Publié le 19 décembre 2025 10h00:00. Des neuroscientifiques ont mis en évidence un mécanisme cérébral inédit permettant aux mammifères de mesurer les distances parcourues, même en l’absence de repères visuels, ouvrant des perspectives pour la compréhension des troubles de la mémoire comme la maladie d’Alzheimer.
- L’hippocampe, une région du cerveau essentielle à la navigation et à la mémoire, serait capable d’estimer les distances grâce à l’activité de deux groupes de neurones aux comportements opposés.
- Des chercheurs ont démontré ce mécanisme en entraînant des souris dans un environnement virtuel minimaliste, où elles devaient parcourir des distances spécifiques pour obtenir une récompense.
- La perturbation de certains circuits de freinage dans l’hippocampe affecte la capacité des souris à estimer correctement les distances, soulignant le rôle crucial de ces circuits dans ce processus.
L’hippocampe, souvent désigné comme le centre de la mémoire spatiale, abrite un système de navigation interne plus sophistiqué qu’on ne le pensait. Une équipe de l’Institut Max Planck de Floride pour les neurosciences (MPFI) a récemment dévoilé un mécanisme par lequel cet organe permet aux animaux de suivre leur position et d’évaluer les distances sans s’appuyer sur des indices visuels évidents. Les résultats de cette étude, publiés dans la revue Communications Nature, pourraient avoir des implications importantes pour la compréhension et le traitement des troubles de la mémoire.
Ce processus, appelé intégration de chemin, permet à notre cerveau de suivre nos déplacements et de maintenir une estimation précise de notre position, même dans l’obscurité ou dans des environnements peu familiers. Pour comprendre comment l’hippocampe réalise cette prouesse, les chercheurs ont mis en place une expérience ingénieuse. Des souris ont été placées dans un environnement de réalité virtuelle gris et uniforme, dépourvu de points de repère marquants. Elles ont été entraînées à parcourir des distances spécifiques sur un tapis roulant pour recevoir une récompense. L’objectif était de déterminer comment les neurones de l’hippocampe codent l’information relative à la distance et au temps.
En mesurant simultanément l’activité électrique de nombreux neurones dans l’hippocampe pendant cette tâche, les scientifiques ont identifié deux groupes distincts présentant des schémas d’activité opposés. L’activité d’un premier groupe s’intensifie immédiatement au début du mouvement, puis diminue progressivement à mesure que l’animal avance. Le second groupe, quant à lui, voit son activité diminuer initialement avant de remonter lentement jusqu’à ce que la « destination » soit atteinte. Selon les chercheurs, ce mécanisme en deux phases permet au cerveau de « mesurer » la distance parcourue.
« Dans des environnements riches en stimuli visuels, sonores et olfactifs, il est difficile de déterminer si les neurones réagissent à ces éléments ou à la position elle-même. C’est pourquoi nous avons éliminé autant de stimuli que possible pour simuler des situations comme marcher dans le noir. »
Yingxue Wang, chercheur principal
Pour valider cette hypothèse, l’équipe a manipulé l’activité de certains circuits de freinage dans l’hippocampe, des neurones capables d’inhiber d’autres neurones et de moduler les signaux. En désactivant un type spécifique de cellule de freinage, les chercheurs ont observé une diminution du « signal de comptage » et une tendance des souris à s’arrêter trop tôt. L’inhibition d’un autre type de cellule de freinage a perturbé le démarrage du processus de comptage, entraînant des erreurs plus fréquentes au début du parcours.
Ces découvertes sont particulièrement pertinentes compte tenu du rôle central de l’hippocampe dans la formation des souvenirs. Les chercheurs suggèrent que l’hippocampe pourrait être capable d’enchaîner des moments de « navigation » successifs pour construire des souvenirs cohérents. Comprendre comment le cerveau traite le temps et la distance pourrait ainsi ouvrir de nouvelles voies pour le traitement des maladies neurodégénératives, telles que la maladie d’Alzheimer, où ces capacités sont souvent altérées en premier lieu.
« Il est crucial de comprendre comment le temps et la distance sont traités dans le cerveau, car cette capacité est souvent l’une des premières à se détériorer dans la maladie d’Alzheimer. »
Yingxue Wang, chercheur principal
Bien que ces résultats soient prometteurs, il est important de noter qu’ils ont été obtenus sur des souris. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si le mécanisme identifié fonctionne de la même manière chez l’homme. Néanmoins, cette étude met en lumière des signaux et des circuits hippocampiques potentiellement impliqués dans les troubles associés à la maladie d’Alzheimer, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.
Pour en savoir plus sur les avancées en neurosciences, vous pouvez consulter cet article sur un mécanisme cérébral impliqué dans la synchronisation des actions ou cet article sur un nouvel implant capable de communiquer directement avec le cerveau par le biais de signaux lumineux.
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