La Cour pénale internationale (CPI) s’alarme d’atrocités massives commises à El-Fasher, au Soudan, qui pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. La prise de contrôle de cette ville clé par les Forces paramilitaires de soutien rapide (RSF) le 26 octobre a plongé la région du Darfour dans une nouvelle spirale de violence, exacerbant une crise humanitaire déjà catastrophique.
Selon des informations rapportées à la CPI, des massacres, des viols et d’autres actes de violence extrême ont été perpétrés à El-Fasher depuis la prise de la ville par les RSF après 18 mois de siège. Le bureau du procureur de la CPI a exprimé sa « profonde inquiétude et sa plus vive préoccupation » face à ces allégations, soulignant qu’elles s’inscrivent dans un schéma de violence plus large qui frappe l’ensemble du Darfour depuis avril 2023.
Plus de 65 000 personnes ont déjà fui El-Fasher, dont environ 5 000 se sont réfugiées à Tawila, mais des dizaines de milliers restent piégées dans la ville, autrefois peuplée d’environ 260 000 habitants. Les communications étant largement coupées, l’étendue réelle des atrocités reste difficile à évaluer.
Des témoignages font état d’exécutions, de violences sexuelles, de pillages, d’attaques contre les travailleurs humanitaires et d’enlèvements à El-Fasher et dans ses environs. Ces événements ravivent les craintes d’un retour aux atrocités commises il y a vingt ans par les Janjaweed, une milice à majorité arabe dont sont issues les RSF, et qui avaient été accusées de génocide au Darfour.
La CPI a récemment condamné Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman, alias Ali Kushayb, un chef Janjaweed, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au Darfour entre 2003 et 2004. Le bureau du procureur a déclaré que ce verdict doit servir d’avertissement : « il y aura des responsabilités pour des crimes aussi atroces ».
Par ailleurs, la situation se détériore dans la région du Kordofan, à l’est du Darfour, où plus de 36 000 civils ont fui les villes et villages depuis le 26 octobre, alors que les RSF se regroupent pour une nouvelle offensive. Le Kordofan central, stratégique car situé entre le Darfour et la région de la capitale Khartoum, est devenu un nouveau champ de bataille.
Les RSF ont mis en place une administration rivale à El-Fasher, contestant le gouvernement pro-armée basé à Port-Soudan. L’ONU s’inquiète particulièrement des « atrocités à grande échelle » que pourraient commettre les RSF, notamment des « représailles contre de soi-disant ‘collaborateurs’, souvent motivées par des considérations ethniques ».
Selon l’ONU, au moins 50 civils, dont cinq volontaires du Croissant-Rouge, ont été tués lors des récentes violences au Nord-Kordofan. Les États-Unis ont conclu en janvier que « des membres des RSF et des milices alliées ont commis un génocide au Soudan ».
Le conflit au Soudan, qui oppose l’armée et les RSF depuis avril 2023, a fait plus de 40 000 morts, selon les chiffres de l’ONU, mais les organisations humanitaires estiment que le nombre réel pourrait être bien plus élevé. La situation a engendré la plus grande crise de déplacement et de faim au monde, avec la famine déclarée à El-Fasher et à Kadugli, dans la province du Kordofan du Sud. Vingt autres régions du Darfour et du Kordofan sont également menacées de famine.
L’IPC a appelé à un cessez-le-feu immédiat comme seule mesure susceptible « d’empêcher de nouvelles pertes de vies humaines et de contenir les niveaux extrêmes d’insécurité alimentaire aiguë et de malnutrition aiguë ».
