Publié le 10 janvier 2024 à 11h02. Le critique de cinéma et musicien Mark Kermode se livre à un jeu de questions-réponses décalé, évoquant ses souvenirs d’enfance, ses regrets et ses passions, de la musique au cinéma en passant par l’Irlande.
- Mark Kermode révèle une affection particulière pour la région du Donegal en Irlande, notamment la plage de Rathmullan et le pub White Harte.
- Il confie avoir appris à contrôler sa colère grâce à la lecture et à la thérapie, abandonnant une réputation de critique acerbe.
- L’acteur Jason Isaacs est celui qu’il aimerait voir l’incarner dans un biopic, un hommage à une amitié et une admiration de jeunesse.
Mark Kermode, figure familière du paysage médiatique britannique pour ses critiques cinématographiques incisives et son émission de radio sur la BBC, se prête à un exercice introspectif. Loin des projecteurs et des plateaux de tournage, il dévoile un portrait personnel, fait de souvenirs d’enfance, de réflexions sur le temps qui passe et d’aveux sur ses propres contradictions.
Interrogé sur son deuxième prénom, James, il exprime son attachement à cet héritage familial, hérité de son grand-père maternel originaire de l’île de Man. Il se souvient avec tendresse de ce dernier, James Stanley, connu sous les initiales JS, et confie avoir toujours trouvé élégant d’être désigné uniquement par ses initiales. Une idée qu’il avoue avoir quelque peu abandonnée depuis la popularité de JD Vance, un autre personnage public connu sous ses initiales.
L’Irlande occupe une place spéciale dans le cœur de Mark Kermode, et plus particulièrement le comté de Donegal. Il décrit avec enthousiasme la plage de Rathmullan, un lieu où il trouve la paix et la sérénité. Au bout de cette plage, il apprécie l’ambiance chaleureuse du pub White Harte, où il a été accueilli avec une Guinness dès son retour, après plusieurs années d’absence. Donegal est pour lui un lieu où tout ralentit et où l’esprit se calme.
Se décrire en trois mots est un défi qu’il relève avec humour : « Assez drôle parfois ». Il souligne l’importance de l’humour pour aborder la vie avec légèreté et relativiser les difficultés.
L’ancien critique de cinéma colérique a su dompter ses démons. Il raconte avoir transformé sa réputation de « type colérique » en une quête personnelle pour comprendre et maîtriser sa colère. Il a dévoré des ouvrages sur le sujet, comme Comment contrôler la colère et Qu’est-ce que la colère ?, et a finalement réussi à trouver un équilibre intérieur. Il reconnaît cependant ressentir parfois de l’irritabilité, mais assure ne plus sombrer dans la fureur.
Au-delà de ses passions professionnelles, Mark Kermode exprime un désir profond : celui d’oublier l’ère Donald Trump et de voir cet épisode de l’histoire américaine relégué au passé. Donald Trump, sa famille et ses partisans sont, selon lui, des figures qu’il souhaite voir disparaître de la mémoire collective.
Un souvenir d’enfance marquant refait surface : une chute de voiture lorsqu’il était enfant, qui lui a laissé des cicatrices et une dent traversant sa langue. Mais ce dont il se souvient le plus, c’est le camion de pompiers Corgi Simon Snorkel avec stabilisateurs qu’il a reçu à l’hôpital en récompense de son courage. Ce jouet, qu’il conserve précieusement dans le grenier, symbolise pour lui l’innocence et la joie de l’enfance.
Enfant du milieu, il se reconnaît dans les clichés associés à cette position : un sentiment d’inadaptation, une certaine maladresse et un besoin constant de se définir. Il entretient une relation privilégiée avec son frère cadet et sa sœur aînée, mais assume pleinement son rôle d’enfant du milieu, « le difficile, le maladroit, le plus narquois ».
Quant à l’après-mort, il se montre pragmatique : il n’a aucune certitude et accepte l’idée que l’univers pourrait très bien se passer de sa conscience. Il cite Kurt Vonnegut et sa phrase lapidaire tirée de Slaughterhouse-Five : « Tout était beau et rien ne faisait mal ».
Le bonheur, selon Mark Kermode, se trouve dans l’instant présent. À 62 ans, il savoure la chance de jouer dans un groupe avec un ami d’adolescence, reprenant les morceaux de l’album Entertainment de Gang of Four ! Il rayonne également de bonheur conjugal, marié depuis 34 ans à la femme de sa vie. Et, cerise sur le gâteau, il s’apprête à partir en Cornouailles avec ses deux enfants. « Je ne pense pas que ça puisse aller beaucoup mieux que ça, n’est-ce pas ? »
Si son histoire était portée à l’écran, il confie rêver que ce soit l’acteur Jason Isaacs qui l’incarne. Ils se sont connus à l’école et il a toujours admiré son charisme et son élégance. Il se souvient avoir été fasciné par lui à l’adolescence, avant de découvrir plus tard que Jason Isaacs le trouvait tout aussi intéressant. Un sentiment partagé d’inadéquation qui a forgé une amitié durable.
Il regrette de ne pas avoir entrepris une psychanalyse plus tôt, afin de mieux comprendre et gérer son anxiété. Il reconnaît que cette thérapie lui a apporté un sentiment de calme et de sérénité qu’il n’avait pas connu auparavant. Il regrette également de ne pas avoir porté d’appareils auditifs plus tôt, car il estime qu’ils auraient pu améliorer considérablement sa qualité de vie.
Enfin, Mark Kermode avoue avoir une étrange capacité à se souvenir des paroles de chansons pop, même s’il a du mal à se souvenir de ce qu’il a fait la semaine dernière. Il confie également un faible pour les Minions, un goût qu’il assume pleinement, malgré les regards désapprobateurs de certains.
En conversation avec Tony Clayton-Lea.
Mark Kermode et son groupe Gang of Three joueront au Whelan’s, Dublin, le mercredi 22 janviersd
