsolète, pourrait devenir un outil essentiel sur les champs de bataille de demain.
