Publié le 14 octobre 2025 à 00h25. Quatre ans après avoir quitté la Maison Blanche, Jared Kushner est de nouveau au cœur des négociations diplomatiques américaines, notamment dans le cadre de la trêve en cours à Gaza et de la libération d’otages détenus par le Hamas.
- Jared Kushner, ancien conseiller de Donald Trump, a joué un rôle clé dans les négociations ayant mené à la trêve à Gaza.
- Son implication suscite des interrogations quant à un possible conflit d’intérêts en raison de ses activités commerciales dans la région.
- Donald Trump devrait se rendre à Jérusalem et Charm el-Cheikh pour soutenir la mise en œuvre de l’accord.
L’ancien gendre et conseiller de Donald Trump, Jared Kushner, est revenu sur le devant de la scène diplomatique en tant qu’acteur central dans les négociations concernant la situation à Gaza. Sa présence au sein de la délégation américaine ayant contribué à l’accord de trêve et à la libération d’otages israéliens détenus par le Hamas marque un retour remarqué dans un domaine qu’il connaît bien : la géopolitique du Moyen-Orient.
Bien qu’il n’occupe aucun poste officiel au sein de l’administration actuelle, Kushner est resté un conseiller proche de Donald Trump depuis son départ de la Maison Blanche le 20 janvier 2021. Son récent voyage en Égypte, au début du mois, a été perçu comme un signe de son retour au cœur de la stratégie américaine dans la région. La Maison Blanche soutient son implication, malgré les critiques concernant un potentiel conflit d’intérêts lié à ses entreprises dans le monde arabe et à son rôle de médiateur.
À 44 ans, Jared Kushner a tissé des liens étroits avec plusieurs dirigeants arabes influents, notamment en Arabie saoudite, au Qatar, en Égypte et aux Émirats arabes unis. Ces relations ont été forgées grâce à son rôle dans les Accords d’Abraham en 2020, qui ont normalisé les relations diplomatiques entre Israël et plusieurs pays du Golfe. Cette expérience lui confère un accès privilégié aux centres de pouvoir de ces nations, ce qui explique son retour en première ligne dans les négociations actuelles.
Au cours de la semaine dernière, l’ancien conseiller présidentiel a navigué entre Le Caire et Charm el-Cheikh, où se déroulent des négociations indirectes entre Israël et le Hamas, coordonnées par l’Égypte, le Qatar et les États-Unis. Samedi, Kushner s’est rendu à Tel Aviv en compagnie de son épouse, Ivanka Trump, et de Steve Witkoff, magnat de l’immobilier et envoyé spécial de Trump au Moyen-Orient, avec lequel il a partagé à la fois un travail diplomatique et des expériences commerciales.

Les deux hommes ont également visité le sud d’Israël, où ils ont rencontré des responsables militaires et humanitaires pour évaluer les zones où la livraison de fournitures aux otages et les conditions de sécurité autour de la Bande de Gaza seront assurées.
Lundi, Donald Trump devrait arriver à Jérusalem, où il s’adressera à la Knesset (Parlement) avant de se rendre à Charm el-Cheikh, où plus de 20 dirigeants mondiaux importants seront présents pour soutenir la mise en œuvre de l’accord entre Israël et le Hamas.
Doha, un tournant
Le processus de négociation visant à obtenir la paix à Gaza a pris racine en septembre, après des bombardements israéliens à Doha qui ont failli détruire une délégation du mouvement islamiste palestinien Hamas réunie pour des négociations au point mort avec des médiateurs d’autres pays arabes. Cet incident a provoqué l’indignation dans la région et a contraint Trump à ordonner à sa délégation d’accélérer l’élaboration d’un plan visant à mettre fin à la guerre.
C’est à ce moment-là que Jared Kushner et Steve Witkoff ont réactivé leurs canaux de contact dans le monde arabe et ont commencé à élaborer le plan en 20 points qui sert de base à l’accord actuel.
L’agence de presse EFE a révélé que le plan avait été préparé à New York, dans un hôtel proche de la résidence de Kushner, puis soumis à l’examen des dirigeants de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de l’Égypte, du Qatar, de la Jordanie et de la Turquie lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui a débuté le 9 septembre. Les négociations qui ont suivi avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont été complexes, mais le projet a finalement été approuvé à la fin du mois dernier.

Le document prévoit un cessez-le-feu immédiat, déjà en vigueur, la libération de 48 otages, vivants ou décédés, détenus par le Hamas, ainsi que la libération par l’État hébreu de 2 000 prisonniers palestiniens. Un retrait partiel de l’armée israélienne de l’enclave dévastée est également envisagé. Dans une deuxième phase, la démilitarisation de la bande de Gaza et la création d’une force internationale de stabilisation avec le soutien arabe et la supervision américaine devraient être abordées.
Le tournant s’est produit en Égypte. Dans les premières heures du mercredi 9 octobre, après vingt heures de négociations ininterrompues à Charm el-Cheikh, les délégations israéliennes et le groupe islamiste palestinien ont commencé à faire des concessions.
Kushner et Witkoff, présents dans la salle, ont rapidement contacté Trump par téléphone pour faire pression en faveur de la conclusion de l’accord. “Leur présence était essentielle. Grâce à Zoom, nous n’y serions jamais parvenus”, a déclaré une source proche de la délégation américaine à l’agence EFE.
Quelques heures plus tard, le président américain a annoncé l’accord sur son réseau Truth Social, le présentant comme « une première étape vers une paix durable au Moyen-Orient ». Son discours, plus politique que diplomatique, a souligné l’idée que le président cherchait non seulement à arrêter la guerre, mais à s’imposer comme un « artisan de la paix mondial », même en visant le prix Nobel de la paix, qui a finalement été décerné vendredi à la leader de l’opposition vénézuélienne, María Corina Machado.
Entre diplomatie et affaires
Le retour de Jared Kushner n’a pas été sans susciter la controverse. La chaîne de télévision France24 et le journal « The New York Times » soulignent que son rôle soulève des questions sur les limites entre service public et intérêts privés. Depuis qu’il a quitté la Maison Blanche en 2021, Kushner a fondé Affinity Partners, un fonds d’investissement soutenu par plus de 2,5 milliards de dollars provenant de fonds souverains d’Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis.
La secrétaire de presse de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a rejeté les critiques et a défendu son travail comme « un acte noble », soulignant que le gendre de Donald Trump « consacre son temps et son énergie à assurer la paix mondiale ». Cependant, l’ambiguïté de sa position – sans fonction officielle, mais avec un accès direct au président républicain et aux dirigeants arabes les plus influents – alimente le débat sur son véritable impact et sur les intérêts économiques qui pourraient découler de la reconstruction de la bande de Gaza.
Lors d’une conférence à Harvard en 2024, Kushner a déclaré que « les propriétés en bord de mer à Gaza pourraient un jour être très précieuses », une phrase qui résonne actuellement avec les plans de reconstruction de l’enclave palestinienne que Washington étudie avec ses alliés du Golfe.

Pour ses détracteurs, sa vision de la région est davantage guidée par une logique commerciale que par une compréhension des souffrances du peuple palestinien. Pour ses défenseurs, il représente le pragmatisme nécessaire pour briser des décennies de stagnation diplomatique.
Le pari de Washington, avec Kushner en figure de proue, combine diplomatie et proximité commerciale avec les nations arabes. Si l’accord est consolidé, face à une deuxième phase que le Hamas lui-même anticipe et qui sera « difficile » à surmonter, Trump pourra se présenter dans un avenir proche comme le président qui a réussi à arrêter la guerre la plus sanglante au Moyen-Orient depuis des décennies ; en cas d’échec, l’image d’une tentative risquée menée par une équipe plus proche du monde des affaires que de la diplomatie traditionnelle restera.

