Publié le 16 novembre 2023 18:07:00. L’espoir d’une reprise des négociations sur le nucléaire iranien s’amenuise, Téhéran exprimant un profond scepticisme quant à la sincérité de Washington et de ses alliés européens, après une escalade des tensions et des accusations mutuelles.
- Les responsables iraniens remettent en question la volonté américaine de reprendre le dialogue diplomatique.
- Téhéran accuse Washington d’avoir saboté les précédentes négociations en soutenant des actions contre ses infrastructures nucléaires.
- L’Iran refuse de céder aux exigences américaines jugées excessives concernant son programme nucléaire et ses missiles.
L’atmosphère de défiance s’est installée après plus de cinq mois de tensions croissantes entre l’Iran et l’Occident concernant son programme nucléaire. Initialement engagé dans des discussions avec Washington pour un nouvel accord remplaçant le Plan d’action global commun (JCPOA) – l’accord de 2015 abandonné par l’administration Trump en 2018 – l’Iran accuse les États-Unis d’avoir soutenu Israël dans des frappes contre ses installations nucléaires, civiles et militaires le 13 juin. La situation s’est encore détériorée en octobre dernier, lorsque l’Allemagne, le Royaume-Uni et la France, signataires européens du JCPOA, ont réactivé un mécanisme permettant de rétablir les sanctions de l’ONU contre l’Iran, une décision que Téhéran attribue à la pression de Washington.
Les responsables iraniens dénoncent également la préparation d’une résolution à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) exigeant l’accès des inspecteurs de l’ONU aux sites nucléaires endommagés. Cette initiative intervient après la suspension de la coopération iranienne avec l’AIEA, consécutive aux frappes américano-israéliennes et au refus de l’agence de condamner ces attaques, jugées illégales par Téhéran.
Lors d’une conférence internationale à Téhéran, intitulée « Le droit international attaqué : agression et défense », le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a exprimé la frustration de Téhéran.
« La vérité est que lorsque le régime israélien a attaqué l’Iran le 13 juin, sous l’ordre et la direction du président des États-Unis, les premières bombes ont été tirées sur la table des négociations entre l’Iran et les États-Unis – des négociations au cours desquelles cinq cycles avaient eu lieu, le sixième étant prévu deux jours plus tard, le 15 juin. »
Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères
Il a dénoncé le fait que les États-Unis demandent à l’Iran de reprendre les négociations après avoir, selon ses termes, “bombardé la table de négociation”.
Donald Trump a d’ailleurs reconnu au début du mois qu’il était “à peu près responsable” de la guerre de juin.
Araghchi a souligné que l’Iran ne céderait pas aux exigences américaines, notamment le démantèlement complet de son programme nucléaire et la limitation de la portée de ses missiles, des demandes qualifiées de “folie” par les responsables iraniens.
« Dans la jungle créée par les États-Unis, il n’y a pas de loi et pour se défendre, il faut être fort. »
Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères
Kamal Kharrazi, conseiller en politique étrangère du guide suprême iranien, a adopté un ton encore plus ferme, qualifiant l’administration américaine actuelle de “forains” dépourvus d’expérience diplomatique.
« Nous continuerons à résister à la pression. L’Amérique doit comprendre qu’elle ne peut pas nous retirer notre indépendance. Nous résisterons comme nous l’avons fait pendant la guerre de 8 ans [avec l’Irak de Saddam Hussein] et pendant la guerre des 12 jours. »
Kamal Kharrazi, conseiller en politique étrangère du guide suprême iranien
Il a appelé Washington à s’engager dans une “véritable diplomatie” avec Téhéran.
Bien que Kharrazi n’ait pas précisé sa définition de la “véritable diplomatie”, l’ayatollah Seyyed Ali Khamenei avait déclaré le mois dernier que l’Iran ne participerait à aucun dialogue visant à imposer des résultats ou à formuler des exigences infondées.
