Alep est à nouveau le théâtre de violents combats entre l’armée syrienne et les Forces démocratiques syriennes (FDS), entraînant un exode massif de civils et ravivant les craintes d’une escalade du conflit après 15 ans de guerre civile. Les affrontements, concentrés dans les quartiers d’Achrafieh et de Cheikh Maqsoud, ont éclaté en raison de désaccords sur l’intégration des FDS dans les institutions de l’État syrien.
Les combats ont atteint leur paroxysme jeudi, rendant les déplacements dans les rues extrêmement dangereux. Des témoins décrivent une scène de panique, avec des familles s’accrochant les unes aux autres pour ne pas se perdre dans la foule. Environ 160 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers dans les 24 heures suivant le début des hostilités, un mouvement de population qualifié d'”exode” par des observateurs sur place.
Un homme âgé, témoin de près de 15 années de conflit, a exprimé son désespoir : « Que Dieu prenne mon âme pour que je puisse me reposer », a-t-il déclaré. Une femme âgée, incapable de marcher, est tombée au milieu de la foule et a été piétinée, son fils luttant pour la secourir.
Un cessez-le-feu de courte durée a été convenu vendredi matin, les dirigeants des FDS acceptant de déposer leurs armes lourdes et de quitter la zone. Cependant, les combats ont repris lorsque des bus envoyés pour évacuer les combattants se sont retrouvés pris sous le feu. Nos sources indiquent que ces reprises sont dues à des divisions internes au sein des FDS, certaines factions plus radicales s’opposant à tout désarmement.
Le gouvernement syrien a fixé vendredi 18 heures (15 heures GMT) comme date limite pour que les civils restants quittent la zone, après quoi les opérations militaires contre les positions des FDS reprendraient. Les combats se sont intensifiés à Cheikh Maqsoud depuis lors.
Le gouvernement syrien affirme que son objectif n’est pas de modifier la démographie de la région et assure que les habitants pourront rentrer chez eux une fois la zone sécurisée. Il insiste sur le fait qu’il s’agit d’un conflit entre les forces gouvernementales et une force non étatique, et non d’une confrontation entre Arabes et Kurdes.
Les habitants d’Alep oscillent entre l’espoir d’un accord entre les FDS et l’armée syrienne, qui leur permettrait de rentrer chez eux, et la crainte que l’histoire ne se répète après 15 ans de guerre civile. Les souvenirs des combats de 2014 à Kobané, lors de l’attaque de l’EIIL (Daech), restent encore vifs dans les mémoires, évoquant un sentiment d’impuissance et de désespoir.
La racine du conflit actuel réside dans un accord conclu en mars dernier, prévoyant l’intégration des FDS, fortes de dizaines de milliers de combattants, dans les institutions de l’État. Les désaccords portent notamment sur le nombre de combattants des FDS qui rejoindront l’armée régulière.
