Publié le 2024-02-29 10:32:00. De nombreuses idées reçues circulent sur la santé visuelle, mais certaines pratiques quotidiennes, souvent présentées comme bénéfiques, pourraient en réalité être contre-productives. Des experts mettent en garde contre ces mythes et soulignent l’importance de se baser sur des données scientifiques pour préserver sa vue.
- La lecture prolongée, sur livre ou écran, peut favoriser l’apparition de myopie, surtout chez les enfants.
- Lire dans l’obscurité n’endommage pas la vue, mais peut causer une fatigue oculaire.
- Passer du temps à l’extérieur peut réduire le risque de myopie infantile.
De nombreuses croyances populaires entourent la santé visuelle, mais toutes ne reposent pas sur des bases scientifiques solides. Selon des spécialistes interrogés par le New York Times, il est crucial de distinguer les mythes des recommandations validées par la recherche, car certaines habitudes peuvent avoir des effets néfastes à long terme.
L’une des préoccupations majeures concerne la lecture intensive. Que ce soit sur papier ou sur écran, une concentration prolongée sur des objets proches peut favoriser le développement de la myopie, en particulier pendant l’enfance. Le docteur Xiaoying Zhu, professeur agrégé au SUNY College of Optometry et spécialiste de ce trouble de la vision, explique que cette exposition soutenue encourage un allongement anormal du globe oculaire.
« Nos yeux ne sont pas conçus pour se focaliser sur des objets très proches pendant de longues périodes. »
Xiaoying Zhu, professeur agrégé au SUNY College of Optometry
Pour limiter ce risque, l’experte conseille d’appliquer la règle du 20-20-20 : après 20 minutes de lecture, il est recommandé de regarder un objet situé à environ 6 mètres (20 pieds) pendant au moins 20 secondes.
Contrairement à une idée reçue tenace, lire dans l’obscurité n’endommage pas la vue. Cependant, le docteur Zhu précise qu’un éclairage insuffisant peut provoquer une gêne oculaire, des maux de tête et des difficultés de concentration. Ces symptômes disparaissent généralement dès que l’on retrouve un environnement bien éclairé. Le principal inconvénient est que, dans la pénombre, le texte a tendance à se rapprocher davantage des yeux, augmentant ainsi la fatigue visuelle.
Plusieurs études présentées par le New York Times soulignent les bienfaits d’une exposition régulière à la lumière naturelle. Passer du temps à l’extérieur pendant l’enfance pourrait réduire le risque de développer une myopie. La professeure Marie Liu, de l’Université de Californie à Berkeley, avance l’hypothèse que la lumière solaire intense stimulerait la production de dopamine dans la rétine, ce qui limiterait l’allongement de l’œil. Elle précise toutefois que ces observations ont été principalement réalisées sur des modèles animaux.
En revanche, une exposition excessive aux rayonnements ultraviolets (UV) représente un risque avéré pour la santé oculaire. Le docteur Josué Ehrlich, professeur d’ophtalmologie à l’Université du Michigan, affirme que trop de rayons UV peuvent causer des « dommages irréversibles » à la rétine et augmenter la probabilité de développer des cataractes et, dans une moindre mesure, un cancer des yeux.
C’est pourquoi les spécialistes insistent sur la nécessité de porter des lunettes de soleil, des lentilles de contact ou des lunettes avec une protection UV adéquate lors d’expositions prolongées au soleil.
Une autre croyance populaire veut qu’éviter de porter des lunettes puisse retarder la détérioration de la vision. Selon Safal Khanal, professeur adjoint à l’Université d’Alabama à Birmingham, cette idée est fausse :
« Si vous avez besoin de lunettes, vous devez les porter. Ne pas les porter n’empêchera pas votre état de s’aggraver. »
Safal Khanal, professeur adjoint à l’Université d’Alabama à Birmingham
Concernant les inquiétudes liées à la lumière bleue émise par les écrans électroniques, le docteur Ehrlich indique qu’il n’existe pas de preuves concluantes que les doses habituelles soient nocives pour la santé oculaire. Il souligne également que l’utilisation de lunettes filtrant la lumière bleue n’est pas scientifiquement justifiée en matière de protection visuelle. Néanmoins, une utilisation prolongée d’appareils numériques peut provoquer une gêne, comme une sécheresse oculaire ou une vision floue temporaire, en raison d’une diminution de la fréquence des clignements.
Enfin, l’idée que les carottes améliorent considérablement la vision est un mythe. Bien qu’elles contiennent des nutriments bénéfiques, tels que le bêta-carotène et les vitamines C et E, qui peuvent ralentir la progression de certaines pathologies, comme la dégénérescence maculaire liée à l’âge, elles n’augmentent pas l’acuité visuelle naturelle.
Le docteur Ehrlich précise que cet apport nutritionnel est particulièrement pertinent pour les personnes présentant une dégénérescence maculaire précoce, mais une alimentation riche en antioxydants ne prévient pas à elle seule l’apparition de maladies oculaires.
En revanche, le tabagisme est directement associé à des problèmes visuels. Une étude menée en 2011 par les Centers for Disease Control and Prevention a établi un lien entre la consommation de tabac et une augmentation des risques de cataractes et de dégénérescence maculaire chez les personnes âgées. Selon le professeur Khanal, les composés toxiques contenus dans les cigarettes circulent dans le sang et provoquent des dommages à la rétine, au cristallin et à d’autres structures sensibles de l’œil.
Il est souvent admis que la détérioration oculaire est inévitable avec l’âge. Le docteur Ehrlich nuance toutefois cette affirmation, soulignant que, bien que la presbytie et certaines affections progressent généralement avec l’âge, de nombreuses causes de perte de vision, telles que la dégénérescence maculaire, le glaucome ou la cataracte, peuvent être prévenues ou traitées si elles sont détectées à un stade précoce.
Il insiste sur l’importance de consulter un professionnel de la santé en cas de changement de vision et de ne pas attribuer automatiquement ces troubles au vieillissement.
Des consultations régulières chez l’optométriste ou l’ophtalmologiste, ainsi qu’une attention particulière à tout signe d’altération visuelle, sont essentielles pour préserver une bonne santé oculaire, selon les spécialistes interrogés par le New York Times.
