Publié le 27 octobre 2025 15:31:00. La prise de contrôle exceptionnelle d’une entreprise de puces électroniques par le gouvernement néerlandais, Nexperia, a déclenché une crise diplomatique et économique avec la Chine, mettant en lumière les enjeux de souveraineté technologique en Europe.
- Le gouvernement néerlandais a pris le contrôle de Nexperia, invoquant des préoccupations de sécurité nationale et de gestion.
- Le PDG chinois de Nexperia, Zhang Xuezheng, a été démis de ses fonctions par une décision de justice.
- La Chine a réagi en interdisant l’exportation de certains produits Nexperia, menaçant les chaînes d’approvisionnement de l’industrie automobile européenne et japonaise.
La crise autour de Nexperia, fabricant sino-néerlandais de puces électroniques, s’est considérablement aggravée ces dernières semaines, suscitant l’inquiétude des constructeurs automobiles aux Pays-Bas, en Chine et dans toute l’Europe. Le 30 septembre dernier, le gouvernement néerlandais, en fonction, a pris des mesures sans précédent en prenant le contrôle de l’entreprise, en s’appuyant sur la loi sur la disponibilité des biens (Wet goederenbeschikbaarheid), une législation rarement utilisée.
Cette décision audacieuse était motivée par de sérieuses inquiétudes concernant des « erreurs de gestion graves » et les risques liés au transfert potentiel de savoir-faire technologique stratégique vers la société mère chinoise, Wingtech Technology. Le gouvernement craignait que des technologies clés ne tombent entre des mains susceptibles de compromettre la sécurité nationale et la compétitivité européenne.
Le 7 octobre 2025, la justice néerlandaise a confirmé cette intervention en destituant Zhang Xuezheng, le PDG chinois de Nexperia, de ses fonctions de direction. La Chambre des entreprises de la Cour d’appel d’Amsterdam a ainsi validé la prise de contrôle gouvernementale, initialement justifiée par l’invocation de la loi sur la disponibilité des biens, un outil juridique conçu pour protéger les technologies critiques et la sécurité nationale.
Selon un communiqué du ministère de l’Économie néerlandais, la décision s’appuyait sur « des déficiences de gestion significatives et le risque de transfert de savoir-faire stratégique vers la Chine ». Le tribunal a également ordonné que les droits de vote associés aux actions de Nexperia, détenues indirectement par Wingtech Technology, soient temporairement placés sous le contrôle d’un administrateur indépendant désigné par les autorités néerlandaises.
Zhang Xuezhen a été démis non seulement de ses fonctions de PDG, mais également de son rôle au sein du conseil d’administration et de la direction opérationnelle de la division néerlandaise de Nexperia. Un directeur néerlandais par intérim a été nommé pour assurer la direction de l’entreprise, avec un pouvoir de décision prépondérant afin de garantir l’indépendance des choix stratégiques et de prévenir toute influence extérieure.
Les conséquences de cette intervention sont déjà palpables. La Chine a immédiatement réagi en imposant une interdiction d’exportation des composants et des assemblages finis de Nexperia depuis son territoire. Cette mesure a suscité l’inquiétude des constructeurs automobiles européens et japonais, qui dépendent fortement de Nexperia pour l’approvisionnement en diodes et en transistors essentiels. Des ruptures d’approvisionnement sont désormais à craindre, avec un impact potentiel sur la production.
Cette situation a également incité les investisseurs chinois à reconsidérer les risques liés à la présence de leurs entreprises dans des secteurs stratégiques en Europe, et à interroger les entreprises possédant des filiales européennes sur la possibilité d’interventions similaires. Le ministre néerlandais de l’Économie a entamé des discussions avec son homologue chinois, le ministre du Commerce, dans l’espoir de trouver une solution à cette impasse, mais pour l’heure, aucune avancée significative n’a été enregistrée.
Au-delà de la situation spécifique de Nexperia, cette crise soulève une question fondamentale pour la souveraineté industrielle des Pays-Bas et de l’Europe : l’économie peut-elle continuer à dépendre de propriétaires étrangers dans les secteurs technologiques critiques ? Des analystes avertissent que l’Europe se trouve « coincée entre les États-Unis et la Chine », sans réelle autonomie stratégique.
Du côté chinois, les actions des autorités néerlandaises sont perçues comme un signal inquiétant, laissant craindre que d’autres pays européens puissent adopter des mesures restrictives à l’encontre des entreprises chinoises. Cette perspective pourrait accroître la méfiance et conduire à des représailles. Nexperia est un fournisseur majeur de puces standards pour l’Union européenne et le Japon, et toute perturbation de l’approvisionnement pourrait avoir des conséquences négatives sur la production automobile.
Les négociations entre les Pays-Bas et la Chine devraient se poursuivre concernant les restrictions à l’exportation et le statut de Nexperia, mais aucun calendrier précis n’a été établi. Les constructeurs automobiles européens cherchent activement à diversifier leurs sources d’approvisionnement et à identifier des alternatives aux puces Nexperia, mais leurs efforts se heurtent pour l’instant à des difficultés.
Cette crise pousse à la fois la Chine et l’Union européenne à réfléchir à la nécessité de construire des chaînes technologiques plus résilientes et indépendantes, moins vulnérables à l’influence américaine et aux éventuels blocages motivés par des considérations de sécurité nationale.
La bataille pour le contrôle de Nexperia est ainsi devenue un symbole de la course aux nouvelles technologies, illustrant à quel point les décisions économiques sont désormais inextricablement liées à des enjeux géopolitiques majeurs.
L’UE réfléchit aux moyens de réduire sa dépendance à l’égard des terres rares chinoises : Le bloc cherchera à accélérer les partenariats pour les matières premières critiques avec l’Australie, le Canada, le Chili, le Groenland, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et l’Ukraine.
