Publié le 13 décembre 2025 à 11h02. Une récente altercation à Kalibata, en Indonésie, met en lumière une problématique mondiale : la pression croissante de l’endettement et les conséquences sociales de ses méthodes de recouvrement, souvent agressives.
- Environ 80 % de l’économie mondiale affiche un niveau d’endettement supérieur à celui d’avant la pandémie de COVID-19.
- L’endettement post-crise est corrélé à une augmentation du stress, de l’anxiété et des conflits sociaux.
- La manière dont la dette est recouvrée peut avoir un impact direct sur la santé mentale et la sécurité des individus.
L’incident survenu à Kalibata, où des agents de recouvrement ont été pris à partie, a rapidement suscité une vive réaction sur les réseaux sociaux, avec un soutien inattendu aux agresseurs. Si l’on pouvait initialement y voir un simple conflit local entre habitants, agents de recouvrement et forces de l’ordre, une analyse plus approfondie révèle une situation bien plus complexe, symptôme d’une lassitude généralisée face à l’endettement qui touche désormais presque tous les pays.
Le Fonds monétaire international (FMI) alerte sur le fait qu’environ quatre-vingts pour cent (80 %) de l’économie mondiale présente actuellement des niveaux d’endettement plus élevés qu’avant la pandémie de COVID-19, et que cette tendance s’accélère. Des grandes puissances économiques comme les États-Unis et la zone euro, ainsi que les pays en développement, sont confrontés à des pressions budgétaires et sociales similaires : l’endettement augmente, tandis que la marge de manœuvre économique se réduit. La pandémie est peut-être derrière nous, mais les conséquences financières ne font que commencer à se faire sentir.
Pendant la crise sanitaire, l’endettement a été perçu comme un outil de salut collectif. Les gouvernements se sont endettés pour soutenir l’économie, les entreprises pour éviter la faillite et les particuliers pour subvenir à leurs besoins essentiels. L’idée générale était que l’endettement était préférable à l’effondrement économique. Cependant, la période post-pandémique marque un tournant : celle de la facturation et de l’ajustement. C’est à ce moment que les tensions émergent, non seulement au niveau financier, mais aussi dans la vie quotidienne.
Des études nationales démontrent un lien étroit entre l’endettement post-crise et une augmentation du stress, de l’anxiété, une diminution de la capacité à prendre des décisions rationnelles et une hausse des conflits sociaux, en particulier lorsque les méthodes de recouvrement sont perçues comme agressives ou se déroulent en public. La psychologie financière explique ce mécanisme : un comportement perçu comme humiliant, menaçant, répétitif et dépourvu d’empathie active le mode émotionnel du cerveau, déclenchant une réaction de combat, de fuite ou de sidération.
Ce fardeau devient encore plus lourd lorsque l’individu est confronté à de multiples dettes simultanément. Une recherche menée au Royaume-Uni a révélé que les personnes en difficulté financière présentent un risque trois fois plus élevé d’idées suicidaires, un risque qui s’accroît considérablement lorsqu’elles sont en contact avec plusieurs organismes de recouvrement. Cela souligne que la manière dont la dette est recouvrée n’est pas seulement une question d’efficacité financière, mais peut avoir des conséquences directes sur la santé mentale et la sécurité des personnes.
Cette tendance ne se limite pas à l’Indonésie. Aux États-Unis, le nombre de plaintes contre les agents de recouvrement a explosé, notamment concernant les dettes liées aux cartes de crédit et aux frais médicaux. De nombreux citoyens se voient réclamer des sommes qu’ils estiment ne pas devoir. Au Royaume-Uni, les pratiques de recouvrement, y compris celles des autorités publiques comme les impôts locaux, sont souvent jugées plus agressives que celles des sociétés privées. Des courriers officiels rigides, formulés en termes légaux et menaçants, peuvent aggraver l’état psychologique des citoyens, en particulier ceux qui sont déjà vulnérables.
En Indonésie, cette pression se manifeste par des tensions dans les rues, lorsque les méthodes informelles de recouvrement se heurtent à une opinion publique saturée d’émotions. La forme est différente, mais le motif reste le même.
Il ne s’agit pas de remettre en question le principe du remboursement des dettes, mais plutôt la manière dont elles sont recouvrées, en particulier dans un contexte économique qui peine à se redresser. De nombreux conflits proviennent de zones grises : pratiques informelles non réglementées, incitations économiques encourageant la pression et absence de mécanismes de médiation humaine dans la sphère publique. Les études universitaires internationales confirment que les méthodes de recouvrement basées sur l’intimidation compromettent la conformité à long terme, exacerbent les conflits et érodent la confiance dans les systèmes financiers et juridiques. Un recouvrement abusif peut générer des gains rapides, mais au détriment de la société dans son ensemble.
L’affaire de Kalibata ne doit pas être perçue comme une source de honte, mais comme un signal d’alarme social. L’inquiétude réside dans le fait que l’endettement post-pandémique est un phénomène mondial, que les pressions économiques se font sentir dans toutes les classes sociales et dans tous les pays, et que la manière dont la dette sera recouvrée déterminera si la reprise économique sera civilisée ou si elle brisera la confiance sociale. La dette est une obligation, mais la dignité humaine ne peut être utilisée comme moyen de recouvrement. À l’heure où l’endettement mondial ne cesse de croître, l’humanité n’est pas un simple accessoire de la politique, mais son fondement même.
Dr Devie Rahmawati, CICS, Professeure associée, Interface utilisateur professionnelle
