Tokyo – Un nombre record d’entreprises sud-coréennes investissent au Japon, une tendance accentuée par les tensions géopolitiques croissantes et la guerre commerciale sino-américaine. Ce mouvement massif, qui dépasse tous les précédents, témoigne d’une réorientation stratégique des investissements coréens vers un marché perçu comme plus stable et prometteur.
Entre janvier et septembre 2025, 318 nouvelles entreprises sud-coréennes se sont établies au Japon, dépassant déjà le record annuel de 316 enregistré en 2024, selon des données combinées du Nikkei et de la Banque d’import-export de Corée. Le montant total des investissements s’élève à 1,33 milliard de dollars (environ 1,2 milliard d’euros), soit plus du double de la somme investie l’année précédente. Cette accélération confirme une tendance de fond : les entreprises coréennes considèrent désormais le Japon comme une destination privilégiée.
Traditionnellement axées sur le commerce et l’exportation, les stratégies d’implantation coréennes évoluent. On observe une montée en puissance des ventes directes aux consommateurs japonais et une volonté de localiser la production. Le succès de la culture K – K-pop, séries télévisées – stimule notamment le secteur des biens de consommation. CJ CheilJedang a ainsi inauguré en septembre 2025 une usine de raviolis de 10 milliards de yens (environ 68 millions d’euros) à Kisarazu, dans la préfecture de Chiba. Il s’agit de la première unité de production à grande échelle d’une entreprise agroalimentaire coréenne au Japon, conçue pour répondre à la demande croissante tout en réduisant les coûts logistiques et en garantissant la fraîcheur des produits.
D’autres entreprises suivent le mouvement. Nongshim a ouvert en juin 2025 un restaurant de ramen coréen dans le quartier branché de Harajuku à Tokyo, ciblant une clientèle jeune et influente. La plateforme de mode en ligne Musinsa prévoit également l’ouverture de sa première boutique physique à Tokyo au second semestre 2026, fort du succès de ses canaux de vente en ligne et de ses boutiques éphémères.
Au-delà de la consommation, le Japon se positionne comme une base stratégique dans les domaines technologiques de pointe, notamment l’intelligence artificielle (IA) et les semi-conducteurs. Des entreprises comme Rebellions, une start-up spécialisée dans la conception de semi-conducteurs, et Kakao Healthcare, utilisent le marché japonais et sa forte demande de transformation numérique (DX) comme tremplin pour leur expansion mondiale. Les entreprises coréennes spécialisées dans les équipements et les pièces détachées pour semi-conducteurs réorganisent également leurs chaînes d’approvisionnement, en se concentrant sur les régions de Kyushu, où opère le géant taïwanais TSMC, et de Hokkaido, où se trouve l’usine de Lapidus.
Cette réorientation s’explique par une volonté de réduire la dépendance à la Chine, où les risques d’investissement augmentent en raison des tensions sino-américaines. Selon une enquête récente, 31 % des entreprises coréennes présentes en Chine envisagent de se retirer ou de réduire leurs activités dans les deux à trois prochaines années, invoquant une concurrence accrue et des préoccupations géopolitiques. Le Japon, avec sa population importante et son pouvoir d’achat élevé, apparaît donc comme une alternative attrayante.
« Le flux à sens unique, où les investissements japonais étaient traditionnellement prédominants, se transforme désormais en un flux bidirectionnel », analyse Kazuhiro Momomoto, chercheur à l’Organisation japonaise du commerce extérieur (JETRO). L’investissement coréen au Japon, qui ne représentait que 2 % de l’investissement japonais en 2002, a grimpé à 26 % en 2024. Cependant, les entreprises coréennes devront surmonter les défis liés à la lenteur des processus décisionnels japonais, qui privilégient la confiance et l’attention aux détails.
À retenir
- Un nombre record d’entreprises sud-coréennes investissent au Japon, dépassant les 300 nouvelles implantations en 2025.
- Les investissements coréens se diversifient, allant au-delà du commerce pour inclure la production locale et les ventes directes aux consommateurs.
- Les tensions géopolitiques et la guerre commerciale sino-américaine sont les principaux moteurs de cette réorientation stratégique.
Contexte
Les relations économiques entre la Corée du Sud et le Japon ont connu des hauts et des bas au cours des dernières décennies, marquées par des périodes de coopération et de tensions. La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a créé un climat d’incertitude qui pousse les entreprises coréennes à diversifier leurs marchés.
Ce qui change
Cette tendance pourrait entraîner une augmentation de la concurrence sur le marché japonais, ainsi qu’une diversification de l’offre de produits et de services. Les entreprises japonaises pourraient également être incitées à investir davantage en Corée du Sud, créant ainsi un cercle vertueux d’investissements bilatéraux.
Prochaines étapes
Il sera important de suivre l’évolution des investissements coréens au Japon au cours des prochains mois et années, ainsi que les réactions des entreprises japonaises. L’ouverture de la première boutique Musinsa à Tokyo en 2026 sera un indicateur clé de la réussite de cette stratégie d’expansion.
Chiffres clés
- 318 : Nombre de nouvelles entreprises coréennes établies au Japon entre janvier et septembre 2025.
- 1,33 milliard de dollars : Montant total des investissements coréens au Japon en 2025 (environ 1,2 milliard d’euros).
- 31 % : Pourcentage d’entreprises coréennes en Chine envisageant de se retirer ou de réduire leurs activités.
- 26 % : Part de l’investissement coréen dans l’investissement japonais en 2024, contre 2 % en 2002.
