Publié le 3 mai 2024 à 14h30. Les taux d’intérêt en yen devraient poursuivre leur ascension en 2026, tandis que la courbe des rendements s’aplatira, selon les anticipations du marché obligataire japonais, dans un contexte de resserrement monétaire de la Banque du Japon (BdJ).
- Les acteurs du marché s’attendent à une ou deux hausses de taux par la BdJ tous les six mois cette année, avec un taux à long terme pouvant atteindre 2,5 % (contre 2 % actuellement).
- Un aplatissement de la courbe des rendements est anticipé, avec une pression à la vente plus forte sur les échéances courtes.
- Les perspectives économiques américaines, notamment l’évolution des taux d’intérêt de la Réserve fédérale (Fed), influencent également les prévisions pour le marché obligataire japonais.
La Banque du Japon a déjà relevé ses taux d’intérêt à deux reprises, entraînant une hausse des taux à long terme au premier semestre, une tendance qui pourrait s’inverser au second semestre, à l’instar de ce qui se passe aux États-Unis. Taketomo Shimizu, directeur des investissements obligataires chez Asset Management One Fixed Income Management, estime que le scénario le plus probable est une augmentation de 25 points de base (0,25 %) des taux d’intérêt par la BdJ à deux reprises en 2026, portant le taux directeur à 1,25 % à la fin de l’année. Cependant, il nuance cette prévision :
« Le taux de 1,25 % n’est qu’une étape, et les hausses de taux se poursuivront en 2027. Nous pensons que le taux final sera d’au moins 1,5 %. »
Taketomo Shimizu, directeur des investissements obligataires, Asset Management One Fixed Income Management
Selon M. Shimizu, les taux d’intérêt à long terme devraient se situer entre 1,8 % et 2,5 % cette année, avec un potentiel de dépassement à 2,5 % ou plus. Il souligne que le marché a déjà intégré les deux prochaines hausses de taux, mais qu’il pourrait se retrouver « derrière la courbe », ce qui pourrait pousser le taux à 10 ans au-delà de 2,6 % ou 2,7 %.
Concernant la politique monétaire américaine, M. Shimizu prévoit une ou deux baisses de taux supplémentaires, ce qui pourrait porter le taux à 10 ans entre 4,4 % et 4,5 % au premier semestre (contre 4,2 % actuellement). Il anticipe une bonne performance de l’économie américaine au premier semestre, soutenue par une consommation solide et une politique budgétaire potentiellement plus précoce que prévu en prévision des élections de mi-mandat de 2026. Cependant, il s’attend à un ralentissement économique vers la fin de l’année, avec une baisse du taux à 10 ans vers 4 %.
Il estime que lorsque les taux d’intérêt américains à 10 ans commenceront à baisser en raison du ralentissement économique, il sera difficile pour les taux d’intérêt japonais de continuer à augmenter. Il prévoit donc une inversion de la tendance haussière des taux d’intérêt du yen au second semestre, avec une baisse à 2,3 % ou 2,2 % d’ici la fin de l’année.
Shinichiro Arie, responsable du département investissement obligataire chez Amundi Japon, partage une vision similaire. Il anticipe également une ou deux hausses de taux par la BdJ, ce qui rendrait les obligations d’État à très long terme plus attrayantes pour les investisseurs nationaux et étrangers. Il estime que le taux directeur pourrait atteindre 1,25 % d’ici la fin de l’année, sans certitude que ce soit le taux final, car cela dépendra de l’évolution du taux de change.
M. Arie prévoit également deux baisses de taux aux États-Unis, portant le taux directeur entre 3,0 % et 3,25 %. Il ne s’attend cependant pas à une baisse des taux d’intérêt à long terme aux États-Unis, mais plutôt à une légère hausse à 4,5 % à la fin de l’année prochaine.
Il souligne que la majorité des acteurs du marché japonais, qui n’ont pas connu de hausse des taux d’intérêt sur une longue période, s’attendent à une évolution plus importante des taux que prévu, avec un potentiel de hausse des taux à long terme jusqu’à 2,4 %. Il espère cependant une baisse à 1,6 % à terme.
Mari Iwashita, stratège exécutive en taux d’intérêt chez Nomura Securities, prévoit une première hausse des taux d’intérêt par la BdJ dès la période juillet-septembre, portant le taux directeur à 1,0 %. Elle estime que le dollar fort/yen faible devrait persister, ce qui encouragerait la BdJ à relever ses taux d’intérêt.
Elle anticipe également une possible dissolution du gouvernement et des élections générales d’avril à juin après l’adoption du budget pour l’exercice 2026, ce qui rendrait difficile pour la BdJ d’agir pendant cette période. Elle prévoit des hausses de taux tous les six mois, en coordination avec la publication du rapport sur les perspectives trimestriel.
Les stratégies d’investissement obligataires recommandées incluent une orientation générale « taux d’intérêt courts » et une position « aplatissante », c’est-à-dire courte sur les échéances court-moyen terme et long terme, et longue sur les échéances ultra-longues.
Les fourchettes annuelles attendues du rendement des obligations d’État à 10 ans nouvellement émises se situent entre 1,6 % et 2,5 %, selon les analystes.
Les risques potentiels incluent un ralentissement économique mondial dû à l’éclatement de la bulle de l’intelligence artificielle, ce qui pourrait suspendre les efforts de normalisation monétaire de la BdJ et exercer une pression à la baisse sur les taux d’intérêt du yen. À l’inverse, une politique budgétaire agressive pourrait pousser les taux d’intérêt à long terme jusqu’à 2,5 %.
