Publié le 26 novembre 2025 à 08h08. Le Conseil suprême de Nahdlatul Ulama, la plus grande organisation musulmane d’Indonésie, a démis Yahya Cholil Staquf de ses fonctions de président, une décision qui intervient après des tensions internes liées à la participation d’orateurs controversés à un programme de formation.
- Yahya Cholil Staquf, figure influente du modératisme islamique, n’est plus le président de Nahdlatul Ulama (PBNU) depuis le 26 novembre 2025.
- La décision a été notifiée par une circulaire interne, bien que les responsables de l’organisation insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un licenciement formel.
- Cette destitution fait suite à une réunion du Syuriyah PBNU où la présence d’intervenants liés à des « réseaux sionistes internationaux » lors d’un programme de formation a été jugée contraire aux valeurs de l’organisation.
La destitution de Yahya Cholil Staquf, connu sous le nom de Gus Yahya, marque un tournant pour Nahdlatul Ulama, une organisation comptant des dizaines de millions d’adhérents en Indonésie. Gus Yahya, ancien conseiller présidentiel et éminent érudit islamique, s’était fait un nom sur la scène internationale en promouvant le dialogue interreligieux et une interprétation modérée de l’islam.
La décision a été officialisée par la circulaire n° 4785/PB.02/A.II.10.01/99/11/2025, signée par Afifuddin Muhajir, député Rais Aam PBNU, et Ahmad Tajul Mafakhir, secrétaire général du PBNU. Selon cette circulaire, Yahya Cholil Staquf a cessé d’exercer ses fonctions à 00h45, heure locale, le 26 novembre.
Ahmad Tajul Mafakhir a confirmé avoir signé le document, tout en minimisant son caractère de licenciement.
« Il s’agit d’une circulaire du PBNU telle qu’elle est écrite. Pas d’une lettre de licenciement. Ce sont des formes différentes »
Ahmad Tajul Mafakhir, secrétaire général du PBNU
Il a précisé que ses déclarations étaient d’ordre personnel et ne reflétaient pas la position officielle de l’organisation.
Les faits remontent à une réunion du Syuriyah PBNU le 20 novembre à Jakarta. Afifuddin Muhajir aurait remis le procès-verbal de cette réunion à Yahya Cholil Staquf le 21 novembre à l’hôtel Mercure Ancol, celui-ci ayant restitué le document. Une notification ultérieure, référencée n° 4779/PB02/A102.71/99/11/2025, aurait été envoyée via le système Digdaya Persurat le 23 novembre à 00h45 WIB, accusé de réception en main, permettant ainsi au conseil de procéder à la révocation formelle.
La décision prive Yahya Cholil Staquf de toute autorité, privilège et accès liés à la présidence du PBNU. Il lui est désormais interdit d’agir au nom de l’organisation à compter de la date et de l’heure précisées. En attendant la nomination d’un nouveau président, la direction du PBNU est assurée par le Rais Aam, chef suprême de l’organisation.
Yahya Cholil Staquf conserve toutefois la possibilité de contester cette décision devant le Conseil Nahdlatul Ulama Tahkim, conformément aux règles internes de l’association en matière de règlement des différends. Contacté par Tempo, il n’a pas répondu aux sollicitations.
La tension était palpable après la réunion du 20 novembre, à laquelle ont participé 37 des 53 membres du Syuriyah PBNU. La principale source de désaccord résidait dans la présence d’orateurs soupçonnés d’être liés à des « réseaux sionistes internationaux » lors d’un programme de formation (AKN NU), ce qui était considéré comme une violation des principes fondamentaux de Nahdlatul Ulama, notamment son Pancasila (la philosophie de l’État indonésien).
Yahya Cholil Staquf avait reçu un ultimatum de trois jours pour démissionner, qu’il a catégoriquement refusé.
« Je n’ai absolument aucune intention de démissionner car ce congrès m’a confié un mandat de cinq ans »
Yahya Cholil Staquf, ancien président du PBNU
, a-t-il déclaré aux médias le 23 novembre à Surabaya.
Egi Adyatama et Hanaa Septiana ont contribué à la rédaction de cet article.
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